Alors que la péninsule gaspésienne semble être peu touchée par la pandémie, de nombreuses voix s’élèvent afin de demander le maintien de certains points de contrôle qui devraient être levés le 18 mai prochain.
Alors que la péninsule gaspésienne semble être peu touchée par la pandémie, de nombreuses voix s’élèvent afin de demander le maintien de certains points de contrôle qui devraient être levés le 18 mai prochain.

Levée des points de contrôle: les Gaspésiens méfiants

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
À une semaine de la levée des barrages routiers, la population de la Gaspésie est encore méfiante à la venue potentielle de touristes, de crainte que la COVID-19 s’invite elle aussi. Plusieurs prônent une ouverture graduelle de la région, plutôt que de simplement retirer les points de contrôle.

Alors que la péninsule gaspésienne semble être peu touchée par la pandémie, de nombreuses voix s’élèvent afin de demander le maintien de certains points de contrôle qui devraient être levés le 18 mai. Autant au Bas-St-Laurent qu’en Gaspésie, on craint qu’une éventuelle vague de touristes permette au virus de s’installer pour de bon dans l’Est du Québec. 

«Ça m’inquiète», explique Cynthia Ouellet, qui a partagé la pétition, signée par plus de 21 000 personnes, demandant le maintien des barrages routiers au Bas-St-Laurent et en Gaspésie jusqu’à la fin juin. Même son de cloche du côté d’André Ouellet, un retraité de Gaspé. «Les gens vont se sauver des villes vers les régions, et c’est là que le problème va commencer pour nous», pense-t-il.

«Il faut s’attendre à recevoir des gens de l’extérieur, et je les comprends! Si on se met dans la tête d’une famille montréalaise en télé-travail qui en a les moyens, la Gaspésie est un lieu plus sûr pour protéger sa famille. Mais ils sont susceptibles de contaminer notre région. Ici, la population est plus âgée et les ressources médicales sont plus limitées que dans les grands centres», clame la mère de deux jeunes enfants. Sur les réseaux sociaux, la grande majorité des commentaires vont dans le même sens. «Ça serait vraiment dommage de se dire par la suite : ‘’avoir su’’», ajoute-t-elle. 

Un déconfinement graduel

Pour Allen Cormier, préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, où seulement deux cas de COVID-19 ont été confirmés, le déconfinement devrait se faire de façon graduelle, en commençant par autoriser les déplacements entre le Bas-St-Laurent et la Gaspésie. «Nos deux régions sont très liées, que ce soit sur le plan économique, social ou touristique. On a aussi des portraits sanitaires similaires», explique-t-il. 

Selon lui, c’est en permettant aux voyageurs des coins les moins infectés de la province à visiter la Gaspésie qu’on pourra mieux évaluer l’impact des touristes sur la propagation du virus dans la région. «Ça va nous permettre d’évaluer le niveau de risque, et si tout va bien, on pourra ouvrir à d’autres régions. Mais le mot d’ordre, c’est vraiment graduellement», a insisté M. Cormier. 

Les préfets demandent des modèles à Québec

Sans toutefois s’opposer à la levée des barrages routiers, le regroupement des MRC de la Gaspésie demande à Québec plus de transparence afin de se préparer à la réouverture de la région aux touristes. «On souhaite avoir des outils pour pouvoir se positionner en toute connaissance de cause», explique Nadia Minassian, préfète de la MRC du Rocher-Percé et présidente du regroupement des MRC de la Gaspésie. 

À la suite d’un entretien téléphonique avec la ministre du tourisme, Caroline Proulx, vendredi dernier, le regroupement demande au gouvernement provincial de fournir aux élus locaux des modèles et des prévisions de l’impact de l’affluence des touristes sur la région. Ces modèles leur permettraient de mieux se positionner et de mettre en place les mesures nécessaires afin d’éviter une éclosion de COVID-19 en territoire gaspésien. 

Au moment d’écrire ces lignes, 172 cas de COVID-19 ont été confirmés en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, dont une quarantaine qui seraient toujours actifs, selon la santé publique.