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La rivière Bonaventure
La rivière Bonaventure

Des pêcheurs de saumons veulent limiter l'accès des amateurs de plein air à une rivière gaspésienne 

Gilles Gagné
Gilles Gagné
Collaboration spéciale
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Les prochaines semaines promettent d’être actives pour les gens intéressés au sort de la rivière Bonaventure, alors que pêcheurs de saumon et usagers à d’autres fins récréatives sont engagés dans une partie de bras de fer visant à définir l’avenir, et une possible tarification pour des activités gratuites sur ce cours d’eau d’une limpidité unique.

Les propriétaires riverains semblent un peu pris entre les deux groupes principaux alimentant le débat montant depuis décembre. Des propriétaires pêchent le saumon alors que d’autres veulent un accès à la rivière dans le but de satisfaire des besoins récréatifs différents, quiétude incluse.

D’une part, les pêcheurs de saumon, majoritairement regroupés dans un mouvement coordonné par la ZEC de la rivière Bonaventure, trouvent qu’il s’y trouve trop de monde, alors que les canoteurs, kayakistes et baigneurs veulent généralement y conserver leur accès.

L’engouement notoire des Québécois pour la Gaspésie et ses activités de plein air lors de l’été 2020 a causé des débordements en maints endroits, et la direction de la ZEC de la rivière Bonaventure opine que le cours d’eau, dont le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs lui a confié l’exploitation, constitue l’un de ces lieux.

« Lors de notre dernière réunion, le Conseil de l’eau (Gaspésie-sud) a émis un avis de dégradation de la qualité et de la limpidité de la rivière. Sur les berges, on peut voir beaucoup de modifications et il y a des signes visuels de déchets (…) La seule rivière qui n’a pas eu de hausse importante de montaison de saumons depuis quelques années, c’est la rivière Bonaventure », signale André Hébert, président de cette ZEC.

L’émergence d’un Plan de développement des activités récréatives, le PDAR, dans lequel la ZEC de la rivière Bonaventure contrôlerait l’accès de tous les utilisateurs, moyennant des frais quotidiens ou saisonniers, comme pour les pêcheurs de saumon, a lancé le débat actuel. Il y a eu d’autres débats dans l’histoire, surtout juste avant et depuis ce qui a été appelé le « déclubage » des rivières à saumon, à la fin des années 1970.

La firme Cime Aventures défend les canoteurs, les kayakistes et des gens revendiquant un accès plus ouvert à la rivière. Cime offre des services d’hébergement et organise des activités de descente de rivière depuis 1989. Elle emploie 70 personnes. Sa directrice générale, Élodie Brideau, croit que la ZEC de la rivière Bonaventure veut ramener la population locale quelques décennies en arrière.

« Ils veulent diminuer l’accès à la population pour donner l’accès aux pêcheurs. Le but, c’est ça (…) Ça fait des années qu’on négocie avec eux, à la ZEC, et c’est déplaisant, pour les deux côtés. On veut notamment que les toilettes servent pour les humains autres que les pêcheurs de saumon. Ce serait normal; elles ont été payées avec des fonds publics! Ils ne veulent rien savoir. Cime a des toilettes sur des terres publiques le long de la rivière, et elles sont gérées par bail. C’est un an de démarches pour y arriver de notre côté (…) La ZEC a utilisé beaucoup de machination pour tenter de faire passer le PDAR. Le but consiste à reprivatiser la rivière en excluant les gens », note-t-elle.

Retourner à la privatisation ou une accentuation de la privatisation de la rivière constituerait une chose inacceptable pour Élodie Brideau, considérant la lutte citoyenne pour convaincre le gouvernement du Québec de ne plus confier les rivières à des clubs privés, comme c’était le cas avant 1977-1978.

Le 17 mars, voyant l’allure qu’allait prendre le Plan de développement des activités récréatives et la sous-représentation de groupes d’usagers sur le comité multipartite préparant ce PDAR, Cime a claqué la porte, trois mois après le début des discussions.

