Le Bas-Saint-Laurent (vu de l’espace) est la première FabRégion au Canada.
Le Bas-Saint-Laurent (vu de l’espace) est la première FabRégion au Canada.

Le Bas-Saint-Laurent, première FabRégion au Canada: un pas vers une plus grande autonomie

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
MATANE — Après les villes de Barcelone, de Paris et de Shenzen qui font partie du réseau de FabCity composé d’une trentaine de villes, de régions et de pays, le Bas-Saint-Laurent devient la première FabRégion au Canada. Par cette accréditation, la région vise à produire au moins la moitié de tout ce qu’elle consomme d’ici 2054.

Pour atteindre cet objectif, le Bas-Saint-Laurent a mis en place une gouvernance composée d’élus, de citoyens, de chercheurs et d’experts en matière d’autonomie alimentaire, énergétique et manufacturière. La FabRégion est un projet coordonné par le Living Lab en innovation ouverte du Cégep de Rivière-du-Loup et porté par un collectif de partenaires.

Le principe qui guide la FabRégion consiste à coordonner les initiatives déjà présentes sur le territoire. «C’est un cadre qui va être fédérateur pour les gens qui travaillent déjà dans le sens de l’autonomie pour les mettre en marche dans le même sens, pour qu’on ait la même définition de l’autonomie, pour s’assurer que toutes les actions vont entrer en symbiose en même temps», explique le chercheur et chargé de projet Steve Joncoux.

Le préfet de la MRC de La Mitis et membre du comité de pilotage de la FAbRégion, Bruno Paradis (1re rangée à gauche), a proclamé, mercredi, la déclaration d’adhésion en direct sur la chaîne YouTube.

L’intérêt est grand chez les élus quand on parle d’autonomie énergétique, alimentaire et manufacturière. «Dans le secteur énergétique, le Bas-Saint-Laurent s’implique beaucoup, que ce soit via l’éolien ou via la biométhanisation, indique le président de la Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent, Michel Lagacé. Dans le bioalimentaire, on travaille avec les Saveurs du Bas-Saint-Laurent et chacun dans nos MRC, on accompagne de plus en plus les circuits courts. Puis, on a une structure forte dans le secteur manufacturier.»

Le biologiste Patrick Morin, qui est l’un des trois experts au sein du comité de pilotage, croit que la pandémie est un excellent exemple pour prendre conscience de l’importance de l’autonomie. «On s’est rendu compte qu’on était dépendants de la Chine pour avoir des masques et des blouses, soutient le représentant du Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent. On s’est rendu compte qu’on allait peut-être manquer de bouffe. Si on a vidé les tablettes d’épicerie, c’est parce qu’on a compris qu’on était vulnérables à cause d’un manque d’autonomie. Notre autonomie alimentaire a baissé par rapport aux années 50 et 60.»


« On s’est rendu compte qu’on était dépendants de la Chine pour avoir des masques et des blouses. On s’est rendu compte qu’on allait peut-être manquer de bouffe. Si on a vidé les tablettes d’épicerie, c’est parce qu’on a compris qu’on était vulnérables à cause d’un manque d’autonomie. »
Patrick Morin, représentant du Conseil régional de l’environnement du Bas-Saint-Laurent

Porte-parole des citoyens au sein du comité, Hugo Latulippe croit lui aussi que la pandémie, combinée à la crise climatique, force le déploiement d’actions pour répondre aux urgences, d’où l’utilité de la FabRégion. «Après 30 ans de discussions idéologique et théorique sur un modèle économique qui permettrait de sauver la vie sur terre, de mieux répartir la richesse et de s’assurer que les démocraties existent encore, nous sommes rendus à l’action. Il faut se mettre en mouvement. Il faut incarner une nouvelle manière d’habiter la terre et de transiger entre nous. Si les paliers de gouvernements n’y parviennent pas, on va le faire dans nos villages, nos communautés, nos régions! Je pense que le Bas-Saint-Laurent a tout ce qu’il faut de forces vives pour montrer la voie.»