Édouard Phaneuf-Lord a lui-même suivi plus de 60 heures de formation avant d’entraîner ses pairs.

Formateur en RCR à 12 ans

GASPÉ — Édouard Phaneuf-Lord, 12 ans, forme des élèves de quatrième, cinquième et sixième année de Gaspé et des alentours en réanimation cardio-respiratoire. Son but: qu’ils puissent sauver des vies.

À l’école primaire Saint-Rosaire de Gaspé, les élèves d’une classe de cinquième année sont agenouillés sur des matelas devant des mannequins de stimulation qu’ils s’exercent à réanimer. Édouard passe d’un groupe à l’autre, rectifie une position des mains, donne le rythme de compression sur Stayin’ Alive des Bee Gees ou vérifie un défibrillateur. 

Juste avant, il a donné une présentation Power Point claire et succincte aux élèves. Les sujets abordés: comment reconnaître un étouffement ou un arrêt cardiaque, et pratiquer la manœuvre de désobstruction dite «de Heimlich» et le massage cardiaque. Les élèves s’initient aussi à l’usage d’un défibrillateur avec des appareils de pratique.

«L’an dernier, à l’école, un de mes amis s’est sévèrement étouffé avec une fraise. C’est là que j’ai pris conscience que ça peut arriver n’importe où, n’importe quand, et qu’il faut avoir des bases», explique Édouard, un élève de sixième année à l’école Notre-Dame-du-Sacré-Cœur de Saint-Majorique, à Gaspé.

Par la suite, il a suivi plus de 60 heures de formation, dont certaines que ses enseignants n’avaient jamais données à un élève aussi jeune que lui. 

Édouard a voulu en faire bénéficier ses pairs, parce qu’un étouffement ou un arrêt cardiaque, «ça peut arriver dans n’importe quelle école», dit-il. Dans ses explications aux élèves, il insiste sur le fait qu’une réaction rapide fait augmenter de façon significative le taux de survie des victimes.

Jusqu’ici, Édouard a formé cinq classes pour un total de 94 élèves. Ils font preuve d’une bonne écoute, observe-t-il. «Il n’y a pas de ''niaisage''. Ils savent qu’avec ce projet-là, ils pourront sauver des vies, donc ils sont attentifs du début à la fin.»

Apprendre à s'organiser

Ce qu’il trouve le plus difficile: «Gérer le stress au début de la présentation.» Et ce que son projet lui a appris: «Il a fallu que je m’organise. C’est un gros point que je n’avais pas.»

Son projet s’appelle «Réalisez, si simple sauver des vies!». Il a reçu le premier prix pour la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine au Défi Osentreprendre dans la catégorie troisième cycle du primaire, et représentera sa région au volet national du concours, en juin à Québec. Prix ou pas, Édouard a bien l’intention de poursuivre sa mission. 

Lors des formations, la mère d’Édouard est toujours à ses côtés. Marie-Noëlle Lord fait «le taxi et la supervision médicale», dit-elle. Elle est médecin et a fait carrière en urgence. «On est fiers de lui et on l’encourage. C’est une fois parti qu’on a réalisé que c’était un gros projet et que ça demandait du temps. Mais il a grandi là-dedans.»

Et l’élève étouffé par une fraise? «Il s’en est sorti. Un voisin de pupitre lui a tapé dans le dos. Ce n’était pas la bonne méthode, mais ça l’a désobstrué», rapporte Édouard. Gageons que le prochain étouffé aura un camarade formé à ses côtés.