Construite en 2014 et hautement financée avec de l’argent public, la cimenterie McInnis est propriété de la Caisse de dépôt et placement du Québec, d’Investissement Québec et du Groupe Baudier, bras financier de la famille Beaudoin-Bombardier.
Construite en 2014 et hautement financée avec de l’argent public, la cimenterie McInnis est propriété de la Caisse de dépôt et placement du Québec, d’Investissement Québec et du Groupe Baudier, bras financier de la famille Beaudoin-Bombardier.

La cimenterie McInnis de Port-Daniel vendue à l’étranger?

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
Officiellement en vente depuis le début de 2020, la cimenterie McInnis de Port-Daniel, en Gaspésie, aurait attiré l’attention de Votorantim, un conglomérat brésilien. La compagnie Béton provincial, de Matane, a aussi fait part de son intérêt pour l’usine, à condition que Québec sorte le chéquier et finance 150 millions «sous forme de prêt ou autrement».

Construite en 2014 et hautement financée avec de l’argent public, la cimenterie est propriété de la Caisse de dépôt et placement du Québec, d’Investissement Québec et du Groupe Baudier, bras financier de la famille Beaudoin-Bombardier. 

Le Journal de Québec et de Montréal rapportaient, samedi, que le groupe Votorantim, un important conglomérat brésilien dont le siège social est à São Paulo, avait entrepris des démarches afin d’acheter l’ensemble des parts de la cimenterie. Le groupe Votorantim, qui possède un bureau à Toronto, n’a pas voulu émettre de commentaires sur ces informations, mentionnant que «l’entreprise ne commentait jamais les rumeurs et les spéculations».

D’importants investissements québécois entre des mains étrangères

La menace de voir Ciment McInnis passer entre des mains étrangères passe très mal auprès des partis d’opposition qui souhaitent voir l’entreprise rester propriété québécoise, notamment car d’importantes sommes publiques ont été investies dans le projet. «On ne peut pas faire ça aux Québécois qui sont des partenaires financiers importants dans le projet. L’usine est sur le point d’atteindre son seuil de rentabilité et on va s’en débarrasser? C’est illogique!» s’insurge le député péquiste de Bonaventure, où se trouve la cimenterie, Sylvain Roy. Il défend le projet, entamé par le Parti québécois, rappelant qu’il s’agit «d’un des projets économiques les plus importants de l’histoire de la Gaspésie».

Du côté du Parti libéral du Québec, l’ancien ministre et porte-parole de l’opposition officielle en économie, Carlos Leitão, exhorte le gouvernement de «protéger les actifs des Québécois» a-t-il déclaré aux médias de Québecor. Pour Québec solidaire, qui dénonce la construction de la cimenterie depuis le jour un, «le minimum aurait été de garder le contrôle économique [de Ciment McInnis] au Québec», a-t-on indiqué dans une communication au Soleil.

Questionné lors en point de presse lundi, François Legault a exprimé qu’il souhaitait que Ciment McInnis demeure entre mains québécoises. «Par nationalisme, j’aimerais qu’une compagnie québécoise l’achète [la cimenterie]», a-t-il dit. Le premier ministre a cependant ajouté qu’il était «hors de question» que le gouvernement ne finance «la majeure partie de l’achat», rappelant que les québécois «ont déjà beaucoup investi.»

Depuis l’annonce de sa construction, en 2014, plus de 750 millions de dollars ont été injectés dans la méga-cimenterie par le gouvernement et ses organes tels que la Caisse de dépôt et placement du Québec et Investissement Québec.. 

Une compagnie matanaise intéressée

Votorantim n’est pas la seule compagnie à être intéressée par l’usine de Port-Daniel-Gascons, l’entreprise matanaise Béton provincial a aussi fait connaître son intérêt pour la cimenterie, à condition que Québec participe au financement de l’acquisition. 

Au cours du dernier mois, sept hauts dirigeants de Béton provincial, dont son président, André Bélanger, se sont inscrits au registre des lobbyistes. «Ce contrat serait assorti d’une demande de contribution gouvernementale (sous forme de prêt ou autrement) d’un montant de 150 millions [...] afin de s’assurer que cette entreprise demeure propriété d’intérêts québécois», peut-on lire au registre des lobbyistes.

Selon son agenda public, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, aurait rencontré à deux reprises M. Bélanger. Ceux-ci auraient «discuté des projets de l’entreprise», selon l’agenda du ministre.

Au moment d’écrire ces lignes, Le Soleil n’avait pas obtenu la réaction de Béton provincial.