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Si Élisapie Sivuarapik a réussi à surmonter ses difficultés liées à son trouble du déficit de l’attention, à son syndrome d’alcoolisme foetal, à son agoraphobie et à sa phobie sociale, c’est en s’engageant bénévolement dans plusieurs organismes.
Si Élisapie Sivuarapik a réussi à surmonter ses difficultés liées à son trouble du déficit de l’attention, à son syndrome d’alcoolisme foetal, à son agoraphobie et à sa phobie sociale, c’est en s’engageant bénévolement dans plusieurs organismes.

Élisapie Sivuarapik: d’intimidée à médaillée de l’Assemblée nationale

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
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Élisapie Sivuarapik ne l’a pas eu facile. En plus d’avoir été victime d’intimidation, la Rimouskoise d’origine inuite souffre d’un trouble du déficit de l’attention, du syndrome d’alcoolisme foetal, d’agoraphobie et de phobie sociale. La femme de 37 ans a réussi à exorciser ses démons en s’engageant bénévolement dans plusieurs organismes. C’est d’ailleurs pour reconnaître son apport dans sa communauté que le député de Rimouski, Harold LeBel, a choisi de lui décerner la médaille de l’Assemblée nationale du Québec.

Née à Montréal d’une mère inuite de Puvirnituk, au Nunavik, Élisapie a été adoptée à l’âge de trois jours par Suzette Kirallah et Bruno Poirier, un couple originaire du Bas-Saint-Laurent qui vivait alors à Gatineau. Si l’homme et la femme ont adopté l’enfant légalement, il a été convenu qu’elle porte le nom de famille de sa mère biologique, soit Sivuarapik. Pour le couple, il était important qu’elle conserve un lien avec sa culture inuite et qu’elle en soit fière. D’ailleurs, la petite Élisapie a eu la chance, dans les six premiers mois de sa vie, que sa mère biologique séjourne chez ses parents adoptifs. Selon Élisapie, sa mère biologique avait déjà cinq autres enfants.

Fière de sa culture inuite

Élisapie a vécu une enfance heureuse, entourée de l’amour de ses parents adoptifs. «Ils étaient très bons avec moi», répète-t-elle souvent au cours de l’entrevue avec Le Soleil. Élevée avec les deux enfants biologiques de Mme Kirallah et de M. Poirier, Élisapie n’a jamais oublié sa culture d’origine. À preuve, son chat s’appelle Nanuk. «Ça veut dire «ours polaire» en inuktitut», précise-t-elle. Le plus drôle, c’est que son chat est noir.

Bien qu’elle n’ait jamais pu revoir ses parents biologiques, elle entretient une relation avec sa mère. Mais, comme Élisapie ne parle pas l’inuktitut et que sa mère ne parle pas le français, les communications sont difficiles. Elle a rencontré deux de ses sœurs biologiques. L’une d’elles, Akinisie Savuarapik, est bien connue pour ses chants de gorge, notamment pour ses interprétations avec l’Orchestre symphonique de Montréal. «Elle l’a appris de ma grand-mère maternelle», indique Élisapie.

Un long calvaire

La fin de son parcours primaire et le début de son secondaire ravivent de douloureux souvenirs. «J’ai vécu beaucoup d’intimidation parce que j’étais différente et que j’étais une personne renfermée, raconte Élisapie. Je n’aimais pas l’école. Il n’y avait pas beaucoup d’aide dans les écoles. Mes parents ne comprenaient pas pourquoi je pleurais. Je ne voulais pas en parler. Je faisais des crises. J’écrivais dans mon journal intime et je parlais de mort. Mes parents, ça les rendait tristes. À cause de ça, je ne réussissais pas bien à l’école. J’ai redoublé ma 4e année. J’avais quand même des amis. On avait une piscine et ils venaient chez nous. Mais, je n’en parlais pas à mes amis.»

