Hubert Lenoir, qui a donné le coup d’envoi du Festif! sur la scène principale, jeudi dernier, s’est offert un véritable bain de foule. Celle-ci semblait contente de le voir.

Festif! de Baie-Saint-Paul: au-delà de la musique

BAIE-SAINT-PAUL — Baie-Saint-Paul rayonnait de toutes ses forces le week-end dernier alors que se tenait la neuvième édition du Festif!, édition qu’on peut encore une fois couronner de succès. C’est donc sous un soleil de plomb que les 38 000 festivaliers qui ont foulé le sol de Baie-Saint-Paul ont pu profiter de l’audacieuse programmation que l’organisation leur avait concoctée.

Fort d’une réputation qui n’est plus à défendre, le Festif! doit maintenant jongler avec un heureux problème, soit celui de répondre à la demande sans y laisser de son charme et du caractère authentique qui font maintenant de lui un chef de file dans le domaine des festivals d’envergure en région. Celui qu’on qualifiait de secret bien gardé il y a à peine quelques années gravite désormais dans la cour des grands, avec la pression qui l’accompagne et les limites que ses ressources humaines et matérielles peuvent supporter, car il faut le reconnaître, le succès du Festif! repose en bonne partie sur le dos des bénévoles et sur l’évidente collaboration de la population qui, à sa manière, participe elle aussi à la santé de l’événement. 

À l’image d’un buffet à volonté, participer au Festif! implique aussi qu’il faut faire des choix, et par le fait même le deuil d’assister à tout ce qui nous est offert. Dispersés sur un nombre de scènes toujours grandissant, les spectacles offerts aux festivaliers s’échelonnent sur une plage horaire qui commence (et prend fin) le matin.  Et s’il y en a pour tous les goûts, il faut aussi avoir eu la présence d’esprit d’acheter les bons billets au bon moment, car de plus en plus de spectacles affichaient complet plusieurs jours avant le début des festivités. L’achalandage étant à son comble, certaines scènes ne suffisent plus à la demande. Parlez-en à ceux qui voulaient assister aux prestations de Loud et de Galaxie, pour ne nommer que ceux-là. Preuve indéniable du succès de l’organisation, casse-tête logistique, le Festif! doit maintenant gérer sa fulgurante croissance et jongler avec un équilibre fragile: répondre à la demande tout en préservant la personnalité qui lui a permis de se distinguer. C’est ce qu’on appelle la rançon de la gloire, car après tout, la grande vedette de ce festival, c’est le festival lui-même.

Finale du spectacle «Desjardins, on l’aime-tu»

La richesse hors de la scène principale

La Place Desjardins — scène principale qui accueille chaque soir les plus grands noms et qui permet à l’organisation de rejoindre le grand public — ne représente que la pointe de l’iceberg de l’imposante offre artistique préparée par Clément Turgeon, directeur du festival. Elle aura permis aux festivaliers de mesurer l’ampleur du phénomène Hubert Lenoir, de planer avec Patrick Watson et ses musiciens, de danser au son du reggae engagé de Tikken Jah Fakoly et d’assister à l’une des rares représentations du spectacle Hommage à Richard Desjardins. C’est toutefois, à mon avis, en dehors de cette scène — sous les chapiteaux, dans divers lieux publics et privés et en plein air — que la programmation du Festif! déploie ses ailes et démontre toute l’étendue de sa richesse.  

Fred Fortin, visiblement heureux de la réception du public.

Les chapiteaux et autres sites adjacents à la Place Desjardins auront également permis aux festivaliers d’étirer leurs soirées avec Mononc’ Serge, Eman X  Vlooper, Loud, Creature, Émile Bilodeau, Quebec Redneck Bluegrass Project, Bob Log 3, Le Nombre, Random Recipe et une panoplie d’autres artistes chargés de faire durer la fête jusqu’à tard dans la nuit. Mentions spéciales aux prestations de Galaxie, Keith Kouna et Suuns, trois formations québécoises qui, à leur façon, ont offert de puissantes leçons de rock aux spectateurs.

Il faut dire que le Festif! habite Baie-Saint-Paul, et vice-versa. Jouissant d’un décor enchanteur, l’organisation a rapidement compris que les gens auraient envie de s’imprégner de la ville et c’est ce qu’elle leur offre année après année, souvent gratuitement d’ailleurs. En poussant les festivaliers à se déplacer au bout du quai, scène par excellence du Festif!, pour assister aux prestations de Patrick Watson, Matt Holubowski, Mara Tremblay et Philippe Brach, dont les deux derniers fêtaient leur anniversaire le jour même de leur représentation.

En invitant ensuite la foule à prendre place dans l’herbe, sur un terrain privé ou dans un parc, en plein cœur du centre-ville, pour profiter des spectacles-surprises offerts par Dave Chose et Paul Piché en après-midi. 

Le public a été invité à se rendre dans la cour d’une résidence privée pour passer une heure avec Salomé Leclerc.

S'imprégner de la ville

En conviant les festivaliers à squatter la cour arrière d’une résidence pour passer une heure avec Salomé Leclerc. En mettant un autobus à la disposition de SoCalled pour un spectacle intimiste. En ouvrant les portes du garage du curé pour permettre aux oiseaux de nuit de découvrir les univers de Fuudge, Urban Junior, Jesuslesfilles et Victime. En mandatant une fanfare venue du Massachusetts de surprendre les festivaliers encore debout dans le stationnement de l’église à deux heures du matin.  

En planifiant qu’il serait doux et bon d’assister au lever du soleil bercé par la poésie de Stéphane Lafleur dans un champ à 5 heures du matin le dimanche. Sans parler de l’animation de rue, des acrobates, des terrasses, des aires de restauration aménagées pour l’occasion, des bénévoles, des produits locaux mis à l’avant, des stations d’eau (nouveauté) et de la grande préoccupation socio-environnementale qui accompagne chacune des initiatives de l’équipe.

Ce n’est donc pas pour rien qu’on quitte le Festif! avec l’impression d’avoir été traversé et par la musique et par la ville elle-même. C’est d’ailleurs ce qu’on ramène avec soi quand on quitte cette bulle, brûlés, encore sur un nuage, le seul présent à Baie-Saint-Paul la fin de semaine dernière.

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Martin Léon à la Salle Multi de l’Hôtel le Germain, jeudi

Autres moments forts du Festif!

• Le spectacle énergique et débridé de la formation Five Alarm Funk qui a su, avec son énergie, conquérir le cœur de plusieurs spectateurs vendredi.

• La version de Et j’ai couché dans mon char de Desjardins interprétée par Keith Kouna, Mara Tremblay et la foule samedi soir.

• Martin Léon a livré une prestation magistrale vendredi. Seul sur scène, armé de sa guitare et d’un tableau blanc interactif, l’auteur-compositeur-interprète, dont on a découvert des talents indéniables de conteur (et de pédagogue), a proposé un spectacle digne de mention devant un public qui n’avait qu’à se laisser guider par l’expérience audio-visuelle que Léon avait à leur proposer. 

• Fred Fortin en homme-orchestre qui a revisité ses nouvelles compositions et quelques vieux classiques vendredi.