Les gestionnaires de rivières gaspésiennes ont hâte d’avoir des nouvelles du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs sur les protocoles à établir, notamment pour l’utilisation de canots avec guide.
Les gestionnaires de rivières gaspésiennes ont hâte d’avoir des nouvelles du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs sur les protocoles à établir, notamment pour l’utilisation de canots avec guide.

Les pêcheurs impatients, dans l'attente d'instructions

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
BONAVENTURE — S’il y a une activité propice à la distanciation sociale, c’est bien la pêche au saumon, à plus forte raison quand elle se pratique à gué. À neuf jours de l’ouverture des rivières aux pêcheurs sportifs, tout le monde de ce milieu trépigne de hâte de mettre sa ligne à l’eau, ou d’impatience pour obtenir des règles claires sur la conduite de l’activité en contexte de pandémie.

En Gaspésie, la pêche au saumon passionne, tant les gens sur place que les visiteurs, qui sont quelques dizaines de milliers à fréquenter une vingtaine de rivières. L’intérêt pour cette activité est tel que les deux gestionnaires de rivières auxquels Le Soleil a parlé rapportent que les annulations pour cause de coronavirus sont négligeables ou nulles jusqu’ici.

De son côté, Jean-Guy Boudreau, un septuagénaire de Carleton pratiquant la pêche au saumon depuis des décennies, tient à peine en place à quelques jours de l‘ouverture.

«J’ai hâte, Bon Dieu. Dimanche, je pars avec un ami, Luc Henry, pour la ZEC des Anses, près de Chandler; je ne suis jamais allé là. C’est un lac, en attendant les rivières. J’ai appelé la Sûreté du Québec. On a le droit d’y aller même si on n’est pas de la même famille, on portera nos masques dans le pick-up», explique M. Boudreau.

Adepte de la pêche à gué, Jean-Guy Boudreau croit que la pêche au saumon est l’activité idéale en contexte de pandémie.

«C’est bien rare qu’on est collés ensemble. On est au moins de 50 à 100 pieds l’un de l’autre. Sur la batture, on a toujours une bonne distance entre nous. Et puis les gens, à force de se le faire dire, adoptent des bonnes habitudes», ajoute-t-il.

Sur la ZEC de la rivière Bonaventure, le directeur général, Ronald Cormier, échafaude des scénarios depuis mars, en l’absence de directives du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP).


« Depuis le début de la pandémie, nous n’avons pratiquement pas d’information du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. »
Ronald Cormier

«C’est l’inconnu dans la gestion de nos deux campings. Ils sont surtout utilisés par des pêcheurs sportifs, mais il nous arrive de louer des emplacements quand il n’est pas plein. Personne n’a d’idée comment on va opérer ça. Est-ce qu’on ouvre le bloc sanitaire? Faut-il avoir un employé en permanence à cet endroit? Faut-il laisser 24 heures libres entre les locations? Dans le domaine de l’hébergement, on est vraiment dans l’inconnu», déplore M. Cormier.

Cette incertitude n’a toutefois pas encore d’emprise sur ses clients, ou si peu, mais le temps presse.

«Sur 500 réservations prises à la suite du tirage au sort du 1er novembre, nous avons moins de dix annulations, des Américains qui ne sont pas certains de passer la frontière et qui devraient être en quarantaine de 14 jours s’ils passent», dit M. Cormier.

Si le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs peine à réagir, la ZEC de la rivière Bonaventure a vite modifié certaines modalités de paiement.

«Dans le cas du tirage du 1er novembre, les pêcheurs font le premier paiement à la mi-décembre et le deuxième à la mi-avril. Cette année, on a reporté le second paiement au 25 mai. On a laissé aux gens la possibilité d’annuler jusqu’à cinq jours avant leur date de pêche, s’ils ne peuvent se rendre. Ce qui nous inquiète aussi, c’est comment vont voyager des copains qui descendent ici ensemble d’habitude. Vont-ils venir chacun dans leur véhicule? Comment arranger l’hébergement, dans certains cas», se demande M. Cormier, qui garde en tête la possibilité d’un resserrement des normes de santé publique en cas de résurgence du virus.

Des pertes à prévoir

Ronald Cormier s’attend à un déficit de la ZEC de la rivière Bonaventure en 2020. Cette rivière procure du travail à 22 personnes directement. Ses revenus s’établissent à 800 000 $ par année et sa présence génère des retombées d’au moins 5 millions $.

«Environ 70 % de notre clientèle est composée de Québécois et de 25 à 30 % des autres pêcheurs viennent du reste du Canada, des États-Unis et d’Europe. Il est fort probable que nous perdrons plusieurs clients de l’étranger cette année. Les Québécois peuvent improviser un peu plus parce que 50 % de nos places peuvent être réservées avec 48 heures d’avis», précise-t-il.

Un peu à l’ouest, sur la rivière Grande-Cascapédia, la directrice de la Société Cascapédia, Darlene Sexton, n’a encore enregistré aucune perte de réservation.

«On s’attend à en perdre, mais on ne sait pas combien […] On essaie de prendre les précautions pour que tout se passe bien cet été», dit Mme Sexton, elle aussi en attente de renseignements supplémentaires de la part des autorités.

La Société Cascapédia emploie directement 30 personnes à la protection de la rivière et au guidage de ses clients. Six camps privés emploient une centaine de personnes supplémentaires.

Les gestionnaires des deux rivières ont notamment hâte de savoir quelles mesures ils devront adopter dans le cas des pêcheurs sportifs utilisant un canot et un guide. Les canots mesurent de sept à huit mètres et deux ou trois personnes prennent place à bord.