Selon le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le Dr Sylvain Leduc, le passage de la région au code orange (alerte modérée) s’explique par l’augmentation de plus de 250 cas depuis le début du mois.
Selon le directeur de la santé publique du Bas-Saint-Laurent, le Dr Sylvain Leduc, le passage de la région au code orange (alerte modérée) s’explique par l’augmentation de plus de 250 cas depuis le début du mois.

Code orange au Bas-Saint-Laurent: la COVID-19 touche surtout des aînés et des travailleurs de la santé

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
Dès minuit mercredi, le Bas-Saint-Laurent passera au code orange (alerte modérée) du système d’alertes régionales de la COVID-19. Cette décision gouvernementale s’explique par l’augmentation de plus de 250 cas depuis le début du mois. «Les cas de COVID-19 se sont poursuivis et touchent non plus maintenant des jeunes qui ont fait la fête, mais du personnel de la santé et des gens de résidences pour personnes âgées, ce qui fait que nous sommes dans une situation qui est précaire», précise le directeur régional de la santé publique, Sylvain Leduc.

Géographiquement situé entre Chaudière-Appalaches qui est passée au rouge et la Gaspésie qui connaît, depuis quelques jours, une montée des cas assez importante, le Bas-Saint-Laurent est dans une situation que le DLeduc qualifie de fragile.

Parmi les récents cas dans la région, notons deux éclosions à Rivière-du-Loup. L’une a été confirmée mardi après un troisième résultat positif au coronavirus à la Résidence le Havre La Fontaine. L’autre se situe dans une unité du Centre hospitalier régional du Grand Portage, qui compte six personnes infectées, soit quatre employés et deux patients. Le Dr Leduc indique aussi que plusieurs résidences pour aînés sont sous surveillance et qu’il est solidaire du gouvernement dans sa décision de placer le Bas-Saint-Laurent au palier orange. «Je pense qu’en étant dans la zone orange, ça nous permet de faire une mobilisation des troupes plus efficaces.»

Nouvelles restrictions

Le médecin a rappelé qu’il y a quelques jours, il essayait encore de convaincre sa population que les rassemblements de plus de dix personnes provenant de plus de trois foyers étaient interdits. «On essayait, tant bien que mal, de transmettre ce message-là. Force est de constater que certains l’ont appliqué, d’autres beaucoup moins. Aujourd’hui, en palier orange, ce sont six personnes par résidence provenant au maximum de deux foyers. Si l’on veut atténuer la propagation et les conséquences de la COVID-19 dans le Bas-Saint-Laurent, il faut diminuer toutes les sortes de rassemblement.»

Les rassemblements publics passent maintenant à 25 personnes. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils «ont le droit de se donner la main et des «colleux»», a souligné le Dr Leduc. Les restaurants et les bars demeurent ouverts. Cependant, la vente d’alcool sera proscrite après 23h.

Les mesures sont rehaussées dans les CHSLD et dans les résidences pour personnes âgées. «Seuls les visites humanitaires nécessaires ou les proches aidants significatifs sont maintenant admis», spécifie Sylvain Leduc. Il demande aussi aux gens d’éviter autant que possible les déplacements entre les régions.

«Ce qu’on souhaite par cet ensemble de mesures, c’est de diminuer la transmission communautaire pour faire en sorte qu’on n’ait pas à fermer des commerces, qu’on n’ait pas non plus à empêcher les enfants d’aller à l’école», explique le Dr Leduc.

Inquiétude pour la chasse et une manifestation

Avec l’ouverture de la chasse, le directeur régional de la santé publique rappelle aux chasseurs que les mêmes règles s’appliquent. Par conséquent, il n’est pas recommandé que les chasseurs dorment et partagent un même lieu. «Comment peuvent-ils avoir l’assurance totale que les gens avec qui ils vont aller chasser et partager des espaces communs n’ont pas eux-mêmes la COVID? interroge-t-il. Comment vont-ils s’assurer qu’à leur retour, ils ne la transmettent pas à leur famille et à leurs collègues de travail?»

Sylvain Leduc exprime une inquiétude entourant la manifestation pour la fin de l’urgence sanitaire prévue à Rimouski samedi, où plusieurs personnes devraient provenir de l’extérieur, dont certains de zones rouges. «Cette manifestation-là est non opportune et mal avisée.»

Il précise être en «échange intense» avec la Sûreté du Québec et le ministère de la Sécurité publique. «Mon inquiétude n’est pas tant pendant que les gens sont dehors sur place. C’est après la manifestation, quand ces gens repartent dans les commerces de la région et qu’ils mettent en péril la sécurité et la santé de nos commerçants, surtout s’ils appliquent la désobéissance civile, comme de ne pas porter le couvre-visage. Ils vont circuler un peu partout. Qui travaillent dans les épiceries, dans les grandes surfaces, dans les restaurants? Nos enfants, nos parents, nos proches. C’est la population du Bas-Saint-Laurent qui fréquente ces milieux-là. Cette manifestation-là rencontre absolument tous les objectifs inverses de ce qu’on essaie de faire! Il va falloir que la Sûreté du Québec supporte nos commerçants. Le choix des moyens appartient au ministère de la Sécurité publique.»

Six nouveaux cas

Six nouveaux cas se sont ajoutés au bilan de la région. Ceux-ci proviennent principalement de la MRC de Rivière-du-Loup. Le bilan total depuis le début de la pandémie s’établit à 328 cas, dont 253 sont rétablis et trois personnes sont hospitalisées. Le Bas-Saint-Laurent compte trois décès liés au virus. Dans la journée de lundi, 651 tests de dépistage ont été réalisés sur l’ensemble du territoire.

Outre les éclosions à la Résidence le Havre La Fontaine et à l’hôpital de Rivière-du-Loup, la clinique d’ophtalmologie du Centre hospitalier régional de Rimouski fait l’objet d’une surveillance de la part du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) du Bas-Saint-Laurent, après qu’un employé ait reçu un résultat positif à la COVID-19. Les activités de la clinique sont suspendues jusqu’au 5 octobre et les opérations ophtalmiques sont reportées après le 13 octobre. La garde pour les urgences est cependant maintenue. «Un comité de gestion en prévention et contrôle des infections (PCI) a été mis en place et les équipes de PCI sont présentes dans l’installation, souligne la conseillère aux relations avec les médias du CISSS, Ariane Doucet-Michaud. Bien que le risque soit faible, un dépistage préventif est en cours auprès des travailleurs de la clinique et des usagers. Tous les autres services de l’hôpital sont maintenus.»