Élodie Brideau prend une autre stratégie pour faire valoir son point. Elle encourage les usagers de la rivière à devenir membres de la ZEC de la rivière Bonaventure d’ici le 11 avril, afin de pouvoir voter à l’assemblée générale de l’organisme, le 27 avril. Les gens doivent s’inscrire avant le 24 avril pour participer à cette assemblée.

Madame Brideau a également demandé un avis légal afin de connaître les droits de Cime Aventures sur la rivière Bonaventure en matière de juridiction des gouvernements fédéral et québécois. Ce cours d’eau est considéré comme une voie navigable par Ottawa.

« Ça fait 20 ans que CIME aurait pu se prévaloir du droit de naviguer, selon l’avis légal. Ça tient sur 40 pages de documents. On aurait pu faire abstraction complète de la ZEC. Ça fait 20 ans qu’on est assis avec eux à chaque année pour s’entendre. Les pêcheurs ne sont jamais contents. Ils ont un idéal qui remonte au temps où les gens ne profitaient pas de la nature, » dit-elle.

Élodie Brideau assure que les dirigeants de la ZEC auraient été mieux avisés de réduire leurs ambitions et de tenir compte des concessions déjà consenties par Cime Aventures.

« Depuis trois ans, on a diminué notre temps d’utilisation de la rivière de 40%. On a demandé à la ZEC de passer le message aux pêcheurs, à l’effet de cesser temporairement leur activité quand des canoteurs passent, plutôt que de forcer les canoteurs à les contourner, ce qui est plus compliqué pour des débutants (…) Ça fait trois ans que ce message n’est pas transmis, excepté en petits caractères sur le verso de leur facture. Aussi, Cime est souvent pointée du doigt pour des excursionnistes qui n’utilisent pas nos services, et qui arrivent sur la rivière après avoir consulté Google Map. Nous pourrions prendre en charge la supervision de ces gens-là », dit-elle.

Elle déplore enfin que la ZEC se soit retirée d’une étude amorcée par le Centre d’initiation à la recherche appliquée en développement durable, le CIRADD, visant notamment à déterminer la capacité de support social de la rivière Bonaventure. « Quand, en septembre, les derniers résultats ont été présentés, et comme la ZEC ne voyait pas ses conclusions, ils se sont retirés ».

LA RIVIÈRE DÉBORDE, DIT LE PRÉSIDENT DE LA ZEC

Le président de la ZEC de la rivière Bonaventure, André Hébert précise que son organisme demande un meilleur encadrement des activités récréatives autres que la pêche au saumon, notamment le canotage, la baignade et le camping libre, comme il y en a eu passablement dans les secteurs plus hauts du cours d’eau en 2020.

Dans le plan soumis au ministère de la Forêt de la Faune et des Parcs, les usagers de Cime Aventures ou les excursionnistes autonomes auraient droit à un total quotidien de 150 embarcations par jour. Si le ministère approuve ce plan, il s’agirait d’une réduction de 42,3% pendant la haute saison, alors que 260 embarcations étaient permises en 2020. Pour la basse saison, la baisse s’établirait à 28,6%, considérant que 210 embarcations étaient permises quotidiennement l’an passé, selon les chiffres de la ZEC.

André Hébert croit que ce plan, le PDAR, confère une « place de privilège à Cime Aventure, parce qu’elle pourra accueillir autant de personnes que (la ZEC pour) les pêcheurs de saumon. Ce qui restera comme (excursionnistes) autonomes » sera aussi dirigé chez Cime Aventures, dit-il.

André Hébert rappelle que l’assemblée générale annuelle du 27 avril ne donnera pas l’occasion aux membres de voter sur le PDAR mais sur la perception de frais d’enregistrement des visiteurs.

Les baigneurs conserveront le droit de faire trempette gratuitement dans la rivière, mais il y aura « une interdiction de baignade sur quelques fosses de rétention du saumon », dit-il.

Selon la tarification proposée par la ZEC de la rivière Bonaventure, le coût d’accès quotidien pour le canotage s’établirait à 12$ par personne, et le laisser-passer saisonnier pour une famille coûterait 60$.