Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs constate une augmentation importante du nombre de coyotes de l’Est, surtout au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et en Estrie.

Coyotes et corneilles : une menace grandissante

MATANE — Il n’est plus anecdotique de voir des coyotes rôdant autour des bâtiments agricoles. Les canidés s’approchent des tracteurs et ne semblent plus être effrayés par l’humain. Pire encore, leur présence est signalée de plus en plus près des habitations, en plein coeur des villes et des villages. Pour les producteurs de bovins, de nouveaux prédateurs s’ajoutent: les corneilles qui s’en prennent aux veaux vivants.

Selon le président du Syndicat des producteurs de bovins du Bas-Saint-Laurent, Daniel Reichenbach, de plus en plus de ses membres parlent de ces prédateurs qui occasionnent des pertes financières à leur entreprise. L’agriculteur constate que de plus en plus de coyotes rôdent près de ses bâtiments. «J’en ai déjà vu trois ou quatre autour des bâtisses, raconte-t-il. Au champ, avec les tracteurs, ils n’ont pas peur, même si on est proches. L’été, la nuit, quand les fenêtres sont ouvertes, on les entend aboyer.»

Le copropriétaire du Ranch Danclau de Saint-Ulric, en Matanie, estime qu’il perd deux ou trois bêtes chaque année à cause des coyotes. Il évalue les pertes financières annuelles à quelque 3000 $. 

Le producteur de bovins René Matter, de Saint-Damase, dans la Matapédia, en sait aussi quelque chose. Le printemps dernier, le copropriétaire de la ferme bovine Au Reflet des Vosges a découvert un veau au pâturage dont il ne restait que la tête, la peau et les os. «Un dépeceur n’aurait pas fait mieux», compare-t-il.

D’après le bilan provincial sur l’exploitation du coyote de l’Est (2014-2015) réalisé à partir des récoltes découlant du piégeage et de la chasse, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs constate une augmentation importante, surtout au Bas-Saint-Laurent, en Gaspésie et en Estrie, notamment à cause de l’absence de loups et des nombreux avantages que lui procurent les habitats agroforestiers. 

«Comme la récolte de cette espèce a subi une croissance importante depuis 1970, on présume que le coyote est abondant dans le sud de la province et en croissance dans le nord, explique le biologiste du Ministère, Emmanuel Dalpé-Charron. Dans la forêt boréale, l’espèce est moins commune alors que le loup gris, un compétiteur plus efficace, prédomine dans ce type d’habitat.»

Des oiseaux féroces

Depuis quelques années, un nouveau phénomène est devenu un véritable fléau pour plusieurs producteurs de bovins du Bas-Saint-Laurent : les corneilles qui harcèlent les jeunes veaux en leur crevant les yeux et en leur piquant les narines, la langue et l’anus. 

René Matter en a long à dire sur cette véritable calamité. «L’an dernier, j’en ai trois qui ont passé à la casserole, illustre-t-il. Si la bête n’est pas en super forme, les corneilles lui bouffent les yeux.» Daniel Reichenbach est aux prises avec le même problème. «Elles crèvent les yeux des veaux et mangent la vulve et l’anus des vaches, décrit-il avec dédain. Une fois, elles avaient fait un trou de 3 à 4 pouces. On voyait les intestins. Quand elles ont goûté à ça, elles reviennent. Un jour, j’avais mis un petit veau dans une cage et elles tentaient de le «picosser»!» 

Le biologiste du ministère de la Faune n’a jamais entendu parler de corneilles qui attaquent des veaux vivants. «Le Ministère n’a pas de cas rapportés à ce sujet, indique Emmanuel Dalpé-Charron. Ce comportement est inhabituel et n’a pas été soulevé dans d’autres régions. 

S’il y a des citoyens, au Québec, qui observent ce genre d’attaques sur du bétail vivant, nous les invitons à documenter leurs observations par des vidéos ou des photographies et à les transmettre au Ministère.» Par ailleurs, le porte-parole du Ministère indique que la chasse à la corneille est autorisée dix mois par année, soit du 1er juillet au 30 avril.

Récolte de loups et de coyotes au Québec (1917-2013)

Des coyotes en milieu résidentiel

Des cas de coyotes qui se promènent dans les milieux résidentiels sont de plus en plus rapportés. À tous les deux ou trois jours, le printemps passé, Sylvie Prégent a reçu la visite d’un coyote autour de chez elle, en plein centre du village de Saint-Ulric. 

Elle se demande même s’il ne s’agissait pas d’un coyloup, cette hybridation entre le coyote et le loup. «Il était énorme, décrit-elle. Il m’arrivait à la hanche. Il avait l’air affamé. Il traquait mon chat de façon incroyable. Je courrais après en claquant sur un chaudron, mais il n’avait pas peur. Il était relax. Il se couchait dans la cour de mon voisin.»

Récemment, Guylaine Landry de Saint-Damase a eu une bonne frousse lorsqu’elle a fait la rencontre d’un coyote. «En prenant une marche sur la route 297, à la sortie du village, il est traversé en avant de moi, raconte-t-elle. Il en traverse souvent là.»

René Matter perd en moyenne trois veaux par année à cause des coyotes et des corneilles.