Les députés bloquistes Alexis Brunelle-Duceppe et Marilène Gill sont en tournée québécoise pour exiger la protection de l’industrie de l’aluminium dans l’ACEUM. Ils étaient à Baie-Comeau lundi.

Le Bloc fait la tournée des alumineries

BAIE-COMEAU — Le Bloc québécois sillonne présentement les villes québécoises où on trouve une aluminerie afin de connaître les inquiétudes des travailleurs de cette industrie au sujet de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui n’accorde aucune protection au secteur de l’aluminium, contrairement à l’acier. Deux députés étaient à Baie-Comeau lundi.

La protection pour l’acier stipule qu’en ce qui concerne l’industrie automobile, l’acier qui y est utilisé doit être fondu et coulé en Amérique du Nord. Cette même protection n’existe pas pour l’aluminium, selon eux.

Le Bloc estime que l’ACEUM permettra aux Chinois «d’inonder les marchés» nord-américains. On dit particulièrement craindre que le Mexique, important fabricant de pièces automobiles, délaisse l’aluminium québécois au profit de l’aluminium chinois, moins cher.

«Au Mexique, c’est de l’aluminium de Chine qui est dumpé. De l’aluminium de Chine, ce n’est pas de l’aluminium nord-américain», a fait valoir la députée de Manicouagan, Marilène Gill. Son collègue de Lac-Saint-Jean, Alexis Brunelle-Duceppe, soutient pour sa part que les alumineries québécoises ont dans leurs cartons six projets d’expansion, dont une éventuelle phase 3 chez Alouette à Sept-Îles, la plus grande aluminerie des Amériques.

«Tel qu’il est, l’accord vient sonner le glas de ces projets», a soutenu le député, qui rappelle au passage que depuis le défunt Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), signé en 1993, bien des choses ont changé, d’où l’importance de la protection exigée. «En 1993, la Chine produisait moins d’aluminium que le Québec. Aujourd’hui, elle en produit 15 fois plus. C’est la même chose pour l’acier, qui a pourtant obtenu cette protection. Le contexte mondial a totalement changé.»

Le maire de Baie-Comeau, Yves Montigny, est nettement moins inquiet que les bloquistes, lui qui se dit rassuré par ses discussions avec le cabinet du ministre Pablo Rodriguez, lieutenant québécois du gouvernement Trudeau.

Le maire dit aussi avoir reçu des assurances en ce qui concerne l’éventuelle possibilité pour le Mexique d’acheter de l’aluminium chinois, le refondre et ensuite le faire passer pour de l’aluminium nord-américain afin de respecter la clause des 70 % de pièces automobiles faites en aluminium d’Amérique du Nord. «S’ils font ça, c’est de la triche. Et le Canada a déjà un accord avec les États-Unis pour contester cette façon de faire si ça arrivait», a-t-il déclaré.

Le président du syndicat national des travailleurs de l’aluminium de Baie-Comeau se dit préoccupé par ce dossier, mais «pas nécessairement inquiet». L’aluminerie Alcoa de Baie-Comeau, qui emploie autour de 900 personnes, dont 700 syndiqués, produit de plus en plus d’aluminium transformé et donc, moins de lingots bruts.

«Honnêtement, c’est dur de savoir pour l’instant ce que tout ça va donner», a affirmé Michel Desbiens, qui confie néanmoins qu’à tout prendre, «on aurait mieux aimé avoir la même protection que l’acier».