Sonia Raymond a été assassinée le 27 juillet 1996 sur cette plage de Maria, en plein après-midi.

Meurtre de Sonia Raymond: refus d'un procès à Québec

Le juge Louis Dionne, de la Cour supérieure, a rejeté samedi deux requêtes de Marcel Guérin, avocat de Réal Savoie, accusé du meurtre prémédité de Sonia Raymond. Les requêtes visaient à déménager le procès dans le district judiciaire de Québec et à séparer les trois accusations en deux procès pour Réal Savoie.
Dans la requête en changement de district judiciaire, Marcel Guérin tentait de prouver que Réal Savoie était susceptible de ne pas compter «sur un jury impartial et sur un procès équitable» en raison de la médiatisation de la cause et de la faible démographie du territoire correspondant au district judiciaire de Bonaventure.
Me Guérin a notamment présenté au tribunal des textes publiés sur la cause en avril 2014, lors de l'arrestation de Réal Savoie. Il a de plus fait état d'un reportage diffusé au cours de la dernière semaine sur une vigile organisée le 6 décembre devant le palais de justice de New Carlisle en lien avec le massacre de l'École polytechnique, en 1989. Lors de la tenue de la vigile, une participante a établi un lien avec le procès de Réal Savoie, en réponse à une question des médias.
L'adversaire de Me Guérin, le substitut du procureur général Gérald Maltais, a répondu à ces arguments en soulignant que les reportages contenus dans la requête remontaient essentiellement à avril 2014, ce qui signifie presque trois ans avant le choix du jury, prévu pour mars 2017. Cet intervalle constitue un bon obstacle pour que les jurés potentiels se souviennent des détails de l'affaire, a indiqué Me Maltais.
S'appuyant sur des éléments de jurisprudence, il a également fait valoir que les reportages étaient loin d'avoir donné dans les soupçons, les spéculations, les hypothèses et les rumeurs, des éléments qui auraient pu causer préjudice à Réal Savoie. La vigile du 6 décembre était en outre motivée par la commémoration de la tragédie de l'École polytechnique, pas par le procès.
Pour justifier un changement de district judiciaire, «il faut qu'il y ait atteinte à la réputation [...] une publicité importante qui précède le procès. On n'a pas ça ici», a noté Me Maltais.
Il a de plus fait valoir que des jurés potentiels pouvaient être retenus même s'ils connaissaient la cause. «Les gens peuvent avoir entendu parler de la cause et ils peuvent décider en fonction de la preuve admissible.»
Population assez grande à Bonaventure
Sur la présumée faiblesse de l'échantillon démographique en lien avec la sélection du jury, Gérald Maltais a mentionné qu'il y avait assez de monde parmi les 32 725 citoyens du district judiciaire de Bonaventure pour trouver 12 personnes capables d'être impartiales, considérant que le meurtre de Sonia Raymond remonte à juillet 1996.
Me Maltais a en outre rappelé qu'il avait été possible, en 2006 et en 2010, dans le même district judiciaire, de composer deux jurys pour les deux premiers procès de Bertram Dow, accusé d'avoir tué l'enseignant à la retraite Russell Duguay. Ces deux jurys avaient été trouvés dans la minorité anglophone. «Il y a moyen de trouver 12 jurés chez les francophones», a-t-il précisé.
Le juge Dionne s'est rendu aux arguments de la poursuite, appuyant sa décision sur le fait que les cinq premières semaines de procès, hors jury, s'étaient déroulées «dans le calme et la sérénité, devant une poignée de personnes [...] Rien n'indique qu'il y ait un déficit de crédibilité».
«Une seule et même affaire»
Marcel Guérin voulait aussi séparer en deux procès les accusations de meurtre prémédité de celles de séquestration et d'agression sexuelle.
Le juge Dionne a rejeté cette requête en signalant que les événements étaient survenus «lors d'une seule trame factuelle» et que les trois chefs d'accusation faisaient partie «d'une seule et même affaire».
La cause reprendra jeudi matin. Le juge statuera alors sur la validité de la preuve par infiltration déposée depuis le 7 novembre. Si cette preuve a été amassée en fonction du respect des droits de l'accusé, le procès devrait se poursuivre le 13 mars avec la sélection du jury.
Un interdit de publication frappe les témoignages entendus depuis le 7 novembre. Sonia Raymond a été assassinée le 27 juillet 1996 sur une plage de Maria, en plein après-midi. Elle a eu la gorge tranchée. Réal Savoie a été accusé presque 18 ans plus tard, le 17 avril 2014, après une enquête de type Mr. Big, qui débouche généralement sur une admission de crime par le suspect ou la suspecte.