L’aéroport de Mont-Joli, comme les autres aéroports régionaux, attend toujours les modalités de l’aide annoncée par Québec.

Les petits aéroports voient grand

GASPÉ — Les aéroports de l’Est-du-Québec mijotent des projets de plusieurs dizaines de millions de dollars pour améliorer leurs infrastructures. Ils ont reçu des signaux encourageants de Québec. Il est toutefois loin d’être sûr que les sommes annoncées seront suffisantes.

La Ville de Gaspé veut améliorer son aéroport au coût de 11,5 millions $. La somme inclut la réfection et l’allongement de la piste de 4500 à 5500 pieds, l’acquisition d’équipements d’approche et la rénovation de l’aérogare et d’autres bâtiments. Gaspé souhaite obtenir 90 % d’aide de Québec et d’Ottawa et réaliser le projet en 2019 ou en 2020.

Le gouvernement du Québec s’est engagé à investir 100 millions $ ces quatre prochaines années dans les infrastructures aéroportuaires. «On veut se positionner, on est prêts, on a des études de génie déjà faites», dit le maire Daniel Côté.

Une piste allongée et de nouveaux équipements d’approche augmenteront le taux d’atterrissages même si la météo est difficile, «ce qui favorisera la venue de plus gros appareils, une éventuelle concurrence au monopole d’Air Canada et facilitera les évacuations médicales avec le nouvel avion-hôpital du gouvernement du Québec», estime le maire.

À partir de Gaspé, Air Canada Jazz offre des vols quotidiens vers Québec, Montréal et les Îles-de-la-Madeleine. En 2017, 23 682 passagers ont embarqué ou débarqué de ces avions à Gaspé. Il y a toutefois eu 109 vols annulés, soit 7,5 % des vols, la plupart à cause de la météo.

À Sainte-Anne-des-Monts, le conseil municipal demande à ce que la piste de son aéroport puisse être certifiée pour accueillir l’avion-hôpital, le Challenger CL 601 de Bombardier.

Les travaux nécessaires, chiffrés à plus de 5 millions $, consisteraient en un allongement mineur et en un élargissement majeur de la piste ainsi qu’à son revêtement, de même qu’en l’acquisition de certains équipements, notamment pour l’approche par GPS.

Depuis 20 ans que les élus martèlent leur demande. Le maire de Sainte-Anne-des-Monts, Simon Deschênes, estime que le Sommet sur le transport aérien régional, en février, a disposé favorablement le gouvernement du Québec. Le maire est d’autant plus confiant depuis qu’il a entendu le premier ministre Philippe Couillard dire qu’il «voulait donner un coup de main à la Haute-Gaspésie».

Selon M. Deschênes, la certification de la piste permettrait aussi d’envisager la création de partenariats, notamment pour développer une clientèle d’affaires. «Par exemple, si Pascan, comme ils atterrissent à Bonaventure, avait trois sièges disponibles, est-ce qu’ils pourraient venir chercher trois passagers à Sainte-Anne-des-Monts?», s’interroge-t-il.

Des aéroports régionaux capables d’accueillir de plus gros avions, de façon plus régulière malgré la météo, pourraient aider à briser le quasi-monopole d’Air Canada, estiment plusieurs élus locaux.

À Rivière-du-Loup, cinq projets majeurs, totalisant plusieurs millions $, sont dans les cartons de la Ville. Elle n’a pas les moyens de financer seule l’homologation des nouvelles approches, la réfection de la piste et du tarmac ainsi que la construction d’un nouveau bâtiment. 

«On est dans les plans préliminaires», affirme Jacques Poulin, directeur général de la Ville de Rivière-du-Loup. «On serait prêts à déposer, mais je ne peux pas tant que je ne sais pas quels sont les programmes. On attend des annonces.»

«Des besoins, c’est sûr qu’il y en a à l’aéroport», soutient la présidente de la Régie intermunicipale de l’aéroport régional de Mont-Joli, Chantale Lavoie. 

«Mais, ça va être quoi les modalités? On va attendre.» Il faut notamment refaire le toit de l’aérogare, changer des fenêtres et rénover le stationnement.

À l’aéroport de Bonaventure, 3,2 millions $ ont été investis depuis trois ans dans l’aérogare et sur la piste.

Un comité piloté par la municipalité attend la permission de Transports Québec, propriétaire des infrastructures, afin de permettre à des promoteurs de bâtir un hangar pour abriter les avions près de l’aéroport. C’est un investissement dépassant nettement un million $, mais dont l’ampleur est à établir avec une étude. 

Le maire Roch Audet précise qu’on examine sérieusement le potentiel d’un service aérien de marchandises pour Bonaventure, notamment pour le homard. La piste est déjà longue de 6000 pieds dans cet aéroport desservi au quotidien par Pascan Aviation. Selon le ministère des Transports, l’aéroport de Bonaventure a accueilli plus de 23 000 passagers au cours de l’année financière 2017-2018.

