Anne Boyer et Michel d'Astous font plus que vivre dans les Cantons-de-l'Est. Ils y travaillent et, surtout, ils portent leur région au petit écran grâce à leurs téléséries Yamaska et L'heure bleue.

Anne Boyer et Michel d'Astous: porter les régions au petit écran

CHOISIR LES RÉGIONS / En montant le chemin qui mène chez Michel d'Astous­, à Bromont, on comprend vite pourquoi il a eu un immense coup de coeur pour l'emplacement, il y a 13 ans. La vue y est sublime : le regard porte loin et se perd sur la chaîne de montagnes des Appalaches, baignée en cette fin d'après-midi de janvier par les derniers rayons de soleil.
Né dans le Bas-du-Fleuve, l'auteur et producteur a passé, comme bien d'autres, une grande partie de sa vie professionnelle à Montréal­­ avant de céder à ce besoin de reconnecter avec la nature. À temps partiel, du moins, « mais de plus en plus souvent », mentionne celui qui a fait l'acquisition d'un terrain situé dans une coopérative agricole maraîchère bio, la Ferme de la colline du chêne, pour y construire sa maison de campagne. « Bromont répondait à tous mes critères : on y retrouve le plein air, la nature, le ski, et c'est pas trop loin de Montréal. Une heure de route et je peux assister aux réunions de production. Et puis, c'est un milieu de vie. Il y a une vie culturelle et communautaire active et un réseau de services, de proximité de surcroît », fait-il valoir.
Quand sa grande acolyte depuis de nombreuses années chez Duo Productions, Anne Boyer, a à son tour senti le besoin de se retirer hors de la métropole, il l'a convaincue de s'installer dans le coin. « Au début, je pensais davantage aller vers Lanaudière, où on avait tourné Nos étés, mais finalement, j'ai eu un coup de coeur pour l'Estrie et c'est beaucoup plus pratique que je sois dans les Cantons-de-l'Est plutôt que sur la Rive-Nord. En prime, il n'y a pas de moustiques ! », lance-t-elle en riant.
« Tout ici est antistress ! , reprend-elle. On dort mieux, on respire mieux, on n'est pas pogné dans le trafic, on peut profiter du silence... On ne le réalise pas quand on vit à Montréal, mais quand on y retourne, on se rend vite compte à quel point c'est bruyant. »
Contrairement à son collègue, qui s'est vite impliqué dans certains dossiers municipaux touchant le développement durable et la protection de l'environnement ainsi que dans la communauté, Anne est plutôt venue « se cacher en campagne » les premières années, dit-elle. « Mais depuis cinq ans, je sors plus et je m'implique, notamment dans l'organisation de l'Oktoberfest au profit de l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins. »
Un portrait réaliste
Mais Anne Boyer et Michel d'Astous­ font plus que vivre en Estrie, ils y travaillent. La conception et l'écriture de leurs téléséries sont bercées par les paysages grandioses, l'air frais et la nature. « On se rencontre tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre pour la conception des épisodes, puis on écrit chacun de notre côté », précisent-ils.
Mais surtout, ils transposent leur amour et leur attachement à la région au petit écran. Ils ont campé Yamaska à Granby, puis leur toute nouvelle série, L'heure bleue, en grande partie à Cowansville. « On aurait pu choisir Saint-Jérôme ou Saint-Jean-sur-Richelieu, mais on ne connaît pas ces villes-là, indique Anne Boