Même pendant sa maladie, Serge Arsenault a montré une force peu commune, comme celle de l'orme sur lequel il est appuyé ici, en juillet 2015, devant sa maison.

Hommage à Serge Arsenault, pilier de la culture en Gaspésie

BONAVENTURE – Des centaines de personnes ont rendu hommage depuis le 1er novembre à Serge Arsenault, un pilier de la culture en Gaspésie, décédé à 56 ans, le 31 octobre, des suites d’une longue bataille contre le cancer.

Il serait donc présomptueux de dire que les funérailles de samedi à Bonaventure ont constitué un «dernier hommage» puisqu’il y a fort à parier, en regardant le déluge de messages remerciant Serge Arsenault pour son apport à la société, que ces témoignages s’arrêtent maintenant.

Animateur culturel, directeur du Conseil de la culture, communicateur, disc-jockey, conseiller municipal, directeur de pub, chroniqueur radio, auteur, père, conjoint et amoureux de la vie, il a rempli tous ces rôle avec un enthousiasme contagieux, signale son ancien patron, Daniel Galarneau, ex-directeur du Musée acadien du Québec à Bonaventure et premier président du Conseil de la culture de la Gaspésie.

«Alors qu’il travaillait avec moi au Musée acadien, Serge a été l’instigateur des Chapeaux aux artistes [un spectacle en plein air, devant le musée, une fois par semaine]. Il avait compris le besoin de donner une tribune à des groupes régionaux et le désir des gens de les voir et de se rassembler. Comme directeur du Conseil de la culture, il avait embrassé les initiatives de toute la Gaspésie. Il voulait que tout fonctionne, partout», dit M. Galarneau.

La conjointe de Serge Arsenault, Monique Demers, souligne un autre coup de maître du disparu, son mandat à la tête du Fou du village, un bistro-bar ayant joué un rôle majeur dans la diffusion de spectacles à Bonaventure, notamment dans l’offre de styles musicaux variés pour les gens de la Baie-des-Chaleurs, dont les musiques du monde.

«Il avait la capacité de réunir les gens et de leur faire découvrir des choses, comme de la nouvelle musique». Monique Demers et Daniel Galarneau s’entendent pour dire qu’il avait la capacité de récréer «ce à quoi le parvis de l’église représentait à une autre époque, l’endroit où les gens discutaient».

Lutte énergique contre la maladie

Se sachant gravement atteint depuis la fin de l’hiver 2014, DJ Ridoo, le nom que Serge Arsenault avait adopté comme disc-jockey, a mené sa lutte avec une énergie qui a inspiré tous ses amis et bien des connaissances. Il a régulièrement partagé ses impressions sur sa page Facebook.

Ses amis ont ainsi pu suivre son invraisemblable voyage en Islande il y a un an, alors qu’il a réalisé son rêve d’assister au Iceland Airwaves Music Festival. Le propriétaire du gîte où il séjournait a signalé sa présence à un journaliste de Reykjavik, qui l’a interviewé. Après la parution de l’article, Serge Arsenault était reconnu un peu partout, ce qui lui a valu un laisser-passer pour l’ensemble des spectacles du festival, une invitation au palais présidentiel et des amis islandais qui pleurent aujourd’hui son départ, comme les Gaspésiens. «Ce voyage a été l’un des faits saillants de ma vie», disait-il à son retour.

«Son sens du timing a toujours été assez remarquable», note Antoine Audet, compagnon du dernier voyage de Serge Arsenault en Louisiane, en avril et mai, pour assister, «comme par hasard», à … deux festivals de musique!

Antoine Audet et un autre ami, Aurélien Bisson ont souvent pris la parole depuis le 1er novembre pour exprimer dans les médias la place qu’occupait Serge Arsenault dans la culture gaspésienne.

«Aurélien et Antoine ne le savaient pas mais Serge les avait choisis pour parler lors des funérailles. Il a une fois de plus montré son sens du timing», note sa conjointe Monique Demers.

Ce sens du timing, un humour acéré, la résilience démontrée durant sa maladie et sa façon de célébrer la vie dans l’adversité rendent le départ de Serge Arsenault un peu plus digérable pour ses proches.