Les puits Haldimand 1, 2 et 4, de même que les puits Le Ber, Tar Point et Wakeham n’auraient fait l’objet d’aucun dépôt visant à assurer leur éventuelle fermeture.

Les écolos craignent que l'argent manque pour fermer les puits de Pieridae Energy en Gaspésie

CARLETON – Le groupe Environnement vert plus demande au gouvernement du Québec de récupérer au plus vite auprès de la firme Pieridae Energy les sommes requises pour assurer la fermeture de tous ses puits d’hydrocarbures à Gaspé et dans les environs.

Pascal Bergeron, porte-parole d’Environnement vert plus, craint que Pieridae Energy n’ait bientôt plus les moyens de fermer six des 10 puits qu’elle a forés en Gaspésie. La firme n’aurait déposé que quatre montants de 150 000 $ en garantie pour assurer la fermeture d’autant de puits, tous localisés dans le secteur Bourque, près de Murdochville.

Les puits Haldimand 1, 2 et 4, de même que les puits Le Ber, Tar Point et Wakeham n’auraient fait l’objet d’aucun dépôt visant à assurer leur éventuelle fermeture.

Le porte-parole d’Environnement vert plus, Pascal Bergeron, utilise le conditionnel «auraient» parce qu’il subsiste une probabilité que Pieridae ait payé les montants de garantie pour les six puits au cœur des préoccupations de son organisme, mais il se bute au refus du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles de lui en fournir la preuve.

«Il n’y a pas de transparence. Ils (les gens du ministère) retiennent des documents, en invoquant les articles 23 et 24 de la Loi de l’accès à l’information. Selon ces articles, ils ne sont pas tenus de divulguer le document s’il y a secret industriel. Nous voulons seulement une preuve. Ils pourraient caviarder la partie qui touche le secret industriel. Là, c’est l’ensemble des documents que le ministère cache », explique M. Bergeron.

Mercredi, le ministère des Ressources naturelles a même refusé la divulgation des entêtes portant sur les ententes de garanties avec Pieridae.

«Ne pouvant obtenir les documents, j'en ai demandé les entêtes, espérant au moins connaître l'existence et la nature des documents en question. Même ça m’est refusé. Je vais contester la décision devant la Commission (d’accès à l’information) et fort probablement gagner, mais ça va prendre deux-trois ans», précise Pascal Bergeron.

Le Soleil a aussi tenté mercredi d’obtenir ces documents, sans succès.

Environnement vert plus craint que Pieridae ne soit plus en mesure d’assurer financièrement la fermeture de ses puits. Certain de ces puits, notamment les trois de Haldimand, sont situés à proximité de quartiers résidentiels et des fuites pourraient y affecter la qualité de l’air.

«Les liquidités de Pieridae ne sont que de 14,7 millions. La compagnie a perdu 12 996 000 $ au dernier trimestre. L’action était à près de 5 $ quand Pieridae a acquis Pétrolia et elle ne valait que 80 cents le 6 juin», ajoute M. Bergeron.

Difficiles à évaluer

Les liquidités totales de l’entreprise s’établissent à 39 millions $ (M$) mais certains montants du bilan sont constitués de sommes à recevoir ou affectées à d’autres fins. De plus, une partie appréciable de l’actif de 369 M$ de Pieridae est constituée de «propriétés, d’usines et d’équipements» dont la valeur peut fluctuer grandement, estime Pascal Bergeron.

Il croit que la compagnie porte à son actif des éléments fort difficile à évaluer, comme sa participation dans le projet de terminal gazier et d’usine de liquéfaction à Goldboro, en Nouvelle-Écosse. Ce projet de 4,5 milliards $ avance lentement en raison de certains facteurs dont le financement et la capacité limitée de certaines portions de gazoducs, au Québec notamment, d’acheminer du gaz de l’ouest vers le port néo-écossais.

En outre, dans la portion «capital» du bilan de Pieridae, une somme de 211,5 M $ est constituée d’actions de la firme, actions qui chutent depuis mai 2017.

M. Bergeron croit que l’opacité du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles pourrait découler d’une possible caution donnée par un organisme tiers.

«Est-ce que le gouvernement pourrait être cet organisme?» demande-t-il, en pensant notamment à Ressources Québec, une création de l’État engagée dans certaines initiatives d’exploration d’hydrocarbures, dont le projet Bourque.

Le Soleil a tenté d’obtenir des réponses de Pieridae mercredi, mais personne n’a retourné les appels.