Le traversier reliant Tadoussac à Baie-Sainte-Catherine

Encore du retard pour les traversiers de Tadoussac

La livraison des traversiers destinés au service entre Tadoussac et Baie-Sainte-Catherine est encore retardée. Bien malin cependant qui pourrait dire quand ils prendront leurs premiers passagers puisque les signaux provenant de la Société des traversiers du Québec (STQ), du gouvernement Couillard et de Chantier Davie ne concordent pas. Le Parti québécois (PQ) ne s’en offusque même plus : il suggère de livrer les navires à Sorel en attendant un pont au-dessus du Saguenay.

Les traversiers jumeaux devaient initialement prendre le large en 2015, mais la construction a été ralentie, puis carrément interrompue par un différent entre le chantier maritime Davie et la STQ. L’été dernier, le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MESI) a repris le contrat des mains de la société d’État. Nouveau budget : 250 millions $, soit le double de ce qui avait été budgété. Nouvelle date de livraison : début 2018.

Lors de l’étude des crédits budgétaires du ministère des Transports, mercredi, le président-directeur général par intérim de la STQ, François Bertrand, a toutefois indiqué qu’il faudra attendre la fin du premier semestre de l’année financière démarrée en avril pour un premier arrivage. Cela nous mène au plus tard en septembre.

Le navire numéro 723, de son petit nom, est pratiquement complété. L’heure est au démarrage des différents systèmes, incluant la propulsion au gaz naturel liquéfié, ainsi qu’à la certification des équipements.

Comme il y aura encore de la formation à faire pour les capitaines, mécaniciens et matelots, M. Bertrand vise davantage la fin de l’année 2018 pour la mise en service.

Le deuxième traversier, le 724, devrait suivre avant la fin de l’année financière 2018-2019, donc au plus tard en mars.

Le grand patron de la STQ n’a pas osé garantir que ce nouvel échéancier sera respecté. «Tout le monde travaille conjointement pour pouvoir mettre les navires le plus rapidement possible en opération», a-t-il toutefois assuré.

Au même micro un peu plus tard, la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, a plutôt parlé de livraisons en juin et en septembre.

Frédérik Boisvert, porte-parole de Chantier Davie, a évoqué «le début de la saison estivale» pour la livraison du premier traversier, puis «au plus tard au mois d’octobre» pour le deuxième.

Martin Ouellet, député de la circonscription de René-Lévesque, avait toujours l’impression d’être «dans le néant» après ces explications. Malgré les retards qui s’accumulent, le péquiste considère que les rives du Saguenay et la route 138 ne sont pas prêtes à accueillir les nouveaux traversiers dont la capacité sera rehaussée de 75 à 110 véhicules.

Effet «entonnoir»

M. Ouellet, les riverains et les élus locaux craignent un effet «entonnoir» aux traverses, des reconfigurations susceptibles de modifier le paysage, des départs moins fréquents pour avoir le temps de débarquer et embarquer tout le monde ainsi que des convois de véhicules à la queue leu leu sur la route 138. «Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas réglé la question de la sécurité, ça demeure un problème, l’arrivée de ces mastodontes» sur le Saguenay, dit-il.

Considérant que le gouvernement libéral lance un bureau de projet pour un éventuel pont sur le Saguenay, le député du PQ a d’ailleurs proposé de garder en service les vieux traversiers NM Armand-Imbeau et NM Jos-Deschênes. «On est-tu capable de faire un ti-boutte avec les bateaux qu’on a là?» a demandé M. Ouellet, soucieux de ne pas réaliser des aménagements pour les défaire au cours des prochaines années.

La ministre Véronyque Tremblay n’a pas répondu directement à la question, mais a confirmé que le réaménagement des approches à Tadoussac serait étudié et mis dans la balance par le bureau de projet.

Le pdg de la STQ a pour sa part confirmé qu’il serait possible de relocaliser les jumeaux à la traverse de Sorel–Tracy–Saint-Ignace-de-Loyola, à condition de repenser les infrastructures terrestres. Ce serait moins évident à Québec-Lévis, où les approches de la traverse sur la rive nord ont tendance à bouchonner. «Je verrais mal ce type de navire être utilisé, car il a une trop grande capacité de 110 voitures. On aurait un coefficient de remplissage trop petit pour envisager un repositionnement sur Québec-Lévis», a mentionné M. Bertrand.

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UNE «FIERTÉ QUÉBÉCOISE» FABRIQUÉE EN ITALIE

Le pdg de la STQ considère que le traversier F.-A.-Gauthier, affecté à la traverse Matane–Baie-Comeau/Godbout, est une «fierté québécoise», une «fierté régionale» même s’il a été construit par un chantier maritime italien. Il s’inscrit en faux contre l’étiquette de «citron» accolée par les oppositions. «On a réussi à le faire dans les coûts et les délais» et «c’est un très très bon navire», a justifié François Bertrand, soulignant que le chantier maritime Davie n’était pas opérationnel quand le contrat a été donné à Fincantieri. «Si on avait à construire un deuxième F.-A.-Gauthier demain, il y aurait des choses qui serait faites différemment. C’est pas un navire de série, c’est une construction unique. On améliore la robustesse des systèmes au fur et à mesure qu’on rencontre des problèmes. Et c’est normal», a fait valoir le gestionnaire. M. Bertrand a admis que le budget d’entretien du traversier, qui a coûté 175 millions $, a été plus élevé que prévu depuis sa mise en service à l’été 2015, mais il est confiant d’effacer ces pertes au cours des prochaines années. Selon lui, tous les armateurs ont le même genre de «surprises» avec des bateaux prototypes. Annie Morin

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INTERSECTION PROBLÉMATIQUE À REPENSER

Le gouvernement Couillard veut repenser l’intersection du boulevard Lebourgneuf et de Robert-Bourassa, autoroute au sud et boulevard au nord, qui est devenue un point chaud du réseau routier à Québec. Le député libéral de Vanier, Patrick Huot, avait une question «amie» à ce sujet pour la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, mercredi, lors de l’étude des crédits budgétaires. Celle-ci a rappelé que l’idée de construire un pont d’étagement avait été étudiée, mais pas retenue, au moment de prolonger les voies de Robert-Bourassa au début des années 2000. Le sous-ministre associé Stéphane Lafaut a admis que le développement s’est fait beaucoup rapidement que prévu dans le secteur, si bien que la congestion est revenue en cinq ans au lieu des 20 anticipés. Demande a donc été faite récemment à la direction territoriale de revoir l’intersection et, dès l’automne, des interventions seront tentées dans l’espoir de trouver la bonne solution. Annie Morin