À Baie-Comeau, on n’a pas eu à attendre des fonds provinciaux. La piste de 6000 pieds de l’aéroport, qui appartient à la MRC Manicouagan, sera refaite cet été aux frais de Transports Canada, au coût de 5,9 millions $. Avec Gilles Gagné

***

Les aéroports régionaux en chiffres

  • 100 millions $: aide de Québec pour les infrastructures aéroportuaires.
  • 3,7 %: hausse des crédits budgétaires pour le transport aérien en 2018-2019
  • 40: aéroports régionaux visés
  • 400 millions $: montant en argent des besoins de ces aéroports

***

Des besoins quatre fois plus élevés que l’offre

CARLETON — Le Sommet sur le transport aérien de février à Lévis a débouché, le 27 mars, sur une annonce budgétaire de 173 millions $ sur quatre ou cinq ans, selon le programme. Toutefois, la vitesse d’intervention de l’État québécois pour investir cette somme reste à définir.

Si l’on regarde la somme affectée aux crédits budgétaires en transport aérien, le changement entre 2017 et 2018 sera maigre, puisque le montant consacré à ce mode de déplacement passera de 51,94 à 53,84 millions $, une hausse de 1,9 million $.

Le ministère des Transports du Québec pourrait augmenter la somme en se servant du «fonds de suppléance.» Le député indépendant de Gaspé à l’Assemblée nationale, Gaétan Lelièvre, s’inquiète toutefois de deux aspects rattachés aux 173 millions $ du budget de mars dernier.

Des moyens existent pour diminuer le prix des billets d'avion dans les régions, assure le député indépendant de Gaspé, Gaétan Lelièvre.

«Dans le temps, l’utilisation de cet argent est vague […]. S’il y a un changement de gouvernement, ça peut être annulé. C’est le danger avec des programmes sur plusieurs années et quand l’argent n’apparaît pas dans les crédits», dit-il.

Les besoins se chiffrent à 400 millions $ pour les 40 aéroports régionaux visés par l’aide de Québec. Des 173 millions $, un bloc de 100 millions $ leur est réservé, en quatre ans.

«C’est une bonne nouvelle, parce qu’il ne se dépensait presque plus rien dans ce domaine, mais les besoins sont tellement énormes que la somme annuelle, 25 millions $ si c’est réparti également, est minime. Ce n’est pas ça qui va régler les problèmes d’infrastructures aériennes au Québec […]. Gaspé a besoin de cinq à six millions $ de Québec pour son aéroport, et la somme est égale à Sainte-Anne-des-Monts. Juste en Gaspésie, on prendrait la moitié de la somme annuelle prévue pour le Québec. C’est irréaliste», note Gaétan Lelièvre. Gilles Gagné (collaboration spéciale)

Rien de gagné aux Îles

Des obstacles se dressent devant les localités qui veulent améliorer le transport aérien chez eux. Aux Îles-de-la-Madeleine, Transports Canada fait toujours la sourde oreille à la demande des élus locaux d’allonger la piste.

La municipalité demande au fédéral, propriétaire de l’aéroport, d’ajouter 1000 pieds à la piste de 4500 pieds. C’est une requête de l’archipel « depuis 25 à 30 ans », dit le maire des Îles, Jonathan Lapierre.

L’absence d’avancement du dossier « freine toute perspective de développement pour attirer des nouvelles compagnies, ou des compagnies existantes qui voudraient amener des Q400 pour les passagers, ou du cargo, pour l’import-export ou le transport de médicaments », indique M. Lapierre.

L’aéroport est « le pont qui relie les Îles au continent », souligne le maire. Dans son état actuel, l’infrastructure n’est « absolument pas » digne de ce rôle. L’hiver dernier, « il ne s’est pas passé une semaine sans une ou deux annulations de vols », dit M. Lapierre. L’allongement de la piste garantirait « un meilleur accès, plus régulier, indépendamment de la météo », ainsi que la venue « d’appareils de plus grande portée ».

L’aéroport de Sept-Îles, l’un des plus occupés de la province avec 27 382 mouvements civils en 2016, appartient aussi à Ottawa. « Transports Canada ne fait que gérer, il ne fait pas beaucoup de développement », remarque Sylvain Larivière, directeur général de Développement économique Sept-Îles. Pourtant, « on peut faire de Sept-Îles une plaque tournante internationale vers le Nord », dit-il.

La préoccupation liée aux tarifs aériens élevés perdure, même si Québec a étendu à la Côte-Nord, ainsi qu’au Bas-Saint-Laurent et à la Gaspésie, le remboursement de 30 % sur l’achat de billets. « Le crédit est pour les résidents, mais si on veut attirer des touristes, eux n’ont pas de crédit », dit M. Larivière.

Rocher-percé 

Année après année, la MRC du Rocher-Percé colmate les fissures dans la piste de son aéroport, à Grande-Rivière. Mais la surface doit bientôt être refaite au complet, pour sécuriser la venue de l’avion-ambulance et recevoir éventuellement des vols nolisés de touristes, dans cette localité située à 20 minutes de Percé.

Demander de l’aide financière a été peine perdue jusqu’ici : « La première question qu’on nous pose, c’est : a-t-on un transporteur régulier? », rapporte la préfète de la MRC du Rocher-Percé, Nadia Minassian. Elle espère que son aéroport cadrera dans les critères de Québec. Geneviève Gélinas (collaboration spéciale)