L’Apollo ne deviendra finalement pas un récif artificiel pour plongeurs à Godbout. Le rafiot vient d’être acheté pour 1 $ par un ferrailleur du Nouveau-Brunswick. 
L’Apollo ne deviendra finalement pas un récif artificiel pour plongeurs à Godbout. Le rafiot vient d’être acheté pour 1 $ par un ferrailleur du Nouveau-Brunswick. 

Côte-Nord: le projet de faire de l’Apollo un récif artificiel coule à pic

Steeve Paradis
Steeve Paradis
Collaboration spéciale
BAIE-COMEAU – Le rêve du maire de Godbout, sur la Côte-Nord, de faire de l’ex-traversier Apollo un récif artificiel pour attirer les plongeurs dans son village, s’est écroulé. Le projet s’avère beaucoup plus onéreux que prévu et personne ne veut avancer l’argent nécessaire pour le mener à bon port.

Ainsi, l’Apollo a été vendu pour 1 $ à un ferrailleur du Nouveau-Brunswick, Dalhousie Marine Recyclers NB, qui doit partir avec le bateau au plus tard le 2 novembre des installations du Groupe Océan du bassin Louise, à Québec, là où il se trouve depuis cet été.

«On y a mis des efforts, on y a mis beaucoup d’heures, on avait des idées. On a tout essayé, mais ça n’a pas marché», a déclaré le maire, Jean-Yves Bouffard. «Les coûts ont grimpé énormément, ce n’était plus possible d’aller plus loin, et la COVID ne nous a pas aidés non plus.» Les quelque 150 000 $ qui restent dans les coffres de la société serviront à payer une partie du remorquage jusqu’à Dalhousie, le reste étant à la charge du repreneur.

En septembre 2019, quand la société Apollo de Godbout est devenue propriétaire du rafiot, elle a reçu un peu plus de 2 M$ de la Société des traversiers du Québec (STQ) pour la concrétisation du projet de récif. La somme s’est toutefois avérée nettement insuffisante.

En effet, après avoir réalisé moins du tiers des travaux de préparation du navire, le Groupe Océan avait déjà facturé 1,7 M$. La découverte d’amiante a tout chamboulé. «On n’avait pas les plans, la STQ n’avait pas les plans après l’achat de l’Apollo. En fait, personne n’avait les plans et l’amiante a représenté un très gros problème. C’est là que ça a commencé à foirer», a confié le maire Bouffard.

Selon ce dernier, la Société Apollo a tenté d’obtenir des sous du ministère des Transports et aussi de l’enveloppe dévolue au ministre responsable de la Côte-Nord, Jonatan Julien. Elle n’a pas eu de réponse. Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a pour sa part donné signe de vie au groupe, mais la démarche n’a pas été plus fructueuse. «Et la STQ n’a rien voulu savoir de nous, mais ça, on le savait», d’enchaîner l’édile.

Avec l’ultimatum du Groupe Océan, qui veut voir partir le navire avant le 2 novembre, la Société Apollo s’est donc retrouvée le bec à l’eau. «On a appris une bonne leçon», de lancer Jean-Yves Bouffard, convenant au passage «qu’on n’avait pas d’expertise pour négocier quelque chose dans le domaine maritime».

On se rappellera que la STQ avait acquis l’Apollo du précédent propriétaire terre-neuvien au coût de 2,1 M$ en janvier 2019. Le traversier, vieux de 50 ans, aura été en opération entre Matane et la Côte-Nord en remplacement du F.-A.-Gauthier durant seulement 17 jours. Il aura aussi réussi «l’exploit», durant son court service, de heurter le quai de Matane et celui de Godbout.

«Notre idée a coûté 2 millions au gouvernement, mais ça aurait coûté plus cher de faire démanteler le bateau en Ontario. Notre projet n’a pas marché, mais au moins, ça aura coûté moins cher aux contribuables québécois», a fait valoir M. Bouffard.

Le maire du petit village de 250 résidents refuse toutefois d’abandonner l’idée de trouver une idée qui attirera le touriste à Godbout. Il dit regarder à un autre projet, soumis par un membre de la Société Apollo, projet qui serait encore dans le domaine de la plongée sous-marine. Il refuse toutefois d’en dévoiler plus pour l’instant. Chat échaudé craint l’eau froide, pourrait-on dire…