Industrie touristique aux Îles-de-la-Madeleine: Joël Arseneau réclame un plan de sauvetage de Québec

Le député des Îles-de-la-Madeleine réclame de Québec un plan de sauvetage spécifique à l'industrie touristique de l'archipel. Selon Joël Arseneau, plusieurs entreprises du secteur sont «au bord du gouffre». Il estime que la situation est imputable aux difficultés liées à l'accès vers la destination qui ont mené à une vague d'annulations dans l'industrie.

M. Arseneau déplore qu'aucune entente n'ait pu être conclue entre le Québec et le Nouveau-Brunswick afin que les visiteurs puissent coucher une nuit dans cette province maritime pendant leur périple vers les Îles. «J'ai consulté plusieurs membres de l'industrie touristique des Îles-de-la-Madeleine et la situation est très inquiétante, déplore le parlementaire. C'est préoccupant. Ils vivent une situation de précarité très grande et d'inquiétude avec des perspectives en ce qui concerne l'achalandage et le chiffre d'affaires qui sont extrêmement sombres. Ils manquent de liquidités, même après être allés chercher une partie des fonds disponibles en emprunts garantis par le programme offert par le gouvernement. Même en se prévalant de 75% de l'aide à la masse salariale offerte par le gouvernement fédéral, la perspective de ne pas pouvoir assumer leurs frais fixes est réelle pour plusieurs.»

Aide directe

Pour le député, le plan de sauvetage doit prendre la forme d'une aide directe aux entreprises qui en auront besoin pour particulièrement couvrir leurs frais fixes, ce qui leur permettrait de faire le pont vers la saison 2021. «Il y a des joueurs qui sont des composantes fondamentales de l'industrie touristique qu'on ne peut pas se permettre de laisser tomber. On ne peut pas laisser la loi de Darwin s'imposer […].» Selon M. Arseneau, cette forme d'aide a été développée dans d'autres provinces, notamment à Terre-Neuve-et-Labrador, «où on a lancé un programme d'aide, des subventions et des contributions non remboursables qui s'ajoutent à des possibilités de prêts avec un taux d'intérêt bas». M. Arseneau propose aussi, pour les entreprises qui souhaiteraient s'en prévaloir, un programme d'amélioration, de rénovations ou d'entretien de leurs infrastructures. «Si l'aide directe est insuffisante, on pourrait envisager une aide indirecte.»


« «Il y a des joueurs qui sont des composantes fondamentales de l'industrie touristique qu'on ne peut pas se permettre de laisser tomber. On ne peut pas laisser la loi de Darwin s'imposer» »
Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine

Le gouvernement caquiste doit faire preuve d'imagination pour en arriver, croit l'élu, «à un programme qui s'apparenterait à ce qu'on a connu au début des années 2000, où on avait le principe des ententes spécifiques en développement touristique». «On avait bénéficié, à cette époque-là, d'une entente de trois millions $ sur une période de trois ans pour soutenir l'industrie touristique dans ses différentes phases de développement, rappelle Joël Arseneau. On était dans une période où on se relevait d'une crise: celle du poisson de fond et de l'emploi. À ce moment-là, le gouvernement avait mis des moyens spécifiquement à la disposition des Îles-de-la-Madeleine qui avaient redynamisé l'industrie touristique.»

Les sommes réclamées ne sont pas faramineuses, selon Joël Arseneau. Il calcule que quelques milliers $ par entreprise seraient suffisants, ce qui pourrait totaliser une enveloppe de 300 000 $ à 500 000 $ pour l'ensemble de l'industrie touristique madelinienne. Le député estime que Québec a la responsabilité de soutenir l'industrie touristique des Îles. À son avis, c'est avantageux pour le gouvernement en raison des recettes fiscales qu'il peut retirer des retombées économiques évaluées à 94 millions $.

Rentabilité anémique

L'enjeu de la rentabilité est si incertain pour certaines entreprises touristiques que quelques-unes ont décidé de ne pas ouvrir leurs portes parce qu'elles craignent de ne pas passer à travers la saison. «Ces gens-là ont jugé que d'opérer à perte était trop risqué», fait valoir Joël Arseneau. En revanche, plusieurs entrepreneurs ont fait le pari inverse, au risque que la rentabilité soit faible, surtout en raison des frais fixes comme les assurances, les taxes municipales, le chauffage, le loyer dans certains cas ou l'hypothèque dans d'autres cas ainsi que les frais liés à l'adaptation des nouvelles règles sanitaires.

De l'avis du politicien, la période de pointe d'une saison qui commencera à la mi-juillet dans les secteurs de l'hébergement et de la restauration est évaluée entre 25 et 50% de l'achalandage. «C'est la période de pointe d'une saison écourtée de presque un mois et demi, si on compare avec le reste du Québec.»

Caractère spécifique lié à l'insularité

Pour le député péquiste, le premier geste à poser par le premier ministre François Legault est de reconnaître le caractère spécifique lié à l'insularité de l'archipel. «Lors de son dernier passage aux Îles, en août 2017, alors qu'il était dans l'opposition, il s'était engagé à respecter et à faire appliquer le décret sur l'insularité. Malheureusement, depuis son accession au pouvoir, il n'a pas mis en œuvre le décret, il n'a pas signifié qu'il aurait une attention particulière pour faire en sorte que ce décret-là soit reconnu par l'ensemble de l'administration québécoise et des différents ministères. Aujourd'hui, l'heure de vérité a sonné puisque la situation économique qui dépend, pour nous aux Îles, de la santé du domaine des pêches et du domaine touristique, est mise à mal. L'industrie touristique vacille en raison des spécificités de l'archipel madelinot.»

L'une des raisons qui expliquent les vicissitudes de l'industrie touristique est liée à la capacité limitée du système de santé des Îles. Par conséquent, Québec plafonne le nombre de visiteurs à 35 000, ce qui représente la moitié de l'achalandage habituel. Il faut aussi dire que le traversier qui transporte ces visiteurs vers Cap-aux-Meules doit aussi respecter les règles de Transports Canada qui a imposé une limite de 50 % de sa capacité d'embarquement.

Outre le problème d'accès aux Îles, le caractère de saisonnalité de son industrie touristique est un autre facteur qui, selon le député Arseneau, est propre à l'économie de la communauté maritime. «Si on manque cette fenêtre-là entre la mi-mai et la mi-septembre, il n'y a pas de rattrapage possible. Ça ne se vit pas dans les villes du Québec, dans Les Laurentides, dans Charlevoix. Partout ailleurs au Québec, on a des possibilités de développer une saison touristique automnale, autour de Noël et hivernale, ce qui n'est pas le cas aux Îles-de-la-Madeleine.»