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La directrice du musée Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts, Sandra Gauthier
La directrice du musée Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts, Sandra Gauthier

Cinq questions à Sandra Gauthier: «Les musées ne peuvent complètement s’autofinancer»

Simon Carmichael
Simon Carmichael
Initiative de journalisme local - Le Soleil
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L’année qui vient de se conclure a été mouvementée pour les institutions muséales. Au musée Exploramer de Sainte-Anne-des-Monts, ça s’est traduit par de nouvelles règles, des activités déplacées en ligne et parfois des fermetures forcées, mais aussi de nouvelles reconnaissances, une prise de conscience sur l’importance de la science, et plein de projets. Rencontre avec sa directrice, Sandra Gauthier.

1 - Exploramer a vécu une drôle d’année en 2020 ; quel bilan faites-vous de cette étrange période ?

Bien que 2020 ait été une année hors-norme, et bien que nous ayons été obligés de réduire de façon importante le nombre de visiteurs à l’intérieur du musée, je suis somme toute satisfaite de l’été 2020. Comme Exploramer était assujetti aux règles de 7 secteurs d’activités (musée, zoo et aquarium, site et attrait touristique, commerce de détail, restauration, excursion en mer et camp de jour), l’équipe a dû rapidement se mettre en mode solution, et elle l’a fait avec brio ! Finalement, la saison s’est terminée avec une baisse d’achalandage de 35 %. Nos activités extérieures, quant à elles, ont gagné en popularité. L’activité de cueillette de poissons a connu une croissance de 60 %. Du côté des emplois, chacun a répondu présent, personne n’a quitté le navire pour le ciel bleu de la PCU. Même que trois personnes supplémentaires ont été embauchées afin d’aider à la conformité des règles sanitaires. L’important, surtout, était d’impacter le moins possible «l’Expérience Exploramer» et de nous assurer que nos visiteurs repartent avec de nouvelles connaissances et un sourire sur les lèvres !

2 - Dans la lettre ouverte que vous avez signée lundi dans Le Soleil, vous parlez des années difficiles d’Exploramer, notamment quant à la fragilité du financement. Avez-vous l’impression que c’est maintenant derrière vous ? Quel impact ç’a sur l’organisation. 

Oui, je suis convaincue que la reconnaissance financière du gouvernement vient apporter un tout autre éclairage sur la situation d’Exploramer. Bien sûr, sur un budget annuel de 1,3 million, la somme reste minimale, mais celle-ci nous permet maintenant de poursuivre les travaux de pérennisation et de développement qui permettront à Exploramer d’augmenter son autofinancement. 

Les musées sont des institutions d’éducation non formelle qui, tout comme celles du réseau formel de l’éducation, ne peuvent complètement s’autofinancer. Or, avec l’agrément gouvernemental, et maintenant le financement, il sera plus sécurisant pour les partenaires d’investir dans la croissance de notre institution. Aussi, nous remarquons que de plus en plus de chercheurs et d’océanographes viennent maintenant vers nous pour vulgariser et diffuser leurs travaux de recherches. C’est très motivant pour l’équipe !

3 - Vous êtes à la tête de la certification Fourchette bleue, croyez-vous que la pandémie rend démontre bien la nécessité d’un tel programme local ?

Le Québec a fait une importante prise de conscience avec cette pandémie, et c’est parfait ! Les produits d’ici sont mis à l’honneur et les Québécois découvrent la noblesse et la diversité de ces produits. Pour les poissons et fruits de mer, beaucoup de travail reste encore à faire. La population est prête à les intégrer, mais les produits du Saint-Laurent sont encore trop peu disponibles sur les étals des poissonneries. Beaucoup de nos produits marins sont exportés vers l’étranger alors que la grande majorité des produits vendus ici sont importés. Renverser cette façon de faire historique prendra du temps, de l’argent et beaucoup de volonté. Fourchette bleue a été précurseur en 2009 en mettant l’accent sur les produits marins du Québec, et nous sommes toujours convaincus que c’est la bonne chose à faire, pour une saine gestion de nos ressources et pour le développement durable du Québec et du Saint-Laurent. D’ailleurs, qui au Québec mangeait du fromage bleu en 1980 ? Dans quelques années, nous serons nombreux à manger du chaboisseau et des oursins verts, j’en suis certaine!

Malgré la pandémie, Exploramer affichait souvent complet au cours de la période estivale. 

4 - Avec la fermeture des écoles/contexte pandémique, c’est difficile de transmettre la science aux élèves via des activités hors cours. Comment comptez-vous faire pour poursuivre la mission d’Exploramer dans ces circonstances ? 

Dès le début de la pandémie, notre équipe de l’interprétation et de l’éducation s’est donné le mandat de réaliser des contenus pédagogiques en ligne afin de permettre aux enfants de poursuivre leurs apprentissages de la science. Ces activités ont été tellement populaires et appréciées des jeunes et de leurs parents que durant l’automne, nous avons investi dans des formations spécialisées afin de permettre à l’équipe de développer davantage ce créneau. Dans l’avenir, nous visons à développer plus de contenus virtuels, mais sans abandonner nos activités pédagogiques en classe. Toucher un concombre de mer, en vrai, ça reste une activité gagnante pour des enfants !

5 - 2021 est une année d’aboutissements pour votre organisation, de grands projets devraient être menés à terme ; qu’est-ce ce que vous souhaitez pour cette année qui commence ? 

Déjà, nous attendons impatiemment la fin de l’hiver afin que notre nouveau bateau puisse parvenir à bon port. Nous sommes pressés de le découvrir et de le présenter à la population. Mais, comme ce projet est en voie de finalisation, nous avons déjà enclenché la suite et présenté à nos partenaires la prochaine phase de notre projet de développement. Pour 2021, nous visons le financement de ce projet, puis le démarrage des travaux. À terme, des travaux de mise à niveau des infrastructures, d’augmentation de l’attractivité et de bonification de l’expérience des visiteurs et de rayonnement seront menés à terme. Ce projet permettra à la région de la Haute-Gaspésie de miser sur un produit touristique majeur et spectaculaire… Vous en saurez plus très bientôt!