Joël Arseneau
Joël Arseneau

Le député Arseneau craint qu'il n'y ait plus d'accès vers les Îles-de-la-Madeleine

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
Si le Nouveau-Brunswick maintient la fermeture de ses limites territoriales avec le Québec, le député des Îles-de-la-Madeleine craint que l'archipel ne se retrouve complètement isolé du reste du Québec. Joël Arseneau rappelle que le lien terrestre et maritime avec les Îles passe par deux provinces: l'Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick. Il demande donc au premier ministre François Legault de parapher une entente avec ces deux provinces pour permettre l'accès à sa circonscription insulaire.

Le député Arseneau appréhende que ces deux provinces maritimes ne signent une entente de tourisme interprovinciale entre elles. «La demande que je fais au gouvernement, c'est de s'inviter dans ces discussions-là pour qu'il puisse y avoir un corridor de passage vers les Îles-de-la-Madeleine. S'il y a du tourisme au Québec, les Îles en font partie et il faut trouver un moyen de s'y rendre. C'est la condition primordiale!»

Les Madelinots ont exprimé leur inquiétude par rapport à la levée des barrages policiers prévue le 18 mai au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Par conséquent, la direction de la santé publique régionale a adopté une ordonnance visant à maintenir jusqu'au 15 juin une période transitoire de quarantaine obligatoire de quatorze jours à toute personne qui entre aux Îles-de-la-Madeleine. «L'objectif est de rassurer la population locale et, en même temps, de permettre aux gens qui ont une résidence secondaire de venir aux Îles», explique M. Arseneau. 

Campagne touristique

Comme le gouvernement Legault promet de lancer une vaste campagne de promotion touristique visant à convaincre les Québécois de voyager au Québec, Joël Arseneau souhaite que les Îles-de-la-Madeleine puissent tirer leur épingle du jeu elles aussi, dans la mesure où l'épidémie sera sous contrôle à Montréal. «On n'aura pas les 94 millions$ de retombées qu'on a habituellement. Mais, est-ce qu'on peut aller chercher des semaines assurables pour les travailleurs saisonniers qui sont dans le domaine et assurer la survie des entreprises? Pour ça, la condition sine qua non, c'est l'accès. Ce n'est pas par avion que les visiteurs viennent à chaque année. C'est à 80% par bateau.»

Le parlementaire demande au premier ministre de confier le mandat aux ministres de la Sécurité publique, du Tourisme et des Transports de conclure une entente écrite comportant des modalités afin que les touristes québécois ne soient pas embêtés aux points de contrôle routier du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard. M. Arseneau suggère que certains postes d'essence, dépanneurs, restaurants et hôtels du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard soient autorisés à accueillir les touristes québécois qui se rendent aux Îles. «Dans un monde idéal, il y aurait un certain nombre de postes de ravitaillement à des endroits désignés.»


« L'objectif est de rassurer la population locale et, en même temps, de permettre aux gens qui ont une résidence secondaire de venir aux Îles. »
Joël Arseneau

Par ailleurs, dans l'éventualité où l'accès terrestre et maritime avec l'archipel serait contraignant, voire impossible, le politicien demande à Québec d'étudier la possibilité d'utiliser le bateau de croisière de la CTMA, qui a suspendu ses services pour la saison prochaine, afin d'assurer une liaison entre l'archipel et un port du Québec. «Plusieurs citoyens me disent qu'il faudrait que ce soit fait depuis longtemps. Je ne connais pas la faisabilité de cette hypothèse-là. Est-ce qu'un bateau pourrait faire la navette entre Cap-aux-Meules et Gaspé ou entre Cap-aux-Meules et Matane? Moi, je dis qu'il y a moyen de regarder toutes les hypothèses, si on veut développer le tourisme au Québec pour les Québécois.» M. Arseneau en convient que la destination la plus proche est Chandler, mais le quai est fermé. 

Le pire scénario

S'il s'avérait que la seule façon d'accéder aux Îles soit par avion, dont la liaison est assurée par Pascan Aviation une fois par jour, le député craint que seulement 200 ou 250 touristes ne viennent sur le territoire, au lieu des 70 000 visiteurs habituels. Pour lui, cela entraînerait un manque à combler de 90 millions$ de retombées. 

«Pour le gouvernement, la meilleure affaire ou le meilleur pari qu'il puisse faire sur le plan financier et social, c'est de négocier avec les provinces, plutôt de venir en aide à une communauté éloignée et isolée qui serait refermée sur elle-même pendant les 18 prochains mois et de soutenir les entreprises parce qu'elles n'ont pas de revenus et qu'elles continuent à avoir des dépenses, suggère Joël Arseneau. Je ne peux pas concevoir que le gouvernement du Québec dirait qu'il y a un territoire qu'il décide d'abandonner!»

Quelque 1 500 Madelinots oeuvrent dans l'industrie touristique, qui compte 360 entreprises. «Il n'y a pas une entreprise, aux Îles, qui n'a pas, d'une façon ou d'une autre, des retombées économiques indirectes du tourisme, soutient l'élu. Le Noël des marchés d'alimentation, aux Îles, ce sont les deux mois d'été. Sans quoi, ils font faillite! Or, si cet été, on n'a pas accès aux Îles, à part pour les travailleurs et les résidents, je ne vois pas comment on peut passer à travers la prochaine année!»

Manque d'entretien du quai de Chandler

À Chandler, la possibilité évoquée par le député Joël Arseneau à l’effet qu’il faudra peut-être chercher à desservir l’archipel madelinot par un port gaspésien trouve un écho très sensible auprès de la mairesse Louisette Langlois.

Jusqu’en septembre 2016, le quai de Chandler était un port d’escale du navire de croisière CTMA Vacancier, qui est suffisamment polyvalent pour agir comme traversier, rôle qu’il joue d’ailleurs l’hiver entre Cap-aux-Meules et Souris, à l’Île-du-Prince-Édouard. «Chandler est le port québécois le proche des Îles-de-la-Madeleine», note-t-elle, à propos des 130 milles marins séparant l’archipel de la Gaspésie.

Jusqu’en septembre 2016, le quai de Chandler était un port d’escale du navire de croisière CTMA Vacancier, qui est suffisamment polyvalent pour agir comme traversier.

Équipé d’un débarcadère permettant l’embarquement de voitures et de camions, le quai de Chandler a été tellement mal entretenu qu’il a été fermé par Transports Canada en septembre 2016 à l’issue de la saison des croisières. «Entre la fermeture de l’usine Gaspésia en 1999 et 2016, Transports Canada a dépensé 300 000$ dans l’entretien du quai. C’est 17 ans, ça; c’est comme mettre 30$ sur une maison tous les ans. Je ne blâme pas les fonctionnaires de Transports Canada. C’est au niveau politique que c’était plus difficile, au fil des ans», rappelle la mairesse Langlois.

La Ville de Chandler pilote un projet de reconstruction de son port, une initiative de plusieurs dizaines de millions$. Il n’y aurait pas moyen de remettre temporairement le quai actuel et le débarcadère en fonction. «C’est inutilisable. Ce serait dangereux. Il y a des caissons éclatés», dit-elle.

La CTMA a redéployé son navire de croisières à Gaspé en 2017, mais à raison d’un arrêt hebdomadaire au lieu de deux, un horaire qui a été souvent bousillé par les limites de vitesse imposées pour protéger les baleines noires. En outre, il n’y a pas de débarcadère à Gaspé.

Le trajet Matane-Cap-aux-Meules est au moins deux fois plus long que la distance entre Chandler et Cap-aux-Meules. Avec Gilles Gagné