Le village de Baie-Trinité

Baie-Trinité: bientôt la fin de la tutelle... 21 mois plus tard

BAIE-COMEAU — Les élus de Baie-Trinité, à une centaine de kilomètres à l’est de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord, sont sur le point de gérer les affaires municipales par eux-mêmes. En effet, la Commission municipale du Québec (CMQ) lèvera le 4 novembre la tutelle qui frappe le village de 385 résidents depuis maintenant 21 mois.

La CMQ avait pris cette décision le 30 janvier 2018 après que l’observateur mandaté par le ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (aujourd’hui ministère des Affaires municipales et de l’Habitation) ait constaté «l’état de chaos et de désorganisation totale» de la gestion municipale. Le déficit accumulé était alors de 229 500 $.

Le secrétaire-trésorier de l’époque, Gérald Jean, avait été blâmé pour cet état de fait. Ce dernier avait rapidement présenté sa démission après le constat de l’observateur ministériel. M. Jean était un proche de l’ex-maire Denis Lejeune, reconnu coupable en janvier 2016 d’agression sexuelle sur une employée municipale. Il avait reçu une probation de 24 mois. M. Lejeune avait finalement démissionné en août 2017 plutôt que de faire face à une procédure de destitution de la CMQ.

«C’est évidemment une très bonne nouvelle», a été le premier commentaire du maire Étienne Baillargeon, en place depuis juin 2019. «La tutelle avait sa raison d’être, c’est maintenant le temps de passer à une nouvelle étape.»

Depuis le début de la tutelle, la Commission municipale se réservait de nombreux pouvoirs, dont l’approbation de chacune des décisions du conseil municipal, le pouvoir de nommer, destituer ou suspendre n’importe quel cadre ou employé municipal, l’autorisation de tous les chèques et la fixation du taux applicable pour les taxes municipales.

«Il fallait redresser la barre, d’ajouter le maire. Mais la tutelle, ce n’est pas quelque chose qui me stressait, car les choses suivaient bien leur cours et tout le monde, autant les employés que les élus, a mis la main à la pâte.»

Sur ce point, M. Baillargeon tient particulièrement à souligner le travail de Frédérick Lee, le directeur général du village, et du précédent maire par intérim, Serge Lestage, qui avait accepté la tâche au pied levé, sans aucune préparation. «M. Lestage a abattu de la très grosse ouvrage», a souligné son successeur.

La tutelle de la CMQ a été marquée par un redressement spectaculaire des finances de Baie-Trinité. Onze mois après le début de cette tutelle, soit au 31 décembre 2018, les finances municipales présentaient un surplus de 136 000 $.

Un nouveau directeur général, M. Lee, a aussi été embauché en novembre 2018 après deux essais infructueux de deux candidats. Quant à M. Lestage, il avait pris la relève de Marc Tremblay, élu maire en novembre 2017, mais qui a jeté l’éponge trois mois plus tard en raison de l’ampleur de la tâche qui l’attendait. Depuis l’élection d’Étienne Baillargeon, Serge Lestage a repris son siège de conseiller.

Pour le juge administratif Alain R. Roy, responsable de la tutelle, la fin de cet épisode représente «l’aboutissement d’un processus difficile, mais qui a mené à des résultats tangibles, grâce à l’implication des élus municipaux et de la direction générale de la municipalité».

Parmi les nouvelles façons de faire instaurées par la CMQ à Baie-Trinité, on peut noter la mise en place «d’une procédure d’approvisionnement basée notamment sur les impératifs de transparence et de publicité des contrats publics» ainsi que l’amélioration des processus administratifs, principalement en ce qui concerne le greffe et l’administration financière».