Élisapie a décroché de l’école après avoir redoublé à quelques reprises sa 1re année du secondaire. Elle avait 18 ans. En 2007, elle est venue rejoindre ses parents adoptifs qui avaient déménagé à Rimouski. Elle a alors passé un test visant à s’inscrire au Centre de formation Rimouski-Neigette. «J’étais classée présecondaire. J’écrivais beaucoup au son.»

En proie à des crises d’angoisse et à des cauchemars, la jeune femme a consulté un psychiatre. C’est là que les diagnostics sont tombés: agoraphobie, phobie sociale, trouble du déficit de l’attention et syndrome d’alcoolisme foetal.

Sa planche de salut: le bénévolat

Déterminée à s’en sortir, Élisapie s’est inscrite en 2009 à un atelier d’alphabétisation du Centre de lecture, d’écriture et de formations (CLEF) Mitis-Neigette. C’est là qu’une intervenante de l’organisme, Lucille Roy, lui a offert de devenir membre du conseil d’administration. Sensible à la cause des personnes en situation de pauvreté, Élisapie est aussi, depuis 2013, engagée bénévolement au sein de l’Alliance pour la solidarité à Rimouski. Elle contribue également à la concertation régionale s’inscrivant dans le cadre du Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale contre la lutte à la pauvreté.

Elle donne aussi de son temps au chantier sur le transport, au comité AVEC et au comité régional de lutte aux préjugés envers la pauvreté du Bas-Saint-Laurent. En décembre, elle a été porte-parole de la campagne médiatique portant sur la lutte aux préjugés. Depuis 2013, elle participe au Comité pour l’amélioration du transport collectif Rimouski-Neigette. Depuis 2015, elle poursuit son engagement au sein du Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec.

Comme si ce n’était pas assez, Élisapie Sivuarapik est bénévole pour le Salon du livre de Rimouski depuis huit ans. Chaque année, elle s’implique dans la Journée de la jonquille, dont les profits sont versés à la Société canadienne du cancer. Avant que la pandémie ne survienne, elle était bénévole pour la Maison Marie-Élisabeth de Rimouski et pour Moisson Rimouski-Neigette. «Je vais recommencer à être bénévole dans les jardins de la Maison Marie-Élisabeth», projette-t-elle. Ses activités favorites sont la randonnée, la photographie et la peinture.

Si elle apporte beaucoup à la société grâce à tous ses engagements communautaires, elle reçoit aussi énormément, considère-t-elle. «C’est grâce à ça que j’ai une plus grande confiance en moi, que je suis capable de m’exprimer dans les comités, à être moins gênée, à prendre des notes dans les comités. Je commence à fonctionner. La Élisapie de 2007 et la Élisapie d’aujourd’hui, ce n’est pas la même personne.»

C’est pour reconnaître son apport dans sa communauté que le député de Rimouski, Harold LeBel, a choisi de décerner la médaille de l’Assemblée nationale du Québec à Élisapie Sivuarapik.

Douée pour l’écriture

Depuis février 2019, la trentenaire suit des cours de français. Elle est maintenant au niveau de 3e secondaire. La jeune femme a toujours aimé écrire. C’est ce qui l’a d’ailleurs poussée, en 2013, à participer au concours d’écriture «Ma plus belle histoire», organisé par la Fédération des syndicats de l’enseignement. «J’avais été choisie parmi 50 finalistes, dit-elle fièrement. Puis, j’ai gagné le prix provincial.»

Si Élisapie Sivuarapik est fière du chemin parcouru, elle est aussi très reconnaissante du soutien de ses parents adoptifs ainsi que de toutes les personnes qui ont croisé son chemin et qui ont cru en elle. Élisapie rêve d’obtenir un diplôme d’études professionnelles en secrétariat et, par la suite, de travailler au sein d’un organisme communautaire. Son autre rêve est d’aller à Puvirnituk pour y rencontrer sa mère, ses sœurs et ses frères… et pour apprendre le chant de gorge.

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