Joseph Saint-Denis-Boulanger et Laurie-Anne Cloutier mènent deux beaux projets de front : s’occuper de leur fille Louisiane et de leur future distillerie, qui domine la baie des Chaleurs, à Caplan.

Caplan perd des fromages... mais gagne une distillerie

CAPLAN — Les propriétaires de la ferme Natibo, à Caplan, en Gaspésie, arrêtent la production de fromage de chèvre afin de se refaire une santé, après sept ans de course effrénée. Pendant ce temps, dans le même village, un autre couple supervise la construction d’une nouvelle distillerie.

Natalie Saint-Onge et Simon Thibodeau assurent avoir tout donné depuis sept ans afin de vivre de la production de fromage de chèvre et, plus récemment, de fromage de vache. La perte de leur fromager il y a quelques semaines a toutefois eu raison de leur résistance.

«Le problème, c’est que le coût de production était trop élevé pour les revenus. Il aurait fallu agrandir. Je ne peux pas. C’était trop de temps, toute seule avec moi-même, à travailler 80 à 100 heures par semaine, sans salaire. Ce qui s’est passé au Ruban bleu, où Caroline Tardif a vu son conjoint Jean-François mettre fin à ses jours m’a fait réfléchir», précise Natalie Saint-Onge.

Elle ne veut toutefois pas que l’arrêt de production de fromage à la ferme Natibo soit perçue trop négativement.

«Ce n’est pas une faillite. Nous continuons la production de viande de bœuf Highland et nous vendons encore du foin. Il nous reste du fromage à vendre pendant quelques mois. Il y a un mois, malgré la perte de notre fromager, je me disais que nous allions continuer, que j’étais capable de reprendre la production de fromage, comme au début, mais nous devons prendre soin de nous, de notre couple, de notre famille. Simon devait avoir un emploi à l’extérieur de la ferme pour qu’on arrive. J’ai un muscle déchiré à l’épaule depuis 2018, et je n’ai même pas eu le temps de m’en occuper, d’aller en physiothérapie malgré une douleur sentie 24 heures sur 24. Ma mère a été hospitalisée dernièrement et je veux passer du temps avec elle», ajoute Mme Saint-Onge.

Le couple a investi au moins 1,5 million $ dans la production de fromage depuis l’acquisition de la ferme il y a neuf ans. En 2018, Natibo a transformé 25 000 litres de lait de chèvre et 5000 livres de lait de vache.

«Ce n’était pas un problème que ça ne se vendait pas. Au contraire; les épiceries, les restaurants et les touristes achetaient nos produits à mesure, mais il aurait fallu agrandir», rappelle Natalie Saint-Onge.

La paperasse à remplir a constitué un autre obstacle qui a marqué le couple Saint-Onge-Thibodeau. «Il y a la production, les naissances de chevreaux, répondre aux touristes au kiosque. La seule affaire que je pouvais tasser, c’est le christ de papier, les formulaires à remplir sans arrêt. Mais les autorités, comme la Financière agricole, entre autres, exigeaient ces formulaires, écrit dans un langage qu’on ne comprend pas. On se sent stupide et pourtant, je suis allé à l’université», dit-elle.

Comme un phénix

Assez proche de la ferme Natibo, mais au bord de la baie des Chaleurs, Laurie-Anne Cloutier et Joseph Saint-Denis-Boulanger voient à la construction de la Distillerie des Marigots, un projet de 1,6 million qui jouera le rôle d’une sorte de phénix, quand la production de gin, en juin, tentera de faire oublier l’absence de fromage de chèvre.

Ingénieur, il vient de Caplan, mais il faisait carrière à Montréal jusqu’à l’an passé. Spécialiste de la qualité des soins de santé, elle vient de la métropole, où elle gagnait aussi sa vie jusqu’à récemment.

C’est une tragédie, la perte de leur premier enfant, qui a fait réaliser au couple que le mode de vie rural leur convenait sans doute mieux.

«L’idée est venue pendant le processus de deuil. On était revenu à Caplan. C’était une période très difficile, se remettre de cette perte survenue à quelques jours de l’accouchement. Pendant la semaine de deuil, on s’est demandé que faire? L’agroalimentaire nous intéresse beaucoup. On voyait la vague arriver, avec la Société des alcools (SAQ) sur le point de permettre la vente dans les distilleries», précise M. Saint-Denis-Boulanger.

Alors que la finition intérieure du bâtiment de 2800 pieds carrés se manifeste, le couple prépare l’arrivée des premiers équipements, dont un petit alambic de transition afin d’effectuer les premiers tests pour la SAQ et d’obtenir le permis de production en mars.

«L’équipement principal arrivera en avril ou mai. Le but c’est d’entrer en production à plein régime pour le gin en juin, à temps pour la saison touristique. On veut aussi produire du whisky, mais dans ce cas, il faudra attendre trois ans, minimum. C’est un produit qui a besoin de vieillissement», explique Joseph Saint-Denis-Boulanger.

Il y a sept mois, le couple a eu le bonheur d’accueillir Louisiane, l’autre beau projet à mener de front.