Christian Boudreau et la chercheuse Francesca Cicchetti ont respectivement couru 5 et 21 kilomètres pour amasser des fonds pour la recherche sur la maladie de Parkinson.

Courir pour affronter le Parkinson

Le 4 juin, Christian Boudreau, de Carleton, a couru cinq kilomètres en 30 minutes et 44 secondes lors du Marathon de la Baie des Chaleurs. Ses huit ans de combat contre la maladie de Parkinson n'ont pas semblé trop le déranger.
Pourtant, pour arriver à courir cette distance, M. Boudreau, qui n'a que 47 ans, s'est entraîné très fort, souvent sous supervision. Il est constamment, mis à part quelques heures de sommeil, à l'écoute de son corps, mais pas nécessairement dans le sens où le monde l'entend.
«Sans exercice, je serais dans un centre d'hébergement présentement. Quelqu'un qui abandonne l'exercice périclite», résume l'avocat, qui a cessé de pratiquer en 2015 à Rimouski, à cause de la maladie.
«Écouter son corps» pour lui signifie se lancer dans l'exercice quand il sent une torpeur ou une rigidité musculaire qu'il peut combattre.
«Il y a toujours deux forces, le yin et le yang, une qui te dit que tu dois te reposer, l'autre qui te dit que tu dois bouger. Je choisis de bouger si je suis capable, et grâce aux médicaments, qui compensent la carence en mélatonine venant de la maladie de Parkinson. Mais certains jours, je ne suis pas capable de bouger, ou je suis en béquilles», explique M. Boudreau.
Sportif depuis sa tendre enfance, il avait une autre bonne raison de courir pour une cinquième année de suite au marathon de Carleton. Ses amis de la promotion de 1986 de l'école secondaire Antoine-Bernard avaient décidé d'amasser des fonds pour la recherche sur Parkinson.
«Je visais 5000 $. Ils ont amassé 15 000 $», dit-il, fort touché.
«L'esprit des Gaspésiens»
La chercheuse Francesca Cicchetti, de l'Université Laval, a également été touchée par cette campagne de financement dont le fruit est acheminé à son équipe. Elle est venue courir 21 kilomètres, un demi marathon, rien de moins, à Carleton.
«Je n'ai jamais rien vécu de pareil. J'ai découvert l'esprit des Gaspésiens. Christian m'avait dit que ça ressemble à une famille italienne. Il avait raison. J'avais emmené mes parents. Je suis revenue à Québec pleine d'énergie», dit-elle.
Il est plutôt rare que des spécialistes en recherche fondamentale comme elle soient en contact avec des «parkinsoniens», des gens atteints de la maladie qui parlent avant tout à des cliniciens.
«Christian et d'autres parkinsoniens sont venus parler à notre équipe et aux étudiants. Plusieurs chercheurs ne sont malheureusement jamais en contact avec des malades. J'insiste pour rester en contact avec eux, pour mettre des visages sur la maladie. Ça motive. C'est en groupe, les cliniques et les laboratoires, que nous trouverons des solutions», assure-t-elle.
Cette attitude de Mme Cicchetti «explique le lien amical que nous avons», souligne Christian Boudreau. Tous deux courront pour la même cause à Rimouski le 1er octobre.
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De l'espoir pour Christian
Christian Boudreau a vu que ça clochait en réalisant en 2009 qu'il lui fallait 40 minutes pour enfiler son équipement de hockey, à cause d'une perte de motricité fine, et que son bras restait avec le coude fléchi quand il rentrait de pelleter la patinoire de ses enfants.
«Mon médecin de famille m'a dit que c'était Parkinson ou la sclérose en plaques», dit-il. C'était Parkinson, une maladie neurodégénérative marquée par une réduction du niveau de dopamine dans le cerveau. Le nombre de neurones fonctionnels diminue, ce qui entraîne des mouvements ralentis, des tremblements et éventuellement des problèmes cognitifs.
M. Boudreau attribue la précocité de sa maladie - elle apparaît surtout après 60 ans - à plusieurs facteurs. «Carleton est un milieu naturel, mais en face, au Nouveau-Brunswick ou à l'est, à New Richmond, il y a eu des usines polluantes. J'ai eu des opérations et l'anesthésie affecte le cerveau. En sport, j'ai toujours été intense, en vélo et au hockey. J'en ai eu des petites commotions cérébrales. Comme Tintin dans les livres, j'ai vu des étoiles.»
En plus d'une perte de motricité fine, il s'est mis à marcher penché vers l'avant, et à souffrir de rigidité musculaire. «J'ai dû réapprendre à marcher, à me lever, à manger, à me tenir debout.»
Vaincre la maladie
Francesca Cicchetti croit qu'il y aura moyen de vaincre Parkinson avant longtemps, notamment en raison d'une découverte de 2008, où on a rapporté la présence de corps de Lewy, des plaques caractérisées par une quantité importante de la protéine alpha-synucléine, dans des cellules saines transplantées dans le cerveau des patients parkinsoniens. «Cette protéine est capable d'infecter les cellules voisines. Elle se comporte comme un virus.»
Des plaques similaires aux corps de Lewy sont aussi présentes dans le cerveau de gens atteints des maladies de Huntington et d'Alzheimer. Cette particularité signifie par la bande qu'un nombre plus élevé de chercheurs travaillent sur des solutions.
«On peut maintenant transformer des cellules de peau en neurones. Cette découverte a d'ailleurs été soulignée par le prix Nobel de médicine en 2012. La génétique offre aussi d'immenses possibilités. Par la thérapie génique, il serait possible de réintroduire des gènes thérapeutiques dans les cellules défectueuses. Je pense que nous sommes à la portée de nouveaux traitements», souligne Mme Cicchetti.