Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie

Le préfet lance un appel à l'aide

Le préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, Allen Cormier, lance un cri d'alarme afin que les deux paliers de gouvernement accordent un statut particulier à sa MRC, à la lumière des inquiétants résultats révélés par le dernier recensement.
La Haute-Gaspésie a perdu 6,38 % de sa population entre 2011 et 2016 (de 12 088 à 11 316 personnes) et sa ville-centre, Sainte-Anne-des-Monts, a essuyé une perte encore plus considérable de 7,2 %. C'est la ville québécoise ayant subi la plus lourde décroissance, toutes proportions gardées.
«Nous avons un très gros travail à faire. Il faut travailler en loisir, en culture, en sport, rendre nos municipalités plus attrayantes, travailler à l'accueil des immigrants, même si ça va relativement bien de ce côté. Nous en voulons plus», aborde Allen Cormier, plus fâché que découragé par la situation.
«D'un autre côté, si les gouvernements fédéral et provincial ne sont pas innocents à temps complet, ils vont instaurer une politique à statut particulier pour notre MRC. Il y a 17 régions administratives au Québec. Si tu as 17 enfants et que l'un d'eux, la Gaspésie, demande plus d'attention, il serait normal, si tu les aimes tous autant, de le lui accorder», suggère M. Cormier.
«Il faut que nos dossiers cheminent plus vite, comme Exploramer, le musée de Sainte-Anne-des-Monts reconnu mais seulement subventionné ponctuellement et pas à sa juste valeur. Pourtant, il attire 25 000 visiteurs et emploie 26 personnes. Le dossier de la formation professionnelle et la mise à niveau de l'aéroport pressent. Un coup de barre, comme 50 emplois dans la fonction publique, aurait un effet immédiat sur une petite population de 11 318 personnes», explique M. Cormier.
Ayant déjà brigué la bannière du Parti conservateur sur la scène canadienne et peu enclin à transformer sa revendication en plaidoyer à saveur politique, Allen Cormier évoque avec nostalgie le passage de Pauline Marois au pouvoir, de septembre 2012 à avril 2014.
«Quand Mme Marois était première ministre, elle regardait ses ministres lors des réunions du cabinet et demandait : «Avez-vous des dossiers de la Gaspésie à régler [...] J'ai pu rencontrer Mme Marois six fois en 18 mois. C'est un gouvernement [l'actuel régime de Philippe Couillard] qui n'a aucune sensibilité s'il ne réagit pas à la situation démographique actuelle. On a besoin d'un fast track [une voie rapide]. On s'entend que c'est dramatique», ajoute M. Cormier.
Le préfet a encore de travers dans la gorge les coupes dans le Pacte rural ainsi que les compressions en santé, en transport et dans les budgets de développement régional. «L'établissement d'Optilab (le regroupement de 70 % des analyses médicales à Rimouski, dans la région voisine) fera perdre d'autres emplois gouvernementaux. La centralisation s'attaque aux régions».
Garder la tête haute
Il n'est pas découragé parce que la population de la Haute-­Gaspésie continue de poser des jalons de développement, à défaut de progrès démographique.
«Nous avons ramené l'obstétrique à Sainte-Anne-des-Monts, nous avons augmenté le nombre de médecins de 8 à 21, la scierie du groupe Lebel à Cap-Chat a redémarré, les quais de Sainte-Anne-des-Monts et de Tourelle ont été refaits, le bureau de la SAAQ a été rouvert, l'usine d'Orbite à Cap-Chat ouvrira bientôt, le chantier du groupe Verreault, dans la MRC voisine, emploiera bientôt 400 personnes, la moitié venant de notre MRC», décrit Allen Cormier.
«J'ai toutefois encore frais à la mémoire un entretien que j'ai eu avec Micheline Pelletier, ex-mairesse de Sainte-Anne-des-Monts, qui me disait qu'il faut arrêter la spirale de la dévitalisation avant un point de non-retour. Il faut un stop avant qu'elle n'entraîne l'économie vers le bas», dit-il.
À Gaspé, le maire Daniel Côté a été un peu surpris de voir que sa ville, qui carbure à la fabrication de pales éoliennes, à la construction navale, à l'instrumentation et à une période particulièrement prospère en pêches commerciales, avait aussi essuyé une perte démographique de 3,9 % entre 2011 et 2016 (de 15 163 à 14 659 habitants).
«On ne le perçoit pas. C'est vrai qu'il y a eu une légère chute jusqu'à l'an passé sans doute, attribuable à la perte de 150 emplois dans les fonctions publiques fédérale et provinciale. On a vécu une centralisation sans précédent. Le bureau régional d'Hydro-Québec s'est aussi vidé, mais on n'a pas accès à ces chiffres-là. J'inclus la CRÉ dans ces chiffres», précise M. Côté, en parlant de l'abolition de la Conférence régionale des élus par Québec.
Le reste de la MRC Côte-de-Gaspé a été beaucoup plus affectée que la ville de Gaspé. Murdochville a perdu 14,8 % de sa population, comparativement à 9,7 % pour Cloridorme, 7 % pour Grande-Vallée et 4,5 % pour Petite-Vallée. Ces pertes, à 7 %, font même basculer cette MRC devant la Haute-Gaspésie pour la décroissance.
Daniel Côté, comme Allen Cormier, croit que des interventions spécifiques aux zones les plus dévitalisées doivent être implantées «de façon urgente».
Le maire de Gaspé refuse d'être défaitiste devant la besogne à abattre, d'autant plus que le défi de sa ville est différent de celui de la plupart des municipalités gaspésiennes.
«Nous ne faisons pas face à un défi de développement; nous faisons face à un défi de recrutement. Nous avons 200 emplois à combler en 2017 à Gaspé. J'ai rencontré les dirigeants des trois principales usines de transformation de produits marins du Grand Gaspé et ils appréhendent une difficulté de recrutement. LM Wind Power a créé et créera 265 emplois depuis l'été et jusqu'à la fin de l'année [...] Il faut rendre la région plus attrayante, redonner de la vigueur à la Stratégie d'établissement durable, miser sur la qualité de vie et régler nos problèmes de transport, le train, l'avion et l'autobus», conclut M. Côté.
Il y a eu pire
Une perte de 4 % de la population, comme la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine l'ont vécue entre 2011 et 2016, constitue une claque dont la région se serait assurément passée. Il ne s'agit toutefois pas de la pire dégelée démographique vécue par la région.
Entre 1996 et 2001, la région avait perdu 7,8 % de sa population, ou 7578 personnes. C'est plus de deux fois, en nombre absolu, la perte courante, qui s'établit à 3768 habitants. L'analyste Patrick Charbonneau, de Statistique Canada, précise que trois facteurs expliquent le déclin : le plus grand nombre de décès que de naissances, le faible nombre d'immigrants arrivant dans la région et l'exode.
«Nous n'avons pas encore tous les détails nous permettant d'analyser ces chiffres, mais nous pouvons dire que le vieillissement de la population arrive en premier», note M. Charbonneau, rappelant que deux tiers de la hausse démographique au Québec s'explique par l'arrivée d'immigrants.