Olivier Tremblay ne vit que pour le Canadien de Montréal. Son père lui a promis de peindre sa chambre aux couleurs du Tricolore cet été.

Du hockey à l'année pour Olivier

La saison du Canadien est peut-être terminée sur la glace, mais elle ne l'est pas chez la famille Tremblay. Pour tout dire, elle ne finit jamais dans le coeur d'Olivier. Olivier Tremblay est Asperger de haut niveau. Sa vie, c'est le Canadien de Montréal.
«Ils vont la gagner la coupe un jour, j'y crois encore moi!» Debout près de la cuisine, Olivier Tremblay a le regard franc quand il est question de hockey. Le garçon de 11 ans a pris soin de réunir rondelles souvenirs, cartes de hockey et chandails autographiés pour la visite du Soleil. «Il ne vit que pour ça», tranche son père, du bout de la tablée.
Et c'est la vérité. Olivier ne rate pas un match. S'il ne peut l'écouter, il l'enregistre. Il ne porte (ou presque) que des vêtements arborant le fameux «CH». Sa casquette, signée de Tomas Plekanec, elle, ne le quitte jamais. Ce qui l'allume chez le Tricolore? «Tout», répond-il. Le hockey envoûte le jeune depuis qu'il a huit ans. 
«Les Asperger, ils ont des champs d'intérêt circonscrits, lui c'est le hockey», résume François Tremblay. Olivier a reçu un diagnostic d'autisme de haut niveau combiné à un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) en 2012. «On s'en doutait depuis qu'il avait deux ans», poursuit le papa. 
Quand il était enfant, Olivier ne regardait pas les autres dans les yeux, avait de la difficulté à se concentrer et était du type très «verbomoteur», énumère sa mère, Karine Vigneault. Le jeune n'a aucune déficience intellectuelle et a toujours bien réussi à l'école, ce qui a un peu brouillé les pistes à l'heure des pronostics. 
«Olivier, il ne veut pas sortir du rang à l'école. Mais, quand la cloche sonne, c'est une explosion. Il se défoule à la maison», ajoute la maman. Et son énergie, il la dépense grâce au hockey. Depuis un an, il joue dans une équipe pee-wee. «Le soir, je peux passer une heure dans le sous-sol à me pratiquer», souligne le principal intéressé. 
Sa différence lui apporte néanmoins son lot de défis. Il éprouve, entre autres, certains troubles de coordination des mouvements. «Il commence à attacher ses lacets», illustre M. Tremblay. «Olivier, il doit travailler deux fois plus fort.» «J'ai deux buts, 13 passes cette saison», renchérit le garçon, assez satisfait. 
Quand P.K. est parti...
«Le hockey, c'est 12 mois par année», admet Mme Vigneault. «Quand la sirène de la fin de la game sonne et que le Canadien gagne... Voir ses yeux pétillants comme ça, ayoye», ajoute le père. Mais si le hockey lui apporte de grands moments de bonheur, une défaite ou surtout un échange peut totalement le désorganiser. 
«Pour Brandon Prust, il en a pleuré. On l'a calmé, mais il a fallu aller voir son éducatrice à l'hôpital pour qu'elle intervienne le lendemain parce que ça marchait pas», raconte M. Tremblay. «Quand c'est un joueur que j'aime, je vire fou», concède le jeune fan. «Prust, il défendait les joueurs», persiste-t-il à dire. 
Parce qu'Olivier n'a pas peur d'y aller de son analyse personnelle. Desharnais? «C'était un bon échange», dit-il. Therrien? «J'étais content, depuis qu'il avait retiré Price contre les Sharks...» Mais pour P.K. Subban, l'annonce a été très difficile, se souvient sa mère. «C'était la fin de sa vie», lance-t-elle. «C'était un méchant bon joueur», rétorque le petit. 
Il a d'ailleurs «pu faire la paix» avec l'échange qui a soulevé le Québec quand il a rencontré Shea Weber sur la glace du Centre Bell, le 7 avril. Olivier Tremblay a remporté une paire de billets VIP pour le match Canadien-Lightning parce qu'il est membre du Fan Club de l'équipe. «On s'est fait dire qu'il avait une chance sur 50 000 ou 60 000», selon le père. 
C'était la deuxième fois qu'il voyait son équipe favorite en action. La première, c'était pour son anniversaire de neuf ans. «David Desharnais m'a dit bonne fête», se targue-t-il. «Ils ont gagné 4 à 1. Je m'en souviens encore, Brendon Gallagher est arrivé du cercle de mise au jeu et a décoché un tir frappé. C'était un méchant beau but». 
Résilience et ambition 
Le grand rêve d'Olivier est évidemment de graviter un jour autour de la Ligue nationale de hockey. Joueur, commentateur ou thérapeute... Ça lui importe peu. «Je veux être tout, tant que je n'aurai pas atteint mon rêve, je ne vais pas lâcher», assume le jeune, les grands yeux verts bien ronds, convaincu. 
En attendant, Olivier distribue chaque semaine depuis janvier, 364 copies de l'hebdo régional pour payer son inscription à l'École de hockey de la Capitale à Québec, qu'il fréquentera cet été. C'est même lui qui réglera la note pour la location de la maison où tout le clan Tremblay résidera pendant sa semaine rêvée. 
«Je sais qu'il va réussir à travailler dans la Ligue nationale», anticipe M. Tremblay, connaissant la résilience de son fils. «Il faut qu'il fasse ce qu'il aime dans la vie, c'est ce qu'on lui souhaite», renchérit sa mère. Pour l'heure, la famille de Sept-Îles multiplie les efforts pour encadrer le cheminement du cadet. 
La tâche n'est pas toujours simple en région éloignée, assurent les parents, depuis que le jeune n'est plus enfant. Difficile aussi de placer les autistes dans une case précise pour bénéficier d'un programme ou de l'autre, disent-ils. «Ça devient très compliqué. C'est frustrant aussi», illustre Mme Vigneault, qui a ainsi choisi d'être maman au foyer. 
La famille Tremblay sait bien que la différence de leur fils parsèmera sa vie de hauts et de bas. De victoires et de défaites. Comme chez le Canadien de Montréal.