La mère avait été transportée par ambulance pour une lacération à la tête, des entailles aux mains et un traumatisme crânien. Les jeunes de 15 et 12 ans ont eu des entailles superficielles et le plus jeune, 9 ans, n’a pas été blessé.

«Mon père vient d’essayer de tuer ma mère»

«Mon père vient d’essayer de tuer ma mère : dépêchez-vous!»

Au bout du fil avec le répartiteur du 9-1-1, un adolescent de 15 ans réclame des secours. Avec sang-froid, il répond aux questions pendant qu’on entend des cris de femme derrière lui.

Son père vient de poignarder sa mère à la tête. Le couteau avait une lame de 15 centimètres. La femme de 35 ans saigne abondamment.

Le garçon a tenté de désarmer son père puis a réussi à l’assommer avec des coups de pied. Sa jeune sœur, âgée de 12 ans, est aussi intervenue. Les deux jeunes ont eu des entailles superficielles aux doigts. Leur petit frère de neuf ans a assisté à la scène, mais n’a pas été blessé.

La mère part en ambulance pour l’hôpital, soigner une lacération à la tête et d’autres entailles aux mains et un traumatisme crânien.

Presque neuf mois après l’agression, le père, un homme de 46 ans que l’on ne peut nommer pour protéger l’identité des enfants, a plaidé coupable mercredi à des accusations de voies de fait armées et de voies de fait avec lésions sur son ex-femme et d’avoir causé des lésions corporelles à ses deux enfants. La Couronne n’avait pas porté d’accusation de tentative de meurtre.

Après avoir entendu la troublante histoire, le juge Pierre-L. Rousseau a condamné le père, détenu depuis l’équivalent de 12 mois, à une peine globale de 42 mois.

Victime de la guerre au Congo

L’avocat de défense Me Hugo Blanchette reconnaît la gravité des crimes commis. Si la dénonciation doit primer, le passé horrible de son client doit aussi peser dans la balance, soumet l’avocat, qui plaidait pour une peine de 18 mois.

Le père a émigré au Canada avec son épouse en 2004. Auparavant, il avait connu la guerre civile au Congo, avait assisté au viol collectif de sa mère et de ses sœurs et a vécu les horreurs des camps de réfugiés en Somalie.

C’est là qu’il a perdu sa première femme et son bébé et qu’il a rencontré celle qui allait devenir sa deuxième épouse et la mère de ses trois enfants.

L’homme souffrait de plusieurs chocs post-traumatiques à son arrivée au Canada, souligne son avocat, Il a obtenu de l’aide, mais pas assez. L’homme est devenu violent avec sa femme puis, en 2017, a été condamné à 12 mois de prison pour du leurre informatique. C’est à ce moment que le couple a éclaté pour de bon.

La procureure de la Couronne Me Lucie Tritz réclamait que l’auteur de l’agression purge une peine entre quatre et cinq ans de pénitencier.

Le soutien nécessaire

Les trois enfants et leur mère ont été lourdement affectés, plaide la procureure. En plus de la douleur physique, toujours présente, la mère a développé une véritable phobie des couteaux. Elle a perdu durant plusieurs mois son travail en entretien ménager.

Les enfants ont manqué des jours d’école et vécu beaucoup d’anxiété. «Je ne suis pas heureuse», répondra l’adolescente de 12 ans à une intervenante qui lui demande comment elle va.

La mère et les trois enfants ont depuis déménagé et vivent dans la crainte de revoir le père à sa sortie de prison.

Ce dernier n’a pas témoigné devant le tribunal. Il a fait dire par son avocat qu’il avait des regrets et aimait toujours ses enfants.

Le juge a spontanément demandé si la mère et ses enfants avaient «toute l’aide qu’ils méritent d’avoir». La procureure de la Couronne l’a rassuré, en pointant les amis et les intervenants sociaux qui entouraient les victimes.