La cathédrale de Rimouski fait l’objet d’une véritable saga depuis sa fermeture, il y a plus de cinq ans.
La cathédrale de Rimouski fait l’objet d’une véritable saga depuis sa fermeture, il y a plus de cinq ans.

Bras de fer entre l’archevêque de Rimouski et quatre marguilliers

Un véritable bras de fer s’est engagé entre l’archevêque de Rimouski, Mgr Denis Grondin, et les quatre marguillers du conseil de fabrique de la paroisse Saint-Germain, responsable de la cathédrale de Rimouski, fermée depuis plus de cinq ans. Si les marguilliers crient victoire à la suite d’une entente entérinée mardi en Cour supérieure qu’ils qualifient de décision en leur faveur, le procureur de l’archevêché, Me Philippe Thibault, plaide plutôt une mauvaise interprétation de leur part.

En vertu des documents de la cour, dont Le Soleil a obtenu copie, le litige a débuté en septembre 2018 avec le refus des marguilliers d’acquitter les factures liées aux dépenses de la cathédrale et du presbytère Saint-Germain de Rimouski. Le mois suivant, une fuite a été détectée dans la conduite d’eau menant à la cathédrale. Une intervention urgente visant à colmater la fuite était requise afin d’éviter des dommages au système de chauffage du bâtiment. «Tout bris du système de chauffage de la cathédrale en période hivernale pourrait mettre en péril l’édifice et l’orgue Casavant qui s’y trouve [...]», peut-on lire dans la demande introductive. Le 15 février 2019, les marguilliers ont indiqué être dans l’incapacité d’effectuer les travaux requis. Le 8 juillet, l’archevêché a autorisé la Ville de Rimouski à entreprendre les démarches requises pour colmater cette fuite, pour des coûts se situant entre 5 000 et 8 000$. 

Cascade d’événements

Le 7 mars 2019, le diocèse de Rimouski a demandé la clé et un accès complet à la cathédrale afin de mettre à jour le carnet de santé de l’édifice. La demande introductive de la Cour supérieure fait état de problèmes à l’enveloppe du temple, dont les composantes architecturales, comme les murs et la toiture, qui se sont détériorées. De plus, des joints de mortier se sont détachés et certaines pierres se sont déplacées. On note également d’importantes fissures verticales dans la maçonnerie de certains contreforts. «Ces observations font en sorte que nous ne sommes pas en mesure d’affirmer hors de tout doute que la situation actuelle ne présente pas un danger pour les personnes circulant à proximité», peut-on y lire. Or, les marguilliers ont refusé de collaborer. 

Le 10 juillet 2019, la police d’assurance de la cathédrale a été résiliée. En décembre dernier, l’une des deux fournaises à l’huile de la cathédrale ne fonctionnait plus et l’autre requérait un changement de tuyauterie. Le 30 janvier dernier, devant l’inaction du conseil de fabrique, Mgr Grondin a autorisé le remplacement de la tuyauterie de la deuxième fournaise. Le 24 mars, l’archevêque a demandé la destitution des quatre marguilliers: Nathalie Leblond, Albert Carré, Jean-Charles Lechasseur et Victor Lepage. En vertu de la Loi sur les fabriques, il a nommé trois autres marguilliers. «On a bien voulu faire notre travail, mais on nous a empêchés de le faire, se défend M. Lechasseur, qui assume la fonction de président du conseil de fabrique. Ils veulent nous mettre en tort.»

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Victor Lepage, Nathalie Leblond et Jean-Charles Lechasseur sont trois des quatre marguilliers du conseil de fabrique de la paroisse Saint-Germain-de-Rimouski. Deux litiges les opposent à l’archevêque de Rimouski, Mgr Denis Grondin.

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Statu quo temporaire

Lors de la conférence téléphonique tenue entre les parties mardi, le juge Guy de Blois de la Cour supérieure a accordé le statu quo afin que les marguilliers Leblond, Carré, Lechasseur et Lepage demeurent en place jusqu’à un jugement final. Jean-Charles Lechasseur allègue ainsi que «la Cour supérieure du Québec donne raison aux marguilliers de la Fabrique Saint-Germain et les réhabilite dans leur fonction de gestionnaires de la cathédrale de Rimouski». «Le jugement de l’honorable juge Guy de Blois dit indirectement à Mgr Grondin que tant et aussi longtemps qu’il n’aura pas réglé sur le fond, il ne doit pas faire un travail pour se réapproprier la fabrique Saint-Germain, estime le marguillier. Autrement dit, il veut nous laisser une chance! […] Ce n’est pas nous qui décidons, c’est le juge. Ça nous permet, à partir de maintenant, de prendre acte et de veiller sur les actifs de la fabrique pour que la cathédrale soit préservée.»

Le Regroupement diocésain pour la sauvegarde de la cathédrale de Rimouski, qui avait déjà envisagé de poursuivre l’archevêque de Rimouski et même le pape François relativement à la fermeture de la cathédrale, a salué la décision rendue en Cour supérieure. «Ces marguilliers pourront donc reprendre le contrôle de la gestion des actifs de la Fabrique de la paroisse Saint-Germain, a fait savoir l’organisme par voie de communiqué. […]. La décision rendue par le juge Guy de Blois rétablit la crédibilité des quatre marguilliers qui, au cours des deux dernières années, sont intervenus bénévolement à plusieurs reprises, parfois en investissant de leurs propres deniers, pour assurer la protection de la cathédrale, et ce, malgré des embûches placées insidieusement par l’archevêché et un dénigrement à leur égard orchestré par de proches collaborateurs de Mgr Grondin.»

Réaction de l’archevêché

Pour le procureur de l’archevêché, il s’agit plutôt d’une entente entre les parties qui a été entérinée par le juge. «Il n’y a pas de jugement que le juge a émis à l’encontre d’une partie, nuance Me Philippe Thibault. Il n’a pas rendu une décision finale. C’est une entente qui est intervenue sur des mesures provisoires de sauvegarde. Présentement, il y a une procédure en destitution des marguilliers. L’archevêché a décidé de garder les marguilliers en place temporairement, tant et aussi longtemps que ce dossier ne sera pas terminé. C’est pour que la fabrique puisse continuer à fonctionner. Sinon, ça aurait été un non-sens! Le juge a tranché sur cette question.»

«L’interprétation qui est faite par les marguilliers n’est pas adéquate du tout, s’indigne l’avocat. Je suis très déçu et c’est un euphémisme! On s’est entendus, mardi, et j’espérais qu’on s’entende pour le futur. Je m’attendais à mieux de leur part!» Selon Me Thibault, le seul jugement qu’a rendu le magistrat a été de permettre à l’archevêché de faire évaluer la cathédrale par son propre expert et a accordé le même droit à la fabrique. 

Me Thibault explique que deux procès contre les marguilliers devront être tenus. L’un portera sur la requête en destitution et l’autre consistera à valider ou à invalider la nomination des nouveaux marguilliers par l’archevêque. «Ce sont des questions qui restent à trancher et qui sont référées au juge», précise le procureur. «Les prétentions de l’archevêché et de Me Thibault, c’est de nous voir destitués, déplore Jean-Charles Lechasseur. Pour eux, on est en faute grave. On ne voit pas de fautes de notre part, on n’avait pas la capacité d’agir!»