L’œuvre «Aéroplane», création de Marc Leclerc

Deuxième Festival des cordes de bois à Matapédia et sur les Plateaux

SAINT-ALEXIS – Le deuxième Festival des cordes de bois prendra son envol vendredi dans les cinq villages du secteur de Matapédia et des Plateaux, en Gaspésie. Il serait toutefois juste de dire que cet envol est amorcé depuis des semaines puisque les familles, les commerces et les organismes travaillent souvent depuis août à transformer du bois de chauffage en œuvres d’art populaire.

En 2018, le premier festival a surpris tout le monde à Saint-Alexis, Saint-François, Saint-André-de-Restigouche, l’Ascension-de-Patapédia et Matapédia parce que l’affluence a parfois créé des mini-bouchons de circulation aux carrefours des routes rurales de ce secteur s’étalant sur 50 kilomètres de bout en bout.

«Le trafic, les grosses fins de semaine, était d’une intensité qu’on ne voit pas ici. Il y avait souvent deux ou trois autos arrêtées devant une même corde de bois, des gens attendant le groupe précédent pour prendre des photos», précise Sylvie Gallant, l’une des coordonnatrices du festival.

En 2018, les citoyens des cinq villages ont monté 150 œuvres. Ce sont donc souvent des centaines de véhicules par jour qui convergeaient vers le secteur.

Combien y aura-t-il de cordes de bois de vendredi à dimanche? «C’est difficile à dire. Au début, je pensais qu’il n’y en aurait pas autant que l’an passé, mais il en pousse des nouvelles tous les jours. J’en ai découvert 15 nouvelles en fin de semaine. C’est contagieux. Quand il en part une sur une rue, ça part aussi chez les voisins (…) Dans le rang Saint-Benoit, il y en a partout. Tout le monde en fait», ajoute Mme Gallant.

Les organisateurs du festival essaient de convaincre les monteurs de cordes de bois de se limiter au bois de chauffage, de ne pas utiliser trop de clous, de planches et de peinture.

«Mais en même temps, on ne veut pas rabattre la créativité des gens. On a un fermier de l’Ascension qui n’avait pas le temps de faire une œuvre compliquée et il a fait un lance-mouton, avec des pieux et un tas de laine», précise Sylvie Gallant.

Les organisateurs ont même réservé une place pour créer des œuvres à ceux qui ne vivent pas sur les Plateaux ou à Matapédia, au 177 Saint-Benoit, à Saint-Alexis. Samedi à 13h, au parc Adams de Matapédia, il y aura un concours, quelques heures après le «déjeuner des cordeurs». Dimanche, le «déjeuner des gueules de bois» aura lieu à Saint-André. Le programme réserve une bonne place à des spectacles animés par des musiciens locaux.

Dévitalisation

«Certaines personnes se cherchent un sujet, et nous disent que tout a été fait. Je leur réponds que des centaines de peintres dessinent des fleurs et qu’il n’y a jamais eu deux tableaux pareils (…) Je leur dis de penser à quelque chose qu’ils aiment. Une dame est partie en me disant qu’elle aime faire la cuisine et qu’elle montera quelque chose en ce sens. D’autres me disent : «moi, j’ai des idées pour les cinq prochaines années». Le plus beau, c’est quand les gens se mettent ensemble pour aider ceux qui ne pensent pas y arriver tout seuls», raconte Mme Gallant.

La population des cinq villages totalise environ 2100 personnes, alors qu’il y a 50 ou 60 ans, chacun d’eux comptait plus de 1000 personnes ou tout près. Cette dévitalisation a incité un groupe à créer l’organisme Territoires solidaires, et le Festival des cordes de bois découle de ce brassage d’idées.

«Les gens ont du fun à créer ensemble. Il est important que des activités soient prévues dans les cinq villages. Les cinq chorales d’églises veulent chanter ensemble. On n’aurait pas vu ça avant. À Territoires solidaires, on voulait un projet rassembleur, on l’a. On voulait attirer les touristes, on les a. Lors des Jeux des 50 ans et plus au printemps, il fallait trouver des bénévoles. Ça a été une «peanut». On peut dire qu’il y a un «avant» et un «après» les cordes de bois. Maintenant, on est sur la mappe. Les gens viennent voir la Route des belvédères et les cordes de bois», dit Mme Gallant.

Quelques commanditaires

L’événement est organisé avec quelques milliers de dollars venant de commanditaires, puisqu’il n’est pas admissible à des subventions, étant trop récent. Ses organisateurs comptent bien le garder longtemps.

«Les cordes de bois resteront en place jusqu’à la neige, donc pendant plusieurs semaines encore. À long terme, nous avons encore bien des idées, comme approcher les groupes organisant des voyages d’autobus et les inciter à arrêter ici. Les effets positifs pour nos communautés sont visibles. Les clochers (d’églises, symboles de rivalité) ont baissé d’au moins 15 pieds», conclut Sylvie Gallant