Lisette Langlois a été reconnue coupable de 20 manquements par la Commission municipale du Québec.
Lisette Langlois a été reconnue coupable de 20 manquements par la Commission municipale du Québec.

Des conseillers de Chandler veulent que la mairesse paie ses frais d’avocat

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
La mairesse de Chandler, Louisette Langlois, pourrait se retrouver avec une facture de plus de 100 000 $. Plusieurs conseillers municipaux comptent lui refiler la note de ses frais d’avocat «s’ils en ont l’opportunité», advenant que la Commission municipale du Québec concluait qu’elle était consciente qu’elle commettait des manquements, notamment en intervenant à plusieurs reprises dans des dossiers de plaintes de harcèlement psychologique la concernant.

Un peu plus d’une semaine après avoir été reconnue coupable de 20 manquements par la Commission municipale du Québec (CMQ), la mairesse de Chandler a soumis une facture d’avocat de 46 500 $ au conseil municipal, lors de la séance de lundi. Au total, c’est près de 106 000 $ qui a été approuvé par le conseil depuis le début des procédures, somme qui pourraient être réclamée à Mme Langlois par le conseil municipal à la suite du dépôt du jugement de la CMQ.

«La municipalité est obligée de payer la facture si la mairesse est reconnue non-coupable ou si elle prouve que les gestes n’ont pas été faits de mauvaise foi ou en connaissance de cause, explique le conseiller de Newport et maire suppléant, Bruno-Pierre Godbout. Or, Mme Langlois a été reconnue coupable et savait qu’elle n’aurait pas dû assister et voter à cette réunion [à propos des plaintes la concernant]. Le procureur de la ville l’a avisé qu’elle ne devrait pas y assister et elle l'a fait quand même!» s’indigne le conseiller. Plusieurs autres conseillers ont aussi noté vouloir refiler la facture à la mairesse «s’ils en ont l’opportunité».

Si la juge Bilodeau, qui devrait rendre son jugement final au cours des prochaines semaines, conclut que Mme Langlois était avisée et savait qu’elle commettait des manquements, le conseil municipal pourrait entamer des procédures afin d’obtenir le remboursement des frais d’avocat de la mairesse, totalisant pour l’instant 106 000 $. Le budget annuel de la ville de Chandler est d’environ 12 millions $.

«Où est-ce qu’on va prendre cet argent-là? Il y a deux choix : soit on pige dans le surplus qu’on a réussi à accumuler, soit on monte les taxes», lance M. Godbout, visiblement furieux. «Elle est au courant qu’on n’a pas l’intention de payer, on l’a avisé dès le début des procédures», ajoute-t-il.

«Des gens veulent ma tête»

Questionnée sur le processus qui devrait se conclure dans les prochaines semaines, la mairesse de Chandler a mentionné voir cette procédure comme «personnelle». «Je suis la première femme à la tête de Chandler depuis 100 ans, je pense que ça a quelque chose à voir», note-t-elle, avant d’ajouter que «depuis son arrivée, des gens veulent sa tête.»

Mme Langlois est aussi d’avis que les frais d’avocats sont «énormes», mais ne craint pas devoir payer la note, même si la juge Bilodeau concluait qu’elle savait qu’elle commettait des manquements lors des événements. «Tout ça va tomber. Il y a de la jurisprudence. Personne ne se présenterait si les élus n’avaient pas des protections quand ils sont attaqués», explique la mairesse.

Conflit d’intérêts et non-respect du secret professionnel

Le 4 septembre dernier, Louisette Langlois était reconnue coupable de 20 des 21 manquements qui lui étaient reprochés par la juge administrative Sandra Bilodeau au terme des audiences de la CMQ, où Mme Langlois a décidé de ne pas témoigner. La mairesse devait entre autres répondre à des accusations de conflit d'intérêts et de divulgation d’informations confidentielles.

En mars 2019, Mme Langlois avait annoncé son intention et a voté contre deux résolutions concernant la signature d’ententes en lien avec des plaintes de harcèlement psychologique provenant de deux cadres de la municipalité. Elle a par la suite refusé de signer le procès verbal de la rencontre et a utilisé son droit de veto pour rejeter les ententes, obtenues à la suite de conciliation avec la CNESST. Celles-ci ont donc été représentées au conseil municipal suivant, en avril, où la mairesse s’est encore une fois opposée à leur adoption, se plaçant en situation de conflit d’intérêts.

«Étant visée par les deux plaintes, vous deviez agir objectivement en ne prenant pas part aux décisions et en ne faisant pas obstruction à l’adoption des résolutions par votre refus de signature du procès-verbal», écrit la juge Bilodeau dans l’avis de sanction remis à la mairesse, dont Le Soleil a obtenu copie.

Le conseiller municipal du secteur Newport, Bruno-Pierre Godbout

En octobre, Mme Langlois a voté contre une résolution visant à lever le secret professionnel de l’avocat de la municipalité sur certains dossiers la concernant, afin de collaborer avec la CMQ. En votant et en prenant part aux discussions, la mairesse s’est placée en situation de conflit d'intérêts, conclut la juge.

Dans l’avis de sanction, cette dernière reproche aussi à Louisette Langlois d’avoir «divulgué abusivement des informations confidentielles à plusieurs reprises», notamment en partageant les noms et les postes des cadres ayant porté plainte contre elle à des citoyens.

+

Mme Langlois, qui a déjà été sanctionnée à deux reprises par la CMQ pour des manquements survenus en 2012 et 2014, devrait être de passage devant la commission, jeudi matin, à Québec, afin de plaider lors de l’audience sur sanctions. Questionné à savoir si elle croyait que sa sentence serait exemplaire, comme c’est la troisième fois que la CMQ la blâme, la mairesse s’est contenté de répondre «sûrement».

À la tête de la deuxième plus grande ville de la Gaspésie depuis 2009, Louisette Langlois a plaidé non coupable lors du début des procédures, en juillet.