Le Cégep de Matane a fait savoir par lettre, le 1er juillet, que les étudiants devaient posséder un ordinateur dont le coût pouvait s’élever à 3000 $, selon leur programme d’études. À deux ou trois jours de la rentrée, l’établissement a revu ses exigences à la baisse. Mais, il était trop tard. Plusieurs avaient déjà fait l’achat de l’ordinateur demandé.
Le Cégep de Matane a fait savoir par lettre, le 1er juillet, que les étudiants devaient posséder un ordinateur dont le coût pouvait s’élever à 3000 $, selon leur programme d’études. À deux ou trois jours de la rentrée, l’établissement a revu ses exigences à la baisse. Mais, il était trop tard. Plusieurs avaient déjà fait l’achat de l’ordinateur demandé.

Le Cégep de Matane exige que les étudiants achètent un ordinateur coûteux, puis se ravise

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
MATANE – Des étudiants du Cégep de Matane et leurs parents ont sursauté lorsqu’ils ont appris, par lettre, qu’un ordinateur personnel était non seulement obligatoire pour la session d’automne, mais que l’appareil devait répondre à certaines spécifications. Selon le programme d’études, le coût de l’ordinateur pouvait s’élever à 3000 $. À deux ou trois jours de la rentrée, lundi, l’établissement a revu ses exigences à la baisse. Mais, il était trop tard. Plusieurs avaient déjà fait l’achat de l’ordinateur demandé.

C’est le cas d’Ismaël*, un étudiant étranger inscrit au programme de techniques d’intégration multimédia. «Moi, j’ai mis 3400 $ pour mon ordinateur. J’ai plusieurs connaissances et amis qui ont déjà acheté l’ordinateur ou qui ont commandé des pièces pour «l’upgrader» un peu. On ne l’aurait jamais fait si le Cégep n’avait pas demandé d’acheter des ordinateurs aussi puissants. On aurait gardé nos portables actuels ou pris des ordinateurs à 1500 ou à 2000 $.»

Marie-Hélène*, une étudiante québécoise également inscrite en techniques d’intégration multimédia, partage la même opinion. «La lettre a été reçue le 1er juillet et on a appris samedi, lors d’une réunion Zoom, qu’on avait besoin d’un ordi, mais pas aussi puissant que ça. Un ordi portable normal peut faire l’affaire. C’est juste qu’il faut qu’il soit capable d’utiliser les logiciels Adobe. Dans la lettre, ils disaient que c’était nécessaire pour continuer la session. Aucun prof ne nous a avertis avant samedi que les configurations demandées n’étaient pas nécessaires.» L’étudiante est inquiète pour les étudiants étrangers qui composent les trois quarts de la clientèle du programme. «Les étudiants étrangers n’ont aucun moyen de se faire rembourser parce qu’ils ne peuvent pas accéder aux prêts et bourses.»

Problèmes financiers

Ismaël, qui provient d’un pays d’outre-mer, n’en démord pas. «C’est complètement débile parce que le minimum en multimédia, c’est ce qu’on a besoin. L’ordinateur recommandé, c’est beaucoup trop! Beaucoup ne pouvaient pas se le payer. Il y a des filières où on demandait des trucs dont on n’avait pas forcément besoin. Il y en a qui ont mis l’argent pour ça et qui ont dû trouver un job pour se payer l’ordinateur qu’il fallait. Au final, ils ont dit qu’ils avaient totalement exagéré les composantes qu’il fallait. Donc, c’était une erreur ou un mauvais calcul. On n’a pas besoin de tout ça!»

Selon le jeune homme, même si certains étudiants français reçoivent une bourse de leur pays, il n’est pas certain que la France accepte de payer ce type d’équipement en fonction des spécifications demandées par le Cégep de Matane. «Il y en a qui ont vraiment des problèmes d’argent», soulève-t-il. Il croit qu’une telle exigence a pu en décourager plus d’un, allant même jusqu’à les empêcher de venir étudier à Matane. «Selon moi, les trois quarts des étudiants étrangers ne peuvent pas se payer l’ordinateur recommandé. Je ne sais pas si le Cégep tient compte de ça!» Les ordinateurs les plus coûteux sont ceux nécessaires aux études en techniques d’animation 3D, de photographie et d’intégration multimédia.

Une obligation causée par la pandémie

À cause du contexte particulier causé par la pandémie, le directeur général du Cégep de Matane souligne que, pour la première fois cette année, chaque étudiant devra posséder son ordinateur. Selon Pierre Bédard, il en est tout autant dans la plupart des cégeps du Québec parce que «s’il faut basculer à distance pour la formation, les étudiants vont être prêts». «Rendus au cégep, surtout pour ceux inscrits dans les techniques et ceux qui continuent à l’université après, on considère qu’ils peuvent s’équiper d’un ordinateur. Ça fait partie de leurs besoins pour la formation.» Il ajoute que tous les logiciels sont fournis gratuitement. «C’est une dépense importante pour le Cégep.»

Si le Cégep de Matane a révisé à la baisse les spécifications techniques exigées, c’est «probablement parce que les départements ont fait dans l’urgence en fin de session, comme tout le reste», explique M. Bédard. «En début de session, les enseignants ont révisé leurs besoins pour rendre les spécifications moins élevées et plus accessibles pour les étudiants. C’était peut-être un ordinateur trop puissant. Mais, je ne suis pas au courant de tous les détails.» Le DG tient tout de même à nuancer que son établissement «a des techniques qui sont extrêmement exigeantes». «En animation 3D ou en intégration multimédia, on ne peut pas seulement acheter un ordinateur de base. Ce serait insuffisant. Avec un ordinateur à 500 $, le jeune n’apprendrait pas beaucoup! Ça prend certaines spécifications.»

De l’aide pour les étudiants

«On attendait des nouvelles du ministère [de l’Enseignement supérieur] pour ce qui est du programme de prêts et bourses, qui inclura un programme d’aide pour acheter du matériel informatique, précise Pierre Bédard. L’information, on l’a eue seulement jeudi ou vendredi dernier. Ceux qui auront des difficultés à avoir accès au programme de prêts et bourses ou pour acheter un ordinateur par leurs propres moyens, on va trouver une façon de les accompagner. On est en train de mettre ça en place.» Selon lui, l’établissement pourrait prêter l’équipement requis. «On l’a fait à la dernière session. Donc, on pourrait le faire encore.» 

Le patron du Cégep de Matane croit que l’achat d’un ordinateur n’est pas un obstacle pour les étudiants étrangers. «S’ils ont quitté la France, c’est qu’ils ont une capacité financière. Mais peu importe, on va être là pour les accompagner et les aider s’ils ont besoin d’un ordi.»

M. Bédard prévient cependant que le collège ne pourra pas accommoder tous les étudiants. «On a dépanné à la dernière session, étant donné que tout a été fait dans l’urgence. Mais là, on souhaite avoir une bonne base pour qu’on puisse entièrement viser en ligne rapidement. S’il y a une éclosion, c’est la meilleure solution.» De plus, en raison des mesures sanitaires, il sera impossible, pour le Cégep de Matane, d’ouvrir tous les laboratoires de multimédia. «Chaque fois qu’on ouvre un local, il faut tout désinfecter pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’éclosions de COVID. C’est extrêmement compliqué.»

* Prénoms fictifs