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Dotés d’une petite caméra sur leur dos, d’un GPS à la queue et d’un outil attaché aux pattes pour mesurer la profondeur de leur plongée, les fous de Bassan de l’île Bonaventure, en Gaspésie, deviennent des caméramans et de véritables assistants de laboratoire.
Dotés d’une petite caméra sur leur dos, d’un GPS à la queue et d’un outil attaché aux pattes pour mesurer la profondeur de leur plongée, les fous de Bassan de l’île Bonaventure, en Gaspésie, deviennent des caméramans et de véritables assistants de laboratoire.

Les caméramans fous [VIDÉO]

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
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Des fous de Bassan qui filment des images sous-marines et qui transmettent des données de géolocalisation ainsi que la profondeur de leur plongée. Aussi farfelue qu’elle puisse paraître, l’idée est pourtant bien réelle grâce à un projet développé par des scientifiques. Dotés d’une petite caméra sur leur dos, d’un GPS à la queue et d’un outil attaché aux pattes, les fous de l’île Bonaventure, en Gaspésie, aident la science en devenant caméramans et assistants de laboratoire.

L’oiseau marin devient un témoin privilégié et un échantillonneur de son environnement. «Grâce aux équipements qu’il transporte, il nous permet d’aller chercher de l’information sur le milieu marin», explique le chercheur et enseignant en biologie du Cégep de Rimouski, David Pelletier.

Les appareils

La caméra est retirée du dos de l’oiseau au bout de 24 heures. «Une fois que l’oiseau revient, on peut recharger la batterie, télécharger les vidéos et, le surlendemain, remettre la caméra sur un autre oiseau.» La caméra a été spécialement conçue pour le projet. Elle se met en fonction quand elle touche l’eau salée. Aussitôt qu’elle sèche, elle arrête d’enregistrer. «Donc, ça permet de préserver plus longtemps la batterie et de ne pas enregistrer lorsque l’oiseau est hors vol ou quand il dort et que la caméra est dans ses plumes, précise le chercheur. Ça prend beaucoup d’énergie pour filmer quelque chose.» L’été passé, deux des cinq caméras ont été perdues.

Les deux autres appareils peuvent être laissés plus longtemps sur l’animal, soit le GPS à la queue et le petit outil placé sur une bague métallique attachée aux pattes de l’oiseau qui permet de connaître la profondeur de la plongée et la température de l’eau. «En combinant l’information visuelle avec la localisation géographique et la profondeur de plongée, on est capables d’aller localiser, pour une espèce, à quel endroit elle a été pêchée en trois dimensions.»

Le chercheur et enseignant David Pelletier sur l’île Bonaventure

Afin de limiter l’impact sur l’oiseau et de ne pas nuire à son centre d’équilibre, le poids de ces appareils n’excède pas 3% de sa masse. La caméra pèse 30 grammes, le GPS aussi et le petit appareil aux pattes fait 6 grammes, pour un total de 66 grammes. «La caméra est attachée avec un genre de «tape» blanc, spécifie David Pelletier. Donc, ça ne paraît presque pas. […] Aussitôt qu’il est en vol, l’oiseau replace son plumage et on ne voit presque plus les appareils, sinon, pas du tout.»

Pourquoi le fou de Bassan? Parce que pendant une courte période de l’année, soit celle de la reproduction, les fous de Bassan sont moins mobiles et parce qu’ils se laissent approcher. Selon M. Pelletier, la colonie du parc de l’Île Bonaventure est la plus accessible au monde. «Même pour l’ensemble des oiseaux marins, c’est vraiment l’endroit où c’est le plus facile de travailler, estime celui qui est aussi doctorant en biologie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). Le fou de Bassan a aussi la particularité d’être peu farouche […]. Cette espèce est capable de tolérer la présence de l’être humain. Pour nous, ça nous facilite la tâche pour pouvoir les capturer […].»

Projet en deux volets

Le projet se décline en deux volets: «Fou numérique» et ReCAPP (Reconnaissance et classification des poissons pélagiques du golfe du Saint-Laurent). «Fou numérique» consiste à comprendre le comportement d’alimentation du fou de Bassan et d’obtenir de l’information sur la biologie des proies qu’il consomme. Financé par Odyssée Saint-Laurent du Réseau Québec maritime pour la collecte de données, «Fou numérique» est un projet mené par l’UQAR, le Cégep de Rimouski et Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts.

Le volet ReCAPP vise à développer un outil de reconnaissance des espèces de poisson consommées par le fou. Les cégeps de Rimouski et de Matane, le Centre de développement et de recherche en imagerie numérique (CDRIN) de Matane et Exploramer participent à ReCAPP, soutenu par le Programme d’aide à la recherche et au transfert du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour l’analyse des données et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour la reconnaissance des espèces de poisson.

ReCAPP a été développé en partenariat avec le CDRIN. «Le défi du CDRIN est d’aider David à faire un meilleur ratio de la consommation de poissons […], précise la directrice générale de l’établissement lié au Cégep de Matane, Isabelle Cayer. On y répond par une solution d’intelligence artificielle, c’est-à-dire qu’on a développé un logiciel qui permet de voir les poissons dans l’eau. Par exemple, quand le fou de Bassan plonge avec une caméra sur le dos, on va capturer des images où il y a des poissons et le défi est de savoir de quelle espèce il s’agit. […] C’est un grand défi! Ce sont des vidéos qui sont captées à haute vitesse, en plongée. […] C’est assez impressionnant! C’est comme s’il y avait un œil derrière la tête du fou de Bassan.»

«L’objectif est d’arriver, à travers une banque d’images vidéo qui sont capturées par la caméra qui est sur le dos du fou de Bassan, à utiliser cet outil-là pour définir et classifier les espèces qui sont dans son environnement», ajoute M. Pelletier. […] Les espèces étudiées sont particulièrement le maquereau, le hareng, le capelan et le lançon.

Changements dans son régime alimentaire

«On veut avoir de l’information sur le fou de Bassan, sa biologie et son régime alimentaire, qui change beaucoup depuis ces dernières années parce que plusieurs des espèces qu’il consomme sont en déclin assez important, indique l’enseignant en biologie du Cégep de Rimouski. On voit que le fou de Bassan s’ajuste et quels sont les types d’individus qui sont capables de mieux s’ajuster.»

Grâce à ce projet, David Pelletier a pu constater que, l’an dernier, l’oiseau avait consommé une grande quantité de sébaste. «C’est un poisson qui est très différent des autres. Étant donné qu’ils en ont consommé beaucoup, on s’est demandé s’il était en train d’y avoir un changement dans son régime alimentaire vers le sébaste. Rapidement, on a entraîné les algorithmes à reconnaître aussi les sébastes.»


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