Le docteur Richard Fachehoun est, depuis, l’homme le plus visible dans les médias de la Côte-Nord.
Le docteur Richard Fachehoun est, depuis, l’homme le plus visible dans les médias de la Côte-Nord.

Le docteur Richard Fachehoun, l’homme qui démystifie la COVID sur la Côte-Nord

Steeve Paradis
Steeve Paradis
Collaboration spéciale
Inconnu du grand public début mars, le docteur Richard Fachehoun est, depuis, l’homme le plus visible dans les médias de la Côte-Nord. Médecin conseil en santé publique au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Côte-Nord, le Dr Fachehoun est chargé, une ou deux fois par semaine depuis le début de la pandémie, d’affronter les médias pour faire le portrait de l’évolution de la COVID-19 dans la région.

Avec 213 cas confirmés au moment d’écrire ces lignes, la Côte-Nord fait très belle figure jusqu’ici en matière de contrôle de la propagation du coronavirus. Malgré un emploi plus que chargé, le docteur Fachehoun a accepté de répondre aux cinq questions du Soleil

Q En quoi la Côte-Nord a-t-elle mieux fait que les autres régions pour limiter la propagation du coronavirus?

R La situation épidémiologique actuelle avec moins de 10 cas actifs pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment l’effort collectif de la population pour le respect des mesures de prévention et la contribution des partenaires, les interventions précoces pour le traçage et l’isolement des cas et des contacts dans tous les milieux ainsi que la recherche des cas source afin d’identifier les supers propagateurs, les mesures de prévention mises en place dans tous les milieux de travail et les audits qui sont réalisés fréquemment par la santé publique et ses partenaires, l’accès adéquat au dépistage et le fait que la région est éloignée des grands centres urbains. Toutefois, la situation demeure fragile et nous devons poursuivre nos efforts.

Q Vraisemblablement, des résidents en zone rouge viendront dans le temps des Fêtes sur la Côte-Nord qui, elle, a toujours le droit de faire deux rassemblements en quatre jours. Ces résidents des zones rouges pourront-ils prendre part aux partys?

R Normalement, les résidents des régions au palier rouge doivent respecter les règles de ce palier et donc ne pas tenir de rassemblement. Toutefois, un étudiant dont l’adresse est sur la Côte-Nord peut revenir en respectant les consignes du protocole de gestion des entrées ET le confinement préventif 7 jours avant et après le rassemblement. Voici deux exemples du protocole de gestion des entrées selon la MRC.

Un étudiant de Québec qui revient dans la MRC de Sept-Rivières, Manicouagan ou La Haute Cote-Nord doit faire un confinement préventif de 7 jours pour l’étudiant et sa maisonnée. Il n’a pas à subir de dépistage sauf s’il présente des symptômes.

Si ce même étudiant de Québec rentre en Minganie, en Basse-Côte-Nord ou à Caniapiscau, il y a aussi le confinement préventif de 7 jours pour l’étudiant et sa maisonnée, plus un test de dépistage à l’arrivée et au jour 7.

Q Logistiquement, est-ce que la vaccination sera un processus plus compliqué dans la région comparativement à ailleurs au Québec?

R Parmi les 2 vaccins qui seront disponibles très prochainement après l’homologation de Santé Canada, celui de Pfizer requiert une conservation à – 70 degrés. Cela entraine des contraintes logistiques pour le stockage et la manipulation dans une région très vaste comme la Côte-Nord. Toutefois, avec le vaccin de Moderna, les contraintes sont moindres et nous pourrons couvrir toute la Côte-Nord et tous les groupes prioritaires.

Globalement, avec les expériences acquises lors des campagnes de vaccination contre la grippe, nous sommes confiants de vacciner nos groupes prioritaires (les résidents des CHSLD, les travailleurs de la santé et des services sociaux, les personnes vivant en RPA, les résidents des communautés isolées et éloignées et les personnes âgées de 80 ans et plus) afin de diminuer les hospitalisations et les décès et protéger le système de santé.

Q Vous êtes originaire du Bénin. Quel est le parcours qui vous a conduit au Québec, et ultimement sur la Côte-Nord?

R Après une formation en médecine générale au Bénin de 1996 à 2003 et une autre en santé environnementale de l’Université de Montréal comme boursier de la Francophonie, j’ai été médecin généraliste, avec prise en charge des personnes vivant avec le VIH, jusqu’en 2008, tout en organisant des activités de promotion de la santé. J’ai immigré au Canada en 2008 pour des raisons familiales. De septembre 2009 à juin 2012, j’ai été chargé de cours au département des sciences infirmières de l’Université du Québec en Outaouais. De 2012 à 2017, j’ai fait une résidence en santé publique et médecine préventive à l’Université Laval.

J’ai fait 2 stages sur la Côte-Nord vers la fin de ma résidence et la région répondait à mes trois conditions pour une pratique idéale : la possibilité d’une pratique transversale dans la discipline, la présence d’un besoin en maladies infectieuses à la direction de santé publique et la possibilité de travailler avec les communautés autochtones. C’est passionnant de travailler pour produire la santé et réduire les inégalités.

Q Vous qui travaillez habituellement dans l'ombre, vous vous retrouvez depuis neuf mois dans les médias pratiquement tous les jours. Comment avez-vous vécu cette soudaine visibilité?

R Au début, la pression était forte car nous étions face à une nouvelle maladie. Mais elle a progressivement diminué avec l’organisation efficace du travail à la direction de santé publique, la complicité de nos équipes, le soutien de l’équipe des communications et la mobilisation de toutes les directions du CISSS. Dans la résidence en santé publique et médecine préventive, nous sommes formés pour gérer les urgences en santé publique, ce qui inclut le volet communication du risque. C’est un travail d’équipe.

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