Conjoint de la candidate à la mairie battue aux dernières élections à Mont-Saint-Pierre, Giovanni Mancini craint de devoir fermer son entreprise spécialisée dans le ski hors piste à cause d'un interdit de passage du conjoint de la mairesse.

Mont-Saint-Pierre: conflit entre les conjoints des deux candidates à la mairie

Le propriétaire d'une entreprise spécialisée dans le ski hors piste, La Vallée taconique de Mont-Saint-Pierre, en Haute-Gaspésie, ne peut plus offrir ses services depuis que le conjoint de la nouvelle mairesse lui interdit le droit de passage sur sa terre. Les conjointes des deux hommes s'étaient affrontées aux dernières élections municipales.
Vengeance électorale? Difficile de savoir. Joint par Le Soleil, le propriétaire terrien, Sylvain Ouellet, a fait savoir, par l'entremise de sa conjointe et mairesse de Mont-Saint-Pierre, Lynda Laflamme, qu'il n'avait aucun commentaire à formuler. L'élue a invoqué le même argument lorsque Le Soleil a tenté de savoir ce que la municipalité entendait faire pour résoudre ce litige. «On a pris un avocat et je peux pas en parler tant qu'on sera pas conseillés», a répondu Mme Laflamme.
Pendant ce temps, le propriétaire de La Vallée taconique, Giovanni Mancini, ignore la raison pour laquelle on lui interdit le passage. Sa conjointe, Karine Sergerie, a été battue aux élections à la mairie par Mme Laflamme.
«Je sais pas si c'est à cause de ça, indique-t-il. Peut-être. J'ai aussi entendu dire qu'il serait amer parce que j'ai commencé à faire construire un chalet avant lui. C'est mon deuxième voisin. Il permet aux VTT et aux motoneiges de passer, mais pas à moi.»
La Vallée taconique existe depuis sept ans et a toujours eu un droit de passage sur cette terre, jusqu'à ce qu'elle devienne la propriété de Sylvain Ouellet. Par conséquent, l'entrepreneur ne peut plus accéder à la montagne avec ses clients.
«À la base, ça me chagrine profondément parce que la Haute-Gaspésie n'avait vraiment pas besoin de ça, a laissé savoir, pour sa part, le préfet de la Haute-Gaspésie, Allen Cormier. Des entreprises, on n'en a pas une tonne. Ça me désole encore plus quand on sait que la Haute-Gaspésie s'est donné le tourisme hivernal comme axe de développement touristique.»
Le préfet dit avoir rencontré les deux belligérants. «Je les ai invités à tenter de s'entendre, raconte-t-il. Mais là, c'est le contraire, ils s'éloignent de plus en plus! Qu'est-ce qu'on peut faire? Ce sont deux privés. Si M. Mancini avait eu une entente écrite avec M. Ouellet, on n'en serait pas là.»
Tandis que la majeure partie de l'économie de Mont-Saint-Pierre repose sur le tourisme, la Corporation du tourisme refuse de prendre position dans le litige. «C'est sûr que c'est très dommage au niveau touristique, admet son président, Claude Cloutier. Si j'avais été l'entrepreneur, j'aurais peut-être essayé de trouver un autre véhicule que sa chenillette pour amener les clients vers la montagne.» Pour Giovanni Mancini, c'est impensable.
Au conseil municipal
Le conflit s'est transporté à la dernière réunion du conseil municipal, le 15 janvier. «Le conseil municipal dit qu'il ne veut pas s'en mêler, rapporte M. Mancini. Mais connaissant les conflits d'intérêts qu'il y a avec les membres du conseil et la mairesse, c'est pas surprenant.» L'homme d'affaires n'a d'ailleurs pas digéré que le conseil municipal ait convoqué Sylvain Ouellet pour une rencontre à huis clos et non pas lui. «C'est de la mauvaise foi, allègue Giovanni Mancini, qui affirme avoir investi, en sept ans, près d'un million de dollars dans son entreprise. J'y ai mis mon coeur, mon âme et tout mon argent. On y croyait. On voulait fermement développer la région.»
Toutes les installations et la maison de Giovanni Mancini sont à vendre. «On a commencé à faire nos boîtes», laisse-t-il tomber.