L’échouement du crevettier «Joneve» met en lumière les lacunes de la Garde côtière dans la région de Rivière-au-Renard, selon des pêcheurs.

Échouage du «Joneve»: la Garde côtière impuissante

RIVIÈRE-AU-RENARD — La Garde côtière n’a pas l’équipement adéquat pour assister la flotte de bateaux de pêche de Rivière-au-­Renard, considèrent les capitaines du secteur. L’échouage du crevettier «Joneve» en fin de semaine en est une nouvelle preuve, estiment-ils.

La Garde côtière base à Rivière-au-Renard son NGCC Cap d’Espoir, une vedette de recherche et de sauvetage de 14,7 mètres. Elle «a l’air d’un maringouin» à côté des crevettiers du secteur, qui font en moyenne 20 à 24 mètres. C’est le capitaine Herman Synnott, pêcheur depuis 60 ans, qui le dit. «C’en est ridicule», renchérit le capitaine du Joneve, Pierrot Dupuis, qui a 49 ans d’expérience en pêche.

Par mauvais temps, samedi, la Garde côtière a refusé par trois fois de sortir de l’abri du port de Rivière-au-Renard pour assister le JD Caroline Kristine, qui remorquait le Joneve, victime d’un bris de gouvernail.

Les câbles de remorquage ont cassé à l’approche du port et le Joneve est allé s’échouer sur les rochers. Il a fallu un hélicoptère de la Défense nationale pour sortir les quatre pêcheurs du bateau, quatre heures plus tard.

«Il n’y a pas eu de pertes de vie. On a été chanceux. Mais il aurait pu y en avoir», dit M. Synnott. 

Vu le peu de force du bateau de la Garde côtière, les pêcheurs sont habitués de se remorquer les uns les autres, indique le capitaine Synnott. Mais samedi, le Cap d’Espoir aurait pu s’accrocher au Joneve par l’arrière pour garantir la manœuvre à l’approche du quai, explique-t-il.

Les pêcheurs de Rivière-au-Renard demandent un bateau plus adéquat à la Garde côtière depuis «facilement 20 ans», mentionne M. Synnott. «Chaque fois qu’un bateau de pêche est en panne, la Garde côtière a toujours un problème de manque de force, de manque de fioul [et donc un manque d’autonomie], ou il y a trop de vent.»

Pas un remorqueur

Le président de la Coopérative des capitaines-propriétaires de la Gaspésie, Vincent Dupuis, insiste sur le fait que les employés de la Garde côtière «ont fait ce qu’ils pouvaient». Cependant, «ils n’avaient pas l’autorisation du bureau-chef de sortir du quai ni l’outil adéquat», ajoute-t-il. «Mon crevettier pèse 300 tonnes. Comment veux-tu remorquer un bateau de 300 tonnes avec un bateau de plaisance?»

La semaine dernière, un autre crevettier a subi un bris de moteur. Le Cap d’Espoir n’est pas sorti non plus parce qu’il «faisait trop rough», rapporte M. Dupuis. Pour que la Garde côtière puisse venir en aide aux pêcheurs, «il faudrait une mer d’huile et qu’on soit rendus au quai», ironise-t-il.

Le Cap d’Espoir est «un excellent navire, mais ce n’est pas un remorqueur. On est là pour faire de la recherche et sauvetage. La météo était difficile, on aurait pu s’échouer», réagit le porte-parole de la Garde côtière, Michel Plamondon. «La priorité était de sortir les pêcheurs de là au plus vite. Il y avait des vagues de 3 à 4 mètres. La Défense nationale était mieux placée pour le faire [par hélicoptère]», ajoute le porte-parole.

«Si tu ne remorques pas et que tu regardes le bateau s’échouer sur les pierres, après, tu vas être obligé de sauver des vies», remarque Vincent Dupuis.

Rivière-au-Renard est le principal port de débarquement au Québec avec jusqu’à 75 bateaux, soit des crevettiers, grands palangriers, pêcheurs de poisson de fond et crabiers.