Les limites territoriales de la région du Bas-Saint-Laurent seront rouvertes à la libre circulation dès lundi.
Les limites territoriales de la région du Bas-Saint-Laurent seront rouvertes à la libre circulation dès lundi.

Fin des contrôles routiers dans le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie et Charlevoix

MATANE — En dépit de la pression provenant d'une majorité d'élus et de la population ainsi que d'une pétition de plus de 20 000 signataires pour que les points de contrôle routier du Bas-Saint-Laurent soient maintenus, les limites territoriales de la région seront rouvertes à la libre circulation dès lundi. C'est ce qu'a annoncé, vendredi, la direction de la santé publique du Bas-Saint-Laurent.

Québec ne revient donc pas sur sa décision annoncée le 29 avril. Toute la semaine, les directeurs de la santé publique ont eu des échanges avec les autorités compétentes pour savoir s'il était possible de retarder la levée des cordons sanitaires. Le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, Sylvain Leduc, a ainsi fait part à la direction nationale de la santé publique de l'inquiétude exprimée par plusieurs citoyens quant à la réouverture de la région, mais celle-ci a choisi de respecter son plan de déconfinement graduel. 

«On n'est pas dans une bulle»

Si le Dr Leduc reconnaît que les barrages ont eu un effet positif sur sa région, il dit cependant n'avoir d'autre option que de s'adapter à la décision gouvernementale. Avec seulement 42 cas en date de vendredi, le Bas-Saint-Laurent occupe la position la plus enviable du Québec sur le plan du plus faible taux de contagion par 100 000 habitants. «Les gens vont réaliser qu'on n'est pas dans une bulle et que ce que nous vivons là existe partout», lance-t-il. La crainte qu'il y ait un relâchement des règles visant à freiner la propagation du virus cède le pas à la confiance qu'il accorde à l'endroit des citoyens qui, selon lui, comprennent l'importance des mesures sanitaires. «En toute cohérence avec ce qui s'est passé ailleurs, je n'ai pas le choix, laisse tomber le médecin. Mais, ma préoccupation, c'est de protéger ma population; ça me réveille la nuit!»

Par conséquent, le Dr Leduc réitère l'importance de se laver les mains régulièrement et de respecter une distanciation sociale de deux mètres. «La recommandation du port du masque s'applique à l'ensemble des Québécois, surtout quand les deux mètres ne peuvent pas être respectés», rappelle-t-il.

Éviter les déplacements interrégionaux

Le directeur régional de la santé publique souligne que même si la région sera rouverte dès lundi, il est toujours recommandé d'éviter les déplacements entre les villes et les régions, sauf pour des raisons médicales, pour le travail ou pour le transport de biens. Des contrôles policiers pourraient être exercés et les gens pourraient avoir à fournir des pièces justificatives, de l'avis du Dr Leduc. «Je laisse le soin aux policiers de gérer ça, a fait savoir le médecin. J'en appelle à la bonne foi et à la collaboration des citoyens.» 

La direction régionale de la santé publique recommande aux gens qui possèdent des résidences secondaires dans la région de se placer en isolement pendant 14 jours dès leur arrivée. «Je n'ai pas d'autres moyens que de me fier à la bonne volonté des gens, souligne Sylvain Leduc. Le Bas-Saint-Laurent a toujours été une région extrêmement accueillante et le sera encore. Je n'encourage pas les comportements de délation.»

La vigilance demeure

En se basant sur l'exemple du retour en classe qui s'est très bien déroulé et où la distanciation physique est respectée, le directeur régional de la santé publique n'en espère pas moins après l'ouverture du Bas-Saint-Laurent. «On va rester vigilants, précise-t-il toutefois. On a tous des efforts à faire en matière de prévention. C'est clair qu'on va suivre attentivement la courbe épidémiologique. Mais, pour avoir des projections, ça prend beaucoup de cas. Donc, on ne peut pas, à ce stade-ci, avoir un scénario A, B ou C.»

Depuis le début de la pandémie, 4 000 tests de dépistage de la COVID-19 ont été effectués au Bas-Saint-Laurent. De ce nombre, 42 se sont avérés positifs, représentant ainsi 1% de l'ensemble des personnes testées. «Il y a eu des éclosions qu'on a réussi à contenir», précise le Dr Leduc. Le Bas-Saint-Laurent enregistre aussi deux décès.

Rimouski favorable au déconfinement

Lors de son point de presse hebdomadaire, le maire de Rimouski, qui était le seul élu de la Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent (TREMBSL) à s'être exprimé en faveur de la réouverture de la région, est revenu sur sa dissidence. «J'ai reçu énormément de commentaires sur ma page Facebook concernant ma position sur le déconfinement régional, a indiqué Marc Parent. Les commentaires étaient surtout négatifs, mais aussi un très grand nombre était positif. […] Il y a une très grande polarisation des opinions au sein de la population. Malheureusement, bien souvent, les commentaires émis sur les réseaux sociaux portent offense à l'opinion d'autrui […]. Je pense qu'il est important de continuer à démontrer du respect […]!» M. Parent a rappelé que son point de vue était en soutien aux décisions de la direction de la santé publique.

Le maire Parent se défend de dire que sa position n'était pas partagée par l'ensemble des membres de son conseil, comme l'a allégué la conseillère municipale Virginie Proulx. «Ça fait un minimum de trois semaines que je préconise la même position et jamais les membres de mon conseil municipal ne m'ont fait part du fait qu'ils étaient en désaccord avec cette position-là.» Il a qualifié Mme Proulx de «femme très intelligente, mais aussi extrêmement ambitieuse». «Certains pourraient laisser sous-entendre qu'elle a commencé sa campagne électorale pour la mairie aux prochaines élections», a-t-il continué.

Si la TREMBSL a fait savoir, par voie de communiqué, qu'elle prend acte de la décision de rouvrir la région, elle souligne tout de même que le Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens du Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent demande le maintien intégral des points de contrôle routier, «tant que les six critères pour un déconfinement sécuritaire de l'Organisation mondiale de la santé ne seront pas atteints».

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Le Québec progresse lentement, mais sûrement, avec prudence, vers un déconfinement. Une nouvelle étape sera franchie lundi avec la fin des contrôles routiers qui empêchaient d'accéder aux région de l'est de la province.

Si certaines opérations de contrôle prennent fin, alors que la pandémie de la COVID-19 semble sous contrôle dans les régions éloignées du Québec, il est important de rappeler que les autorités de santé publique demandent de limiter le voyagement d'une région à l'autre aux déplacements essentiels.

Les contrôles routiers établis pour assurer le confinement de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine et des MRC de Charlevoix et de Charlevoix-Est seront levés en ce lundi de la Journée nationale des patriotes.

Au même moment, à l'extrémité ouest, les territoires de la ville de Gatineau ainsi que de la MRC des Collines-de-l'Outaouais seront également accessibles.

En ce qui concerne les régions plus au nord, les points de contrôle demeurent en place dans la MRC du Golfe-du-Saint-Laurent, en Basse-Côte-Nord, de même que dans le Nord-du-Québec, le Nunavik et les Terres-Cries-de-la-Baie-James.

Si tout se passe bien, le ministère de la Sécurité publique prévoit mettre fin aux opérations de contrôle sur la Côte-Nord le 1er juin.

Dans le but de limiter la propagation du coronavirus, le gouvernement du Québec a demandé, le 28 mars dernier, d'éviter les déplacements en dehors de sa ville ou de sa région. La Presse canadienne