Les manifestants de Listuguj ne peuvent dire quand ils démantèleront leur barrage. Ce sera une décision de groupe, disent-ils.

Blocus en Gaspésie

LISTUGUJ — La voie ferrée gaspésienne a été bloquée pour une seconde journée de suite mardi à la hauteur de Listuguj par des manifestants mi’gmaqs désirant exprimer leur appui à la communauté de Wet’suwet’en, en Colombie-Britannique, dont les chefs héréditaires sont opposés au projet de gazoduc Coastal GasLink.

Les manifestants avaient érigé discrètement une barricade à 11h lundi, peu avant le passage du train de marchandises de la Société du chemin de fer de la Gaspésie. Le convoi a dû retourner à Matapédia. Il devait desservir la scierie Temrex à Nouvelle et les installations de chargement de ciment à Nouvelle et New Richmond.

«Nous appuyons Wet’suwet’en dans son opposition au projet de pipeline. S’ils [les promoteurs] peuvent le faire là-bas, ils peuvent le faire ici un jour», précise Brandon Baun, porte-parole des manifestants mi’gmaqs. Ils réclament comme d’autres groupes au pays le retrait de la Gendarmerie royale du Canada du lieu où TC, jadis connue sous le nom de TransCanada Pipeline, veut construire le gazoduc.

Les Mi’gmaqs prennent le relais à côté de la voie ferrée gaspésienne en nombre variable. Ils étaient entre six et 12 en journée mardi, mais lors de la première nuit, ils n’étaient que deux à un moment donné. Ils reçoivent des appuis de concitoyens.

«Les gens arrêtent pour nous encourager. Ils nous apportent du bois pour le feu, de la nourriture et des couvertures», note Kayla Isaac-Gédéon. Brandon Baun et elle ne précisent pas combien de temps le blocus ferroviaire durera. «Ce sera une décision de groupe», disent-ils.

Le frêle barrage érigé sur les rails a suivi de 24 heures une manifestation d’appui aux autochtones de Wet’suwet’en, survenue dimanche midi, sur le boulevard Interprovincial, à l’extrémité gaspésienne du pont J. C. Van Horne, menant à Campbellton, au Nouveau-Brunswick. La circulation n’a pas été interrompue et des tracts ont été remis aux automobilistes.

Pas d’intervention

Le barrage actuel est situé sur la partie du chemin de fer localisée dans les limites de Listuguj, en territoire autochtone donc. C’est pourquoi «nous ne sommes pas là-dedans», dit Claude Doiron, de la Sûreté du Québec.

La police autochtone de Listuguj n’interviendra pas pour démanteler le barrage, croit Brandon Baun, qui a parlé aux policiers.

Éric Dubé, président de la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG), ne s’attend pas non plus à une intervention des policiers mi’gmaqs. Il n’imitera pas le CN, qui a demandé et obtenu une injonction pour rétablir la circulation ferroviaire en Ontario, ce qui n’est pas encore arrivé.

Éric Dubé note que l’impact économique pour la SCFG et ses clients pourrait être important si le barrage de Listuguj tient encore quelques jours.

«Nous n’avons plus de wagons de copeaux vides pour la scierie de Temrex parce qu’ils sont bloqués à Matapédia, et les wagons pleins de copeaux sont bloqués à Nouvelle. Il nous reste 13 wagons vides de ciment à remplir mais il y en a 38 pleins, dont 23 qui devaient partir aujourd’hui pour Halifax et le Maine. Nous avons un train de pales éolienne supposé partir vendredi ou samedi. Au moins, les wagons sont du bon bord du barrage. Nous pouvons les charger», précise M. Dubé.

À un peu plus long terme, il note qu’il faudra un déblocage global puisque les pales éoliennes sont destinées au Texas. Si le blocus de Listuguj est enlevé mais qu’il perdure ailleurs, «l’impact sera majeur, ici et partout», dit M. Dubé.

Il souligne d’autre part que les autochtones du pays, épousant une cause environnementale dans le but d’éviter la construction d’un pipeline, «n’ont pas choisi la bonne cible en bloquant des chemins de fer, le mode de transport terrestre le plus écologique».