Ouvert depuis 2011, le nouveau bâtiment de la bibliothèque Laure-Conan charme les Malbéens par son design et son offre.

La bibliothèque de La Malbaie: le «grand cadeau» aux citoyens

«Un grand cadeau», voilà comment certains usagers vous présenteront la bibliothèque Laure-Conan de La Malbaie. Depuis son ouverture, il y a deux ans, le nouveau bâtiment à l'orée du fleuve a résolument conquis le coeur des Malbéens.
<p>La bibliothèque Laure-Conan a reçu le prix Architecture de bibliothèques et de centres d'archives du Québec.</p>
Des enfants affalés dans des poufs le nez dans des bouquins, des devoirs qui s'étalent sur les tables, des journaux et des magazines consultés quotidiennement, des postes informatiques achalandés : le nouveau lieu s'est rapidement inscrit dans les moeurs d'une population qui n'en connaissait pas les joies. Des Malbéens d'origine qui n'avaient jamais mis les pieds à la bibliothèque y sont maintenant abonnés. D'autres affirment ne pas aimer lire, mais venir s'y asseoir pour profiter de la vue et des ordinateurs.
«En gros, notre achalandage a doublé depuis le nouveau bâtiment ouvert en novembre 2011», confirme la directrice Evelyn Bouchard. Un succès confirmé par le conseil d'administration, la Ville de La Malbaie et même le ministère de la Culture et des Communications du Québec, qui ne tient pas de statistiques sur les augmentations d'achalandage, mais affirme que la bibliothèque Laure-Conan est un beau succès.
Incluant aussi un nouvel hôtel de ville, la bibliothèque s'inscrit dans un projet de 8,1 millions $ au succès populaire et architectural (lire l'autre texte). «En 2010, après avoir offert la gratuité pour les abonnés, nous avions déjà fait un premier bond avec 20 835 visiteurs par année. Mais depuis l'arrivée de la nouvelle bibliothèque, la réalité s'est encore transformée et les visiteurs ont doublé. Nous passerons le cap des 45 000 visiteurs en 2013, et ce, pour une deuxième année consécutive», précise Mme Bouchard. Si l'augmentation de l'achalandage s'inscrit comme une normalité lors de l'ouverture d'une nouvelle bibliothèque, le maintien du nombre de visites est toujours un défi. Il est fixé à 40 000 visiteurs annuels à La Malbaie où l'on compte 2100 abonnés, soit plus du double qu'en 2009.
Dix ans de travail
Mais tout n'a pas toujours été un roman à succès au pays de la bibliothèque malbéenne. Avant de passer de ses locaux vétustes aux actuels, qui sont cinq fois plus grands, la bibliothèque a été maintenue à bout de bras par des bénévoles. L'arrivée d'une «volonté politique» à la Ville de La Malbaie au tournant des années 2000 a été décisive pour l'avenir du service. Dix ans de travail auront finalement été nécessaires pour peaufiner le projet et le faire accepter par la classe politique et populaire.
Pour la population de La Malbaie, qui compte quelque 10 000 habitants, fréquenter la bibliothèque est devenu «une fierté». Une réussite en soi si on considère que moins de 1000 citoyens y étaient abonnés au tournant des années 2000. «Les activités culturelles sont plus fréquentées. Les gens ont développé le réflexe de suivre nos activités et développent de nouvelles habitudes de fréquentation», constate Mme Bouchard.
«Avant, je ne venais jamais à la bibliothèque», raconte Amélie St-Pierre, qui fréquente le cégep. «J'ai changé mes habitudes, si on peut dire. J'aime venir ici étudier. C'est vraiment beau et il y a une belle ambiance.»
«C'est plus plaisant»
Au milieu des étalages de livres, Cécile Gaudreault admet «être gâtée», elle qui a découvert la bibliothèque municipale il y a trois ans pour assouvir sa soif de lecture. «Ma fille habite Gatineau et m'affirme qu'ils n'ont pas de belle bibliothèque comme la nôtre», raconte-t-elle avec un soupçon d'orgueil.
Julie Gagnon admet elle aussi que ces nouveaux locaux l'enchantent. «Maintenant, c'est plus plaisant, ça respire. On peut s'asseoir et regarder la vue. C'est un havre de paix. Et maintenant, je reste plus longtemps. Pour lire», raconte-t-elle en riant.
Le printemps dernier, lors d'une cérémonie officielle avec la Ville, l'ancienne présidente du conseil d'administration, Renée Bergeron, constatait que la «bibliothèque a répondu aux besoins de la population. Elle est belle et nos usagers s'y sentent chez eux. Elle est un phare culturel»!
Une architecture primée
Louangée par ses usagers, la bibliothèque Laure-Conan voit son architecture saluée par le milieu documentaire québécois avec l'obtention en novembre du prix Architecture de bibliothèques et de centres d'archives du Québec. Un prix décerné tous les deux ans.
À La Malbaie, le jury a notamment été séduit par la fonctionnalité du bâtiment, ses «axes bien identifiés, ses espaces élégants et sobres, conviviaux et dégagés, lumineux et transparents».
L'architecte Jonathan Bisson, du Consortium Bisson ACDF Desgagnés architectes, est lui-même conquis par cette réalisation. «Quand nous avons fait ce projet, nous avions la motivation que les gens s'inscrivent et y passent du temps. C'est ce que nous voulions. Quelque chose qui allait marquer le temps et dont nous serions fiers», explique l'architecte qui connaît bien «l'ambiance de La Malbaie» pour y avoir une résidence. «C'est un des projets phares de notre entreprise», ajoute-t-il.
Modernité
Et le groupe de professionnels a finalement remporté son pari de modernité. «Le métier d'architecte est un peu ingrat parfois. On a beau faire une réalisation de qualité au point de vue architectural, il arrive que les gens n'aiment pas. À La Malbaie, on se doutait que les gens allaient adorer la vue et l'organisation intérieure de la bibliothèque. Là où on avait plus d'inquiétude, c'est sur la volumétrie du bâtiment. Mais on a osé les choses et au final, les gens n'ont pas semblé trop surpris. Le défi, c'était de faire quelque chose de résolument contemporain, mais dont la signature allait plaire à la population et bien vieillir dans le temps. Ça a donné ce bâtiment très minimaliste, mais aucunement banal, avec l'utilisation de matériaux locaux de manière moderne, dans le respect de l'environnement.»
Au final, même les architectes se laissent surprendre par l'impact de la nouvelle bibliothèque. «Une de nos grandes fiertés, c'est de voir comment les gens vivent les sous-lieux, comme le parvis, l'entrée. Et c'était inattendu que ça crée de l'animation aussi sur le quai, de l'autre côté de la rue. Ça, ça dépasse notre vision», conclut M. Bisson.