Les homardiers gaspésiens, comme John-Daniel Vautier, devraient se préparer à une saison potentiellement faste, mais ils craignent des fermetures de deux semaines dans certaines quadrilatères de capture, alors que leur saison ne dure que 10 semaines.

Homard: la «psychose» de la baleine noire

CARLETON — Les mesures «exagérées» pour protéger la baleine noire créent présentement une «psychose» qui gâche considérablement le début de pêche du homard en Gaspésie, début qui risque d’être aussi compliqué aux Îles-de-la-Madeleine dans une semaine.

Les homardiers québécois, qu’ils soient Gaspésiens, Madelinots ou Nord-Côtiers, ont connu une année de rêve en 2017, avec une valeur de débarquements de 116, 2 millions $, une hausse de 52,3 % par rapport à 2016, qui était déjà une année record.

Les plus grands espoirs étaient permis pour 2018, mais c’était sans compter les mesures de protection de la baleine noire, des mesures jugées exagérées par les homardiers, précise leur porte-parole O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, qui critique vertement le ministère fédéral des Pêches et des Océans.

«Le ministre Dominic LeBlanc crée la psychose chez les pêcheurs. Il est en train de bouleverser toute l’industrie. Les homardiers sont au banc des accusés alors qu’on n’a jamais eu d’interactions avec les baleines, noires ou autres. On en entend, en en voit au large, mais on n’en a jamais eu dans nos agrès de pêche», précise M. Cloutier.

En 2018, deux cas d’empêtrement dans des engins de pêche ont été évoqués pour expliquer les 12 mortalités de baleines noires signalées en eaux canadiennes. L’un des deux cas était prouvé et le second était hautement probable. Il s’agissait en outre d’engins de pêche au crabe.

Les crabiers ont été ciblés par des mesures de protection des baleines noires avant les homardiers, et ils ont aussi dénoncé l’ampleur de ces restrictions, alors que la présence du mammifère protégé demeure hypothétique dans le golfe Saint-Laurent cette année.

Deux autres éléments irritent fortement O’Neil Cloutier et les autres homardiers québécois.

«Nous pêchons dans de faibles profondeurs, à un mille au plus des côtes. Ce n’est pas le terrain des baleines noires. L’autre problème, c’est que dans le plan de pêche du homard que nous venons de recevoir, il n’y a presque aucun élément restrictif concernant la gestion des baleines. Pourtant, quand on regarde la carte du plan de pêche du Nouveau-Brunswick, il y a un secteur allant de la rivière Malbaie, à Percé, jusqu’à Port-Daniel-Gascons, où il pourrait y avoir une "fermeture dynamique", c’est-à-dire 15 jours d’arrêt s’il y a observation d’une seule baleine noire, vivante», déplore-t-il.

Cette fermeture toucherait un quadrilatère de six milles marins par 10 et neuf autres quadrilatères autour. La saison des homardiers dure 10 semaines.

M. Cloutier s’attend à l’addition d’éléments restrictifs une fois la pêche entamée dans la plupart des zones gaspésiennes, samedi. «Il va y avoir quelque chose pour ici, c’est clair. Le ministre ne peut se payer deux poids, deux mesures, politiquement, même si c’est différent ici».

Karina Laberge, porte-parole du ministère des Pêches et des Océans, note que «de l’information va suivre […] probablement la semaine prochaine» pour renseigner les homardiers sur les restrictions liées aux baleines noires avec lesquelles ils devront pêcher. «On est en discussions pour établir le protocole.»

Quant au prix que les homardiers recevront en début de saison, O’Neil Cloutier s’attend à le voir osciller entre 7 $ et 8 $ la livre pour les pêcheurs. «Le contexte est tellement préoccupant que je n’ai pas pensé au prix. Il était de 7 $ l’an passé en début de saison».

Le consommateur peut s’attendre à le payer entre un et trois dollars de plus à la poissonnerie, selon les soldes.

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LE HOMARD AU QUÉBEC EN 2017

  • Au total : 7628 tonnes métriques valant 116, 2 millions $
  • Îles-de-la-Madeleine : 4406 tonnes métriques valant 67,1 millions $
  • Gaspésie : 2950 tonnes métriques valant 45,4 millions $
  • Côte-Nord : 272 tonnes métriques valant 3,7 millions $