Beaudouin Gagnon dit avoir délaissé la religion lorsque le Vatican a abandonné les messes en latin.

L'église de Saint-Simon sauvée... par un athée

Beaudouin Gagnon est président du conseil de fabrique de Saint-Simon. L'église de son village natal dans la MRC des Basques, il la connaît du caveau au clocher. Ironiquement, s'il est peu attiré par la religion catholique, ce retraité de l'enseignement en fait pourtant un peu plus chaque jour pour sauver ce joyau patrimonial, et ce, de façon bénévole.
«Je suis athée. Je ne crois pas et je ne pratique pas», tranche d'entrée de jeu celui qui dit avoir laissé l'Église catholique dès son jeune âge. «La messe en latin avait beaucoup de signification pour moi. Lorsque le Vatican a décidé de lâcher le latin, j'ai lâché la religion», dit-il, échappant un juron au beau milieu de l'allée centrale. «J'ai des indulgences plein les armoires ici.»
De fait, depuis huit ans, il s'occupe à trouver de l'argent pour sauver cette église et lui redonner son lustre d'antan. «C'est un joyau patrimonial construit en 1830. L'extérieur est classé», dit-il.
Son caractère patrimonial donne droit à des subventions. Mais pour les recevoir, le milieu doit fournir au moins 30 % du coût des travaux. Depuis les débuts de l'aventure, au moins 650 000 $ ont été consacrés à la réfection du bâtiment. C'est dire que M. Gagnon a réussi à amasser presque 200 000 $ dans le milieu. Un exploit considérant que Saint-Simon ne compte que 400 citoyens et 40 fidèles, qui n'ont droit qu'à une messe toutes les trois semaines!
«Nous organisons des activités, comme des dîners spaghettis pour lesquelles j'ai coupé tous les salaires. J'ai ainsi économisé 8000 $ annuellement. Diverses organisations régionales embarquent aussi, comme la MRC et la caisse populaire. Je leur précise que j'investis dans la culture et non dans le culte.»
Et ça marche. Le clocher a entièrement refait pour 200 000 $, de même que l'ensemble de la ferblanterie, vieille de plus de 100 ans. «Tous les cadres de bois des fenêtres originales de 1830 ont été grattés cet été. Les vitres ont été remplacées par d'autres d'époque», dit-il fièrement. L'an prochain, ce sera au tour de l'intérieur.
Ensuite, tous les objets de culte disparaîtront, sauf la toile d'Antoine Plamondon, exposée dans le choeur et représentant Saint-Simon. «Plamondon, un important peintre religieux, l'a réalisée en 1836. Les angelots de sa toile parlent», dit M. Gagnon, précisant y avoir découvert que le pauvre Saint-Simon était mort... scié! Observez les angelots lors de votre visite, spécialement celui de droite.
Lorsque la réfection sera complétée, vers la fin 2013, le milieu aura fourni près de 250 000 $. L'église sera remise à neuf pour entreprendre sa prochaine vocation. «Ce sera en relation avec la culture. Il faudra que ça génère un revenu fixe et que ce soit différent, pour ne pas empiéter sur ce qui se fait déjà», laisse-t-il tomber, ajoutant qu'il faut sauver ces magnifiques bâtisses qui peuvent encore servir.
«C'est l'avenir. Pour sauver les églises, il faut penser culture et ne pas se laisser prendre par les questions de religion. D'ailleurs, plusieurs municipalités qui ont hérité de leurs églises s'en servent comme salle communautaire ou bibliothèque et en louent une partie pour le culte. C'est ça, la recette gagnante», conclut celui qui n'attend surtout pas après «l'éclair divin» pour découvrir l'utilisation qui sera faite de cette église remise à neuf. Il est par contre ouvert à toutes les idées. Vous pouvez proposer la vôtre en composant le 418 738-2917.