Asbestos offre des visites du cratère de l’ancienne mine Jeffrey depuis le milieu des années 90.

Les visites minières à Asbestos sous la loupe

Alors que l’intervention de la Direction de santé publique de Chaudière-Appalaches a poussé Thetford Mines à mettre fin aux visites touristiques des sites de ses anciennes mines d’amiante chrysotile, son homologue de l’Estrie affirme qu’elle se penchera à son tour sur les visites minières offertes à l’ancienne mine Jeffrey d’Asbestos, dont elle ignorait l’existence jusqu’à tout récemment.

«La Direction de santé publique de l’Estrie a été mise aux faits que des visites touristiques avaient lieu dans la mine d’amiante d’Asbestos de par votre article datant du 9 mars dernier», a déclaré Yan Quirion, conseiller en communication du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Estrie dans un échange de courriers électroniques avec Le Soleil.

Asbestos offre des visites du cratère de l’ancienne mine Jeffrey depuis le milieu des années 90, mais M. Quirion a indiqué que pour le moment, ni l’équipe de santé au travail ni celle de santé environnementale n’ont procédé à une visite officielle des lieux afin d’en évaluer les risques potentiels à la santé. Il précise également que la situation pourrait être différente à Asbestos et à Thetford Mines.

«Puisque les conditions environnementales de la mine d’Asbestos diffèrent de celles de Thetford Mines [taux de végétalisation, niveau d’accumulation d’eau dans le cratère, etc.], il nous est impossible de simplement transposer les conclusions de la Direction de santé publique de Chaudière-Appalaches et de les appliquer à notre région», poursuit M. Quirion.

La Direction de santé publique de l’Estrie assure cependant qu’une évaluation sera effectuée et que des gestes seront posés dans les meilleurs délais. «Nous rencontrons d’ailleurs la municipalité dans les prochaines semaines en lien avec la mise en valeur du site», poursuit M. Quirion, qui a ajouté qu’il était trop tôt pour se positionner sur la question de la réutilisation des résidus miniers d’amiante dans un contexte industriel.

«Le projet de règlement du gouvernement fédéral est en processus de consultation en ce moment même, entre autres auprès des directeurs régionaux de santé publique. Dès que la position officielle des directeurs régionaux sera connue, vous serez tenu au courant», indique-t-il.

Démission demandée

Pendant ce temps, à Thetford Mines, le maire Marc-Alexandre Brousseau a écrit une lettre au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, pour lui demander de congédier le directeur de la santé publique de Chaudière-Appalaches, le Dr Philippe Lessard, qu’il accuse de «s’acharner» sur sa région qui abrite 500 millions de tonnes de résidus miniers. M. Brousseau qualifie de «folie furieuse» l’attitude des fonctionnaires provinciaux concernant la présence d’amiante dans ces résidus miniers et qualifie le Dr Lessard de «tortionnaire» et de «dictateur» qui livrerait une guerre ouverte à la région thetfordoise en plus de l’accuser d’être biaisé et incompétent.

«Pourtant, en parallèle, une armée de scientifiques du gouvernement fédéral ouvre la porte à la manipulation des résidus miniers malgré un contexte de bannissement de l’amiante. Malgré la présence dans l’air ambiant de 0,0043 fibre par cm³, votre directeur de la santé publique ne jure que par la tolérance zéro pourtant inapplicable chez nous», écrit le maire de Thetford Mines.

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INQUIÉTUDES POUR L'AIR

Kathleen Ruff, conseillère principale en matière de droits de l’homme à l’Institut Rideau, un organisme de recherche sans but lucratif basé à Ottawa, s’inquiétait jeudi des fibres d’amiante qui pourraient être émises dans l’air en transportant et en réutilisant les grandes montagnes de résidus d’amiante. Mme Ruff a aussi accusé l’Association internationale du chrysotile et le Mouvement PROChrysotile de tenter d’affaiblir le plan canadien pour interdire l’amiante en réclamant que l’utilisation de résidus d’amiante en aménagement paysager et en construction soit exclue des nouvelles règles.

«Les questions auxquelles font face les gouvernements québécois et canadien sont celles-ci : allez-vous continuer de trahir la population du Québec? Allez-vous continuer à permettre que la population du Québec soit exposée aux dangers de l’amiante? Est-ce que la vie de la population du Québec mérite moins de protection que la vie des autres Canadiens?» écrit-elle sur le site Web de Right On Canada.  

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