Huit personnes handicapées habitent la Maison Marie-Pierre, à Bonaventure.

Handicapés intellectuels: une résidence de Bonaventure menacée

Pour une seconde fois depuis avril au Québec, une maison d'hébergement pour personnes handicapées se débat avec des coupes budgétaires qui menacent sa survie à brève échéance. Cette fois, c'est la Maison Marie-Pierre, spécialisée en déficience intellectuelle, de Bonaventure, en Gaspésie, qui pourrait fermer le 1er août, en raison d'un manque à gagner de 70 000 $.
Gonzague Poirier, président du conseil d'administration de la Maison Marie-Pierre (à droite), a reçu l'appui du chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, dans sa quête pour éviter la fermeture.
Ce déficit découle essentiellement d'une reclassification de plusieurs des huit personnes qui y sont hébergées, reclassification changeant la somme touchée par l'organisme. La somme quotidienne assignée à chaque résident dépend d'une cote et si cette cote diminue, les fonds consentis à l'organisme sans but lucratif fléchissent.
Le président du conseil d'administration de la Maison Marie-Pierre, Gonzague Poirier, déplore que le financement diminue quand de nouveaux résidents arrivent, simplement parce que la cote de soins de ces gens est révisée à la baisse par les évaluations du Centre de réadaptation de la région.
«Ça change les revenus de la Maison Marie-Pierre. Mais il faut que les gens mangent et qu'ils aient les mêmes soins. [...] La majorité de nos résidents ont aussi un handicap physique. Tu peux avoir une résidente plus autonome physiquement, mais les interventions ne sont pas toujours mesurables. Certains ont besoin de plus d'attention, de parler plus. C'est un milieu de vie familial. Ça prend du personnel jour et nuit», explique M. Poirier.
Le budget total de la Maison Marie-Pierre s'établit à 465 000 $. Onze personnes y travaillent, dont six à temps complet. Trois résidents y habitent depuis l'ouverture, en octobre 1993. La somme varie de 25 $ à 80 $ par résident par jour, selon la cote reçue, de 1 à 6. Il s'agit de la seule «ressource intermédiaire» de ce type en Gaspésie.
Le député péquiste de Bonaventure, Sylvain Roy, juge le dossier de sous-financement «absolument scandaleux, dans un contexte où le gouvernement a des surplus de 2 milliards $ et quelques, d'abandonner des populations comme ça, des gens complètement dépourvus, et qui ont besoin de soutien [...] de la Maison Marie-Pierre pour leur permettre d'avoir une vie digne. Ce qu'il faut comprendre aussi; c'est que ces gens-là, ils vont aller où après? Dans le système de santé, ça va coûter beaucoup plus cher, peut-être le double. On ne comprend pas le calcul ou la volonté d'efficience budgétaire du gouvernement et du ministère [de la Santé] dans ce dossier-là». 
«Pénalisés»
Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, exprime sa conviction que l'austérité budgétaire de l'actuel gouvernement a incité les évaluateurs à baisser les cotes sous la pression du ministère de la Santé. Pour lui, le personnel et l'administration de la Maison Marie-Pierre «sont pénalisés parce qu'ils travaillent bien».
M. Lisée ajoute que le système de classification est «absurde» parce qu'il ne reflète «pas le coût réel».
Une situation similaire est survenue en avril à la résidence Jean-Eudes-Bergeron d'Alma, au Lac-Saint-Jean, qui accueille des personnes lourdement handicapées. Pour le moment, cette résidence vieille de trois ans a obtenu un financement intérimaire permettant d'ici septembre un examen plus exhaustif de solutions à long terme. Dans ce cas, le manque à gagner se situe à 300 000 $ par an et 20 résidents y habitent. À la Maison Marie-Pierre, il manque présentement 23 $ par jour par résident pour boucler le budget.
Le CISSS défend sa décision
Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de la Gaspésie, qui est sollicité pour octroyer un financement supplémentaire à la Maison Marie-Pierre, on poursuit les «efforts pour supporter la ressource», mais «considérant le nombre d'usagers hébergés [8] et le financement reçu, nous croyons que l'organisme dispose de toutes les ressources requises pour atteindre une performance adéquate». 
La porte-parole du CISSS, Geneviève Cloutier, ajoute que «comme la rétribution des ressources non institutionnelles est balisée par une entente nationale avec le [ministère de la Santé], nous croyons qu'un financement supplémentaire serait inéquitable pour les autres ressources». Des demandes similaires ont été refusées dans le passé. 
«Nous respecterons la décision de l'organisme si l'administration décide de procéder à la fermeture et nous nous assurerons de réorienter les usagers vers les ressources qui répondront au mieux à leurs besoins», conclut Mme Cloutier.