La maison de Ghislain Richard n’est plus qu’à environ 5 mètres du bord de la falaise.

Glissement de terrain redouté à Sainte-Anne-des-Monts

MATANE – Des citoyens du secteur de Tourelle, à Sainte-Anne-des-Monts, en Haute-Gaspésie, vivent avec la peur que ne survienne un glissement de terrain ou un affaissement de la route 132 qui pourrait avoir de graves conséquences sur leurs habitations ou, pire encore, qui pourrait mettre leur vie en péril. Les plus vieux ont encore en mémoire le funeste éboulis de 1963 qui avait entraîné quatre frères dans la mort et fait plusieurs blessés, en plus de détruire neuf maisons et un pont.

Dans son schéma d’aménagement, la MRC de La Haute-Gaspésie identifie «des dangers évidents de glissements» dans la zone située près de la route 132 entre les routes du Ruisseau et du Verger. Dans un segment de ce que plusieurs résidents appellent «la zone rouge», un vieux mur fabriqué de caissons de bois est en état de décomposition avancée et est éventré en plusieurs endroits. «Le mur de bois est dans un état de décrépitude, dénonce le député de Gaspé, Gaétan Lelièvre, qui dit avoir «lancé une lumière jaune» au ministère des Transports, «mais ça n’a pas bougé». «La pourriture sort et il y a des maisons en bas!»

Ce mur fabriqué de caissons de bois est situé au-dessus de la rue du Fleuve, qui compte une dizaine de résidences.

Jacynthe Collin habite en bas de ce mur de soutènement. Selon la dame de 59 ans, ce caisson n’a jamais été refait depuis l’avènement de la route 132, qui date de la fin des années 60. «Il y a environ 25 ans, ma fille avait une petite tente dans la cour et des roches étaient tombées dessus», se souvient Mme Collin.

La résidente de «la zone rouge» vit avec le spectre qu’un grave événement puisse survenir. «C’est tout effrité, décrit-elle. C’est tout pourri, tout cassé. Un gros camion peut passer et ça peut décoller. Un moment donné, ça va tomber! Ils vont attendre qu’il arrive un accident!»

Même si elle n’avait que quatre ans, Jacynthe Collin n’a jamais oublié le spectaculaire glissement de terrain que les Tourellois appellent «le déboulis». Il s’agit de son plus vieux souvenir. «Le monde sortait dehors, raconte-t-elle. Les gens criaient. On embarquait dans la pelle d’un tracteur pour nous évacuer.» 

Sa voisine, Ghislaine Miville, demeure dans ce secteur depuis 45 ans. Le fameux caisson en ruines est situé derrière son garage. «Ça creuse tout le temps, constate-t-elle. Ça peut être dangereux. Ça peut décoller d’un coup! J’ai hâte que ce soit refait.» La dame de 72 ans a le sentiment que les résidents de son secteur ont été oubliés.

À moins d’un demi-kilomètre à l’est, «un rafistolage de fortune n’arrive plus à contenir un affaissement de terrain au-dessus d’une falaise de 40 mètres de hauteur», soulève aussi le député de Gaspé. Ghislain Richard habite à quelques mètres de là. Des galettes de terre se détachent occasionnellement de son terrain. Sa maison n’est plus qu’à environ 5 mètres du bord de la paroi. M. Richard espère une aide financière afin de relocaliser sa résidence avant qu’elle ne glisse en bas de l’escarpement.

Pour Gaétan Lelièvre, la route 132 en Haute-Gaspésie et le rail gaspésien sont négligés et abandonnés de Québec. «Le gouvernement n’a pas l’air à faire une priorité des transports en Gaspésie», se désole-t-il.