La Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie a développé un paillis avec le verre récupéré, et Nathalie Drapeau montre aussi le type de dalles qui pourrait être fabriquée avec les plastiques indésirables.
La Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie a développé un paillis avec le verre récupéré, et Nathalie Drapeau montre aussi le type de dalles qui pourrait être fabriquée avec les plastiques indésirables.

Gaspésie: quoi faire avec les plastiques indésirables?

GRANDE-RIVIÈRE — La Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie s’associe à une firme-conseil et bénéficiera sous peu des tests de deux universités pour trouver quelque chose à fabriquer avec les «plastiques indésirables», les plastiques mous devant être récupérés, mais pour lesquels il n’y a presque pas de marché présentement.

Ces plastiques représentent plusieurs centaines de tonnes par an pour les MRC du Rocher-Percé et de Côte-de-Gaspé, qui comptent 37 000 personnes.

«Juste pour les sacs de plastique, c’est 300 tonnes par année pour les deux MRC que nous desservons. On ne compte pas les plastiques d’emballage agricole, les filets de plastique, les pochettes et les autres types du même genre», précise Nathalie Drapeau, directrice de la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie (RITMRG).

À l’échelle québécoise, on peut penser à un volume de 70 000 tonnes de sacs indésirables, et plus de 100 000 tonnes, des chiffres conservateurs, en incluant les autres types de plastiques sans débouchés.

Les centres de tri accumulent généralement ces plastiques pendant un certain temps, puis ils les envoient à l’enfouissement. À des coûts d’enfouissement d’environ 200 $ la tonne, un coût variable, ces 100 000 tonnes forcent les Québécois à débourser au moins 20 millions $ par an, en pure perte, seulement pour les plastiques mous.

Nathalie Drapeau décrit les contraintes liées à ces plastiques mous, généralement désignés comme les catégories de 3 à 7.

«Ici, ça fait deux ans qu’on les accumule. Selon la charte, on doit les accueillir, mais il n’y a pas de marché, ou très peu. Nous sommes loin des transformateurs, et nous avons de petits volumes et peu d’espace d’entreposage» explique-t-elle.

Plus souvent qu’autrement, quand l’espace manque, la RITMRG est forcée de s’en départir à l’enfouissement, si aucun preneur ne se manifeste, ce qui est la norme. Cette année toutefois, les ballots devraient trouver un débouché expérimental.

Présentement, des chercheurs tentent de vérifier si une partie de ces plastiques pourrait entrer dans la composition de l’asphalte, alors qu’une autre portion pourrait servir à fabriquer divers objets, dont des dalles de terrassement.

En novembre 2019, las de voir des centaines de tonnes de plastique prendre le chemin de l’enfouissement et coûter près de 100 000 $ par an, le conseil d’administration de la Régie intermunicipale s’est penché sur les possibilités de considérer ces plastiques mous comme une ressource.

«J’ai eu l’autorisation de faire une demande de soutien financier à Recyc-Québec pour un projet-pilote. On attend une réponse en septembre», dit Mme Drapeau à propos d’un projet de 135 000 $.

En attendant, la RITMRG a pris les devants et en contactant une firme d’experts en «chimie verte», Consulchem, pour identifier les possibilités de débouchés pour les plastiques mous, en fonction d’une fabrication et d’une utilisation régionale, donc en minimisant les frais de transport et en créant des emplois.

Consulchem s’est adjoint l’Université Laval et l’École de technologie supérieure pour les phases ultérieures d’expérimentation.

«Il y a une phase d’analyse pour trouver les meilleures options d’utilisation locale et la réalisation du projet-pilote avec la Ville de Percé. C’est là que devrait se faire l’essai pour incorporer des plastiques mous à l’asphalte. À notre connaissance, c’est une première au Québec. Ce sera sans doute réalisé au printemps. On pense pouvoir incorporer deux tonnes de plastique par kilomètre d’asphalte. Des essais ont été faits pour un stationnement en Nouvelle-Écosse», explique Nathalie Drapeau.

La fabrication de dalles de terrassement sera aussi analysée. «L’un des buts de la démarche vise aussi à s’assurer que le processus reste vert. Les laboratoires des deux institutions d’enseignement [ETS et l’Université Laval] comme Consulchem, vont trouver des formulations après des tests», ajoute-t-elle.

La Régie intermunicipale a déjà quelques initiatives novatrices à son crédit, dont la récupération du verre comme abrasif de rue et pour la fabrication de paillis d’aménagement paysager.

L’avenir repose néanmoins sur quelques principes desquels l’organisme gaspésien est aussi en avance.

«Il faut travailler à la source sur les emballages, pour s’assurer que les matières arrivant aux consommateurs soient faciles à réutiliser et à récupérer. Il reste un énorme travail de sensibilisation à faire», conclut-elle.

CASSE-TÊTE

GRANDE-RIVIÈRE — Nathalie Drapeau a développé au fil des ans des principes bien clairs sur des façons de progresser en termes de récupération et de réutilisation des matières aboutissant au centre de tri qu’elle gère, à Grande-Rivière, près de Percé. «La charte de RECYC-Québec nous dit : “le centre de tri doit accepter cette matière”! Le citoyen se dit : “c’est du carton, du papier, du PVM [plastique, verre, métal]… ça va au bac bleu”! Le trieur se demande : “dans quelle chute va cette matière”? Le gestionnaire de centre de tri se demande : “qui va acheter cette matière”? L’acheteur nous dit : “j’en veux pas de cette matière”! Alors pourquoi est-elle sur le marché si personne ne sait quoi faire avec?» demande-t-elle.

Nathalie Drapeau croit que la société changerait si chaque citoyen, qui qu’il soit, «venait visiter un centre de tri, et faire quelques heures comme trieur. Ça mettrait aussi du respect dans les bacs bleus», souligne-t-elle pour reprendre la publicité animée par le groupe Alaclair Ensemble. Gilles Gagné (collaboration spéciale)