Sur la Plage affluence, la chaleur et une année scolaire diluée ont alimenté un achalandage touristique que semblait inimaginable il y a deux mois.
Sur la Plage affluence, la chaleur et une année scolaire diluée ont alimenté un achalandage touristique que semblait inimaginable il y a deux mois.

La vague attendue de touristes arrive en Gaspésie

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
CARLETON — Il y a deux mois, le milieu touristique gaspésien se demandait s’il y aurait une «saison» en 2020, si on verrait arriver dans la péninsule une partie seulement des 700 000 à 800 000 visiteurs qui s’y pointent d’habitude entre mai et octobre.

Depuis la mi-juin, les doutes sont dissipés. Les gens du secteur touristique ne savent pas encore si la vague qui balayera la Gaspésie sera modérée ou forte, mais il y en aura une. La vitesse de circulation sur la route 132 est déjà affectée à la baisse par le nombre de véhicules qui y passent, parfois par files de 10 ou 12, incluant immanquablement des véhicules de camping de toutes tailles.

Dans l’hôtellerie, le départ a été plus lent, comme si les premiers contingents de visiteurs, poussés par la chaleur et une année scolaire diluée, s’installaient chez des amis, malgré les conditions dictées par la pandémie, dans des familles, dont les leurs, dans des maisons ou des chalets loués, et moins souvent dans des chambres d’hôtels ou de motels.

«Dans l’hôtellerie, ça commence là! On a des travailleurs aussi qui prennent des chambres, mais les touristes arrivent. Les réservations de chalets sont très populaires. Les gens recherchent des longs séjours», précise Stéphane Boudreau, de l’Hostellerie Baie bleue, de Carleton.

Les visiteurs apprécient l'espace en Gaspésie, notamment pour la pêche au bar rayé, qui offre toutes les possibilités de distanciation physique. C'est ailleurs que la garde est baissée quant aux règles à respecter.

Son complexe est divisé en trois lieux proches l’un de l’autre et il compte au total 105 chambres et suites, sept chalets et quatre lofts. M. Boudreau troquerait bien ses chambres pour autant de chalets cette année mais la configuration de ses établissements l’avantage quand même. Il a de plus investi pour composer avec certaines contraintes imposées à son secteur d’activités.

«Quatre-vingts pour cent des chambres ont un accès extérieur indépendant. Les gens apprécient ce détail. On a acheté des pulvérisateurs pour nettoyer les chambres. Ça nous permet d’éviter de laisser une chambre vide pendant 24 heures après le départ des clients. C’est utile quand on a aussi une bonne clientèle de travailleurs de court séjour comme c’est le cas chez nous. C’est pour ça qu’on a investi là-dedans sinon ça aurait été extrêmement difficile de gérer les réservations et les extensions de séjours», précise M. Boudreau.

Il n’impose donc pas de quota minimum de nuitées pour les chambres mais il favorise, et la clientèle répond, des séjours d’au moins une semaine dans les chalets et les lofts. «Je viens de louer deux chalets pour deux semaines chacun», précise-t-il.

À Percé, Jean-François Gagné, du Pic de l’aurore, assiste au même phénomène d’engouement fou pour ses chalets. Il en possède 16, de même que 16 chambres.

«Je suis rendu au 23 août dans mes réservations. Entre le 5 juillet et le 23 août, je n’ai plus de chalets et ce qu’il reste, jusqu’au début de septembre inclusivement, part rapidement. Les gens sont tellement découragés pour trouver une place en chalet qu’ils veulent une semaine, et ils sautent sur quatre jours», précise M. Gagné.

Il a quand même enregistré une baisse de revenus de 70% en mai, et de 50% en juin. «Il n’y a pas eu d’Européens, ce n’est pas compliqué», dit-il.

Jean-François Gagné se laisse la discrétion de gérer le nombre de jours d’hébergement des clients dans ses chambres. C’est idéalement au moins deux jours «mais si le séjour est trop long, les gens sont tentés de cuisiner dans la chambre, avec une plaque. Essaie de faire décoller une odeur d’ail d’une chambre, ensuite», note-t-il.


« Je suis rendu au 23 août dans mes réservations. Entre le 5 juillet et le 23 août, je n’ai plus de chalets et ce qu’il reste, jusqu’au début de septembre inclusivement, part rapidement. »
Jean-François Gagné, du Pic de l’aurore

Si Stéphane Boudreau, qui a un centre de congrès adjacent à son établissement, et Jean-François Gagné sont soulagés de voir que leur été sera occupé, ils s’inquiètent tous les deux pour septembre.

«Que se passera-t-il cet automne? Excepté au début de septembre, j’ai beaucoup d’Européens jusqu’au 10 octobre, presque 90% de ma clientèle, avec les autobus. Aussi, des gens ont adopté le télétravail et ne se déplacent plus. Certains fonctionnaires d’Investissement Québec n’ont pas le droit de voyager avant 2021. Cet hiver, est-ce qu’on aura une clientèle de motoneige? Au moins 50% sont des Américains et des Ontariens. Si je n’ai pas de colloques, de congrès? Il faut que ça reprenne. Au moins, les événements de 50 personnes et moins sont permis. J’espère que la deuxième vague de pandémie ne sera pas trop importante. On ne peut aller sous zéro. Il faut recommencer à vivre», souligne M. Boudreau.

Jean-François Gagné anticipe aussi des problèmes pour septembre. «C’est le mois des Européens, avec les Allemands jusqu’au début d’octobre. C’est presque aussi bon que juillet. Les Français et les Allemands n’ont pas annulé mais on se demande s’ils viendront», dit-il, loin d’être certain que les Québécois prendront la relève à partir du 10 septembre.

Certains campings, comme celui de Carleton, sont déjà pleins comme lors des vacances de la construction. Les campings ont constitué un refuge avant les chambres d'hôtel.

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LA GARDE EST BAISSÉE

Jean-François Gagné, du Pic de l’aurore, observe depuis l’arrivée des visiteurs, un changement d’attitude, un manque net de prudence par rapport aux dangers d’une nouvelle éclosion de COVID-19. C’est visible chez les touristes et dans la population locale.

«Ce qu’on a à Percé, c’est beaucoup de monde qui refuse de voir la réalité; ils réfutent qu’on vive une pandémie. Un client s’est pointé à la station-service à 22 h hier. La caissière lui a demandé de se laver les mains. "Je ne me lave pas les mains". Elle l’a mis dehors (…) Seulement 5% de mes clients portent un masque», raconte-t-il.

Les hôtels et motels se remplissent avec un décalage parce que bien des touristes optent en début de saison pour le camping clandestin, qui a été ciblé par quelques municipalités comme un élément à contrôler, parfois à interdire.

M. Gagné voit beaucoup de monde opter pour le camping clandestin autour de Percé plutôt que de prendre une chambre, considérant que certains campings gaspésiens n’ouvrent que les sections réservées aux véhicules autonomes sur le plan sanitaire.

«En juin, on voit beaucoup de jeunes avec des petits budgets. Ça va changer en juillet et en août», ajoute-t-il.

Localement, les gens du secteur de Percé ont aussi baissé la garde. «C’est très fragile. La Santé publique doit augmenter ses interventions. Les gens n’ont pas peur. Personne ne l’a eue (la COVID-19) et ils ne connaissent personne qui en est mort», conclut M. Gagné.