«Il va tous nous manquer», a laissé tomber le maire de Saint-Vianney, Georges Guénard, lors de la séance du conseil municipal en référence au conseiller Anthony Jean.

Drame à Saint-Vianney: «Anthony va tous nous manquer»

SAINT-VIANNEY — L’atmosphère était lourde, lundi soir, lors de la séance du conseil municipal de Saint-Vianney, dans la Matapédia. Le siège numéro 2 était vide: celui qui devait normalement être occupé par le conseiller municipal Anthony Jean, décédé samedi dans un accident de la route avec ses deux fils. L’ambiance était d’autant plus chargée que le disparu était un homme dynamique, qui savait provoquer des fous rires. «Il va tous nous manquer», a laissé tomber le maire.

«On sait qu’on ne fait plus de prière lorsqu’on est en conseil municipal depuis quelques années, a abordé Georges Guénard. Sans faire de prière, on va se lever debout. Le crucifix est là, au-dessus de la porte. On va prendre quelques minutes pour penser à notre collègue de travail.» «Bonne idée», a-t-on pu entendre dans la salle. «On va lui demander de nous donner la force de passer à travers, a continué le maire, visiblement ému. On va lui demander d’éclairer notre route. Anthony était quelqu’un de très dynamique dans la municipalité, qui était généreux de son temps.»

Une seule autre conseillère était aussi absente autour de la table du conseil: sa belle-sœur, Monique Blanchette. «Elle n’était pas capable», indique M. Guénard. Anthony Jean avait nouvellement été élu sans opposition lors des dernières élections du 5 novembre. «Il était très fier d’être élu au conseil», souligne M. Guénard.

L’homme de 46 ans travaillait pour le Centre jardin Bélanger paysagiste d’Amqui. Comme il ne travaillait que l’été, il faisait beaucoup de bénévolat au sein de sa communauté de 460 habitants. Ses engagements étaient multiples. «La patinoire, c’était lui qui s’occupait de ça, mentionne le conseiller Guy Plourde. Il aimait jouer au hockey. Il était toujours là pour l’arroser et la gratter bénévolement. Il s’occupait tellement de la patinoire qu’on se demande qui va s’en occuper maintenant.»

Un grand ami

Pour Yannick Côté, un autre conseiller municipal, Anthony Jean était un grand ami. Depuis deux printemps, il l’aidait à son érablière. «Après ses enfants, ce qui le faisait triper le plus, c’était la cabane à sucre, précise-t-il. C’était tout un personnage! Personne ne pouvait l’haïr.»

À la fin de la réunion du conseil, ses collègues riaient à se remémorer sa bonhomie et son caractère bouffon. «Il avait un surnom pour tout le monde, rigole Georges Guénard, qui lui avait enseigné au Centre de foresterie de Causapscal. Il était drôle et n’arrêtait pas de taquiner les autres. Il appelait les jeunes “les gobettes”. En plus d’être aimé, il était très respecté par les citoyens.» «Il était chum avec les 7 à 77 ans, illustre son collègue Robert Charest. C’était un bon vivant. Il aimait beaucoup les jeux de mots. Ce sont ses mimiques, aussi, qui étaient drôles!»

Par rapport à ce trait de caractère, le maire Guénard n’oubliera jamais sa façon de faire la révérence devant lui et les conseillers municipaux lorsqu’il entrait dans la salle du conseil. Avant la tragédie, M. Jean avait souhaité une plus grande cohésion entre les organismes de Saint-Vianney. «On va réaliser son vœu, assure le maire. Anthony, c’était un rassembleur.»

Le retour en classe du congé des Fêtes risque aussi d’être très difficile, mardi matin, alors que deux élèves manqueront à l’appel. Gabriel devait célébrer ses 12 ans mardi. La Commission scolaire des Monts-et-Marées devrait normalement déployer une équipe de psychologues pour prendre en charge les élèves qui seront affectés par la tragédie. 

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LE DEUXIÈME ENFANT SUCCOMBE À SES BLESSURES

Anthony Jean entouré de ses deux fils, Gabriel et Philippe.

Le plus jeune des fils qui a survécu quelques heures après le terrible accident, Philippe, a succombé à ses blessures, dimanche, après avoir été transporté par avion-ambulance dans un hôpital de Québec.

La collision s’est produite samedi, vers 9h30, lorsque la voiture dans laquelle prenaient place Anthony Jean et ses deux fils, Gabriel et Philippe, a embouti l’arrière d’une déneigeuse. M. Jean et son fils Gabriel sont morts sur le coup. 

À la demande de la mère des deux jeunes victimes, les obsèques d’Anthony Jean et de ses deux garçons, âgés respectivement de 9 et de 11 ans, se tiendront fort probablement à l’église d’Amqui. La date des funérailles n’est pas encore connue.

«Anthony va faire déplacer beaucoup de monde», est persuadé son ami Yannick Côté.