Les décrets annulés par Québec statuaient qu’un seul navire neuf remplacerait les CMTA Vacancier (photo) et CMTA Voyageur, qui ont plus de 45 ans.

La desserte maritime aux Îles-de-la-Madeleine repart à zéro

CARLETON — Le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, se dit «inquiet et surpris» par la décision du ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, de reprendre l’analyse complète de la desserte maritime aux Îles-de-la-Madeleine, du moins la partie incombant à son gouvernement.

Cette desserte comprend le service de croisières entre Montréal et l’archipel de juin à septembre, offert par le CTMA Vacancier et, le reste de l’année, un service de transport de marchandises et de passagers entre Montréal, Matane et l’archipel, incluant le même navire et le CTMA Voyageur.

«Personne ici n’avait imaginé la décision d’annuler deux décrets […] C’est une décision qui crée de l’inquiétude et beaucoup d’interrogations […] Le ministre parle d’un manque d’information sur le plan financier et sur les besoins en matière de desserte maritime, mais tout ce travail a été fait au cours des dix dernières années», souligne M. Lapierre.

Les décrets dont le maire parle ont été annoncés en mai et août par le précédent gouvernement. Ils stipulent qu’un contrat de gré à gré de 20 ans, renouvelable pour une période égale, lie l’État québécois à la CTMA, le propriétaire des deux navires, et que ce gouvernement participera financièrement aux services assurés par ces navires.

Les décrets statuaient qu’un seul navire neuf remplacerait les CTMA Vacancier et CTMA Voyageur, qui ont plus de 45 ans, que le service de croisières serait maintenu, tout comme la desserte dite d’hiver. Le nouveau navire devait être construit à la suite d’un appel d’offres international, incluant une clause de contenu québécois de 30 %.

Ces décrets ne touchaient pas le lien assuré par le Madeleine, le traversier exploité par la CTMA entre Cap-aux-Meules et l’Île-du-Prince-Édouard, un service de juridiction fédérale.

Jonathan Lapierre craint que le ministre Bonnardel n’ait pas saisi que la CTMA, la Coopérative de transport maritime et aérien, vieille de 75 ans, n’entre pas «dans un modèle économique traditionnel, C’est le modèle qui a permis aux Îles de se développer. Il y avait une absence de services gouvernementaux».

Pressions de Davie

Au fil des générations, les Madelinots ont toujours reçu des navires usagés. La consultation annoncée M. Bonnardel jeudi est perçue comme un recul majeur en raison de l’incertitude qu’elle distille, note le maire Lapierre.

Il espère que les pressions exercées par le Chantier Davie, «qui a choisi la voie juridique pour faire valoir son opposition à l’appel d’offres international» plutôt que de participer à l’appel d’intérêt de la CTMA, n’ont pas constitué le facteur déterminant dans la reprise d’analyse du ministre.

Un nouveau navire répondant aux attentes de la CTMA pourrait coûter entre 200 et 300 millions $.

Le ministre Bonnardel justifie une nouvelle analyse par le fait que «la valeur de l’entente de 40 ans avait une portée de 1 à 1,4 milliard $», une somme trop floue «pour une saine gestion des finances publiques».

Il concède que la requête de Chantier Davie fait partie de l’équation, mais que la solution qu’il propose évite de s’en remettre à un juge pour faire le travail. «On fait un petit pas en arrière pour en faire un grand en avant». Il promet de consulter les Madelinots et de déposer un plan le 12 juin.

«Ce serait prématuré de dire quelle sera la suite», dit-il, quant à l’avenir de l’appel d’offres international pour faire construire un navire. Il ne garantit pas non plus que la CTMA pourra se soustraire à un appel d’offres pour assurer la desserte maritime après 2020, la fin de l’entente actuelle.

«La CTMA est un fleuron, avec ses 500 employés, son service de croisières. J’ai cette sensibilité en majuscules, à son endroit», conclut-il.