Deux marches de solidarité interprovinciale pour la levée des barrières entre le Témiscouata et le Nouveau-Brunswick ont été organisées.
Deux marches de solidarité interprovinciale pour la levée des barrières entre le Témiscouata et le Nouveau-Brunswick ont été organisées.

Frontière fermée entre le Nouveau-Brunswick et le Témiscouata: une tradition d’échanges brisée

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
Pour les citoyens du Témiscouata, la fermeture de la frontière qui perdure depuis des mois avec le Nouveau-Brunswick est un non-sens. Seulement 14 km séparent Dégelis de la frontière. Depuis qu’il est interdit aux Québécois d’entrer dans la province voisine, les liens qui existent depuis toujours entre ces deux territoires sont rompus. Au fil du temps, la frustration monte.

Cette situation n’est pas sans conséquence sur les familles, l’économie et les amitiés. «Le Témiscouata et le Madawaska, du côté du Nouveau-Brunswick, a toujours été un lieu d’échanges, indique le maire de Dégelis. Selon Normand Morin, sa population magasine traditionnellement à Edmundston, tandis que plusieurs Néo-Brunswickois traversent à Dégelis parce qu’ils possèdent des chalets en bordure du lac Témiscouata. 

Des liens solides

Pour les Dégelisiens, les liens commerciaux sont beaucoup plus simples avec Edmundston, située à 20 km, qu’avec Rivière-du-Loup, qui est à 80 km. «Ça ne date pas d’hier, se souvient l’élu. Quand j’étais jeune, on allait là et l’inverse est vrai. Les gens du Nouveau-Brunswick viennent ici pour différents services, que ce soit pour la restauration ou la Société des alcools. Les gens du Nouveau-Brunswick nous apportent tout le secteur commercial et l’hébergement. C’est un échange. Mais là, c’est fermé.» Depuis peu, les gens d’une même famille peuvent cependant traverser d’un côté comme de l’autre.

Le maire de Dégelis rappelle que le Témiscouata ne compte actuellement aucun cas actif de COVID-19. «On a eu six cas depuis le début et ils sont tous guéris. À Dégelis, on n’a eu aucun cas et toutes les municipalités qui sont frontalières aussi. Pour les gens du Nouveau-Brunswick, le Témiscouata, c’est comme eux autres. Il n’y a pas de problème là.»


Sur les réseaux sociaux, certains Bas-Laurentiens estiment qu’il y a deux poids, deux mesures entre les deux provinces. «Des gens du Nouveau-Brunswick viennent ici, confirme le maire Morin. Pour rentrer du côté du Québec, il n’y a pas de barrière. Le seul inconvénient qu’ils ont, c’est quand ils retournent chez eux, ils doivent se mettre en quarantaine.»

Si les Néo-Brunswickois ne craignent pas les habitants du Témiscouata, on ne peut pas en dire autant des autres Québécois. «Les gens d’Edmundston disent que le Témiscouata ou même le Bas-Saint-Laurent, c’est comme eux autres, affirme M. Morin. Mais, pour le reste du Québec, surtout les gens de la région de Montréal, ils en ont peur comme la peste!»

La députée de Madawaska-les-Lacs-Edmundston, Francine Landry, souhaite ouvrir une bulle avec le Témiscouata, comme celle créée dans les provinces maritimes. «Le premier ministre Blaine Higgs a dit que ce n’était pas nécessaire parce qu’il ne reste pas si long que ça avant que ce soit déconfiné, rapporte le maire Morin. On parlait du 17 juillet. Ils disent que ça va se faire, mais je n’ai aucune idée comment ça va se faire.» Chose certaine, le gouvernement du Nouveau-Brunswick envisage, d’ici la fin de semaine, l’ouverture de la frontière entre Campbellton et Pointe-à-la-Croix, en Gaspésie.

Le maire de Dégelis, pas plus que les autres élus du Témiscouata, n’a exercé de pression sur le Nouveau-Brunswick pour demander la levée du contrôle routier. Il rappelle que lui et les autres élus du Bas-Saint-Laurent étaient favorables à la fermeture du Bas-Saint-Laurent au reste du Québec en début de pandémie et qu’ils avaient même demandé au gouvernement de prolonger le maintien du point de contrôle qui était situé à La Pocatière. Donc, Normand Morin se sent en bien mauvaise position pour demander au Nouveau-Brunswick de lever l’entrave.

Marches de solidarité interprovinciale

Une résidente de Dégelis originaire d’Edmundston, Fanny Beaulieu, a organisé deux marches de solidarité interprovinciale, auxquelles ont pris part une cinquantaine de citoyens, pour demander la levée des barrières entre les deux provinces. Aucun élu n’y a participé. «C’était pour les citoyens, fait valoir le maire Morin. Du côté des élus, il avait été convenu qu’on ne participait pas à cette manifestation. On n’est pas contre le principe, sauf que je m’aperçois que si ça continue trop longtemps, il commence à y avoir de l’animosité envers les gens du Nouveau-Brunswick.»

Un résident d’Edmundston, Ron Daigle, a pris part à la première marche du côté du Nouveau-Brunswick. «Je fais beaucoup de vélo, explique-t-il. Ça fait cinq ans que je me rends à Dégelis tous les jours pour le dîner et, assez souvent aussi, je me rends à Cabano. Je reviens chez moi à la fin de la journée.» Or, par crainte de se faire remettre un constat d’infraction, il a cessé de traverser la frontière par la piste cyclable. «Je ne sors pas de la province.»

Pour ce Néo-Brunswickois, la fermeture de la frontière entre sa ville et Dégelis est aberrante. «À Edmundston, ça fait plus de 100 jours qu’on n’a même pas eu un cas. Au total, dans la province, on a 167 cas et deux décès. Je suis à 100 % pour une bulle régionale avec le masque obligatoire. On a des lignes provinciales, mais c’est comme si c’était la même ville, Edmundston et Dégelis. C’est la famille, les cousins. Le monde vit ensemble. Séparer de même, ça n’a pas trop de logique!»