L'enquête du Protecteur du citoyen note que «les infirmières et infirmières auxiliaires parviennent, avec difficulté, à rencontrer leurs obligations déontologiques».

Gaspésie: des établissements de santé poussés à la limite

Après enquête dans 10 établissements de santé en Gaspésie, le Protecteur du citoyen évalue que l'offre de soins infirmiers, bien qu'adéquate, est caractérisée par sa fragilité, et que la «marge de manoeuvre» y est «quasi inexistante en cas de surcharge de travail» dans les résidences offrant des soins de longue durée.
Dans son rapport, le Protecteur du citoyen signale également les longs délais de réponse lorsque des patients actionnent la cloche d'appel, le manque de formation du personnel et d'organisation des services pour intervenir auprès des patients souffrant de problèmes cognitifs, le réveil hâtif, à 5h30 dans certains cas, ne respectant pas le rythme de vie des patients et le manque de temps qui leur est consacré.
Au Centre Mgr-Ross de Gaspé, certains patients en soins de longue durée n'ont pas bénéficié d'un bain avec immersion pendant des années.
En ce qui a trait aux hôpitaux et aux CLSC, parfois dotés d'une urgence en Gaspésie, le rapport note le long délai pour procéder à l'évaluation au triage et l'absence de surveillance de la salle d'attente, le long délai pour la réévaluation de la gravité de l'état des patients à l'urgence, la durée de séjour trop élevée à l'urgence, les délais entre la demande d'hospitalisation et le départ du patient pour l'unité de soins, une formation continue insuffisante et des lacunes de connaissances du personnel infirmier en soins palliatifs.
L'enquête «ne révèle pas que les résidents sont mis en danger par la charge de travail du personnel infirmier». L'enquête note que «les infirmières et infirmières auxiliaires parviennent, avec difficulté, à rencontrer leurs obligations déontologiques».
Initiatrice de la plainte ayant mené à l'intervention du Protecteur du citoyen, Micheline Bariault, présidente du Syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes de l'Est-du-Québec, s'attendait à ce rapport incisif.
«Les 19 recommandations du rapport reprennent toutes les situations dénoncées dans le dossier noir remis en juin au Protecteur du citoyen [...] C'est la première fois qu'un syndicat dépose une plainte qui débouche sur une enquête débouchant à son tour sur un rapport. Ça prouve que la compression de 21 millions $ qu'a effectuée le Centre intégré de santé lors de sa création il y a deux ans a, au lieu d'être dirigée dans l'administration, frappé dans les soins. Ça fait deux ans que ces plaintes étaient portées à l'attention du Centre intégré et on frappait une fin de non-recevoir», dit-elle.
Inquiétude
Micheline Barriault estime que le Protecteur du citoyen a saisi le coeur du problème avec sa première recommandation, permettre au «personnel infirmier d'obtenir rapidement et de façon ponctuelle du soutien en cas de surcharge». Elle s'inquiète de la suite que donnera au rapport le Centre intégré de santé.
En 2006, l'urgence de l'hôpital de Maria était considérée comme la plus efficace au Québec. En 2013, un rapport a indiqué que la situation s'était passablement détériorée. Le Protecteur du citoyen a aussi identifié des lacunes à cette urgence.
«Ils ont fermé un nombre important de lits en médecine, 12 ou 15. Les patients restent longtemps sur des civières en attendant une chambre. Ça refoule à l'urgence», note Mme Barriault à ce sujet.
La présidente du Centre intégré de santé et de services sociaux de la Gaspésie, Chantal Duguay, «reçoit positivement» et trouve même «rassurant» le rapport du Protecteur du citoyen. Elle assure que son organisme est en mode «action» depuis décembre pour y donner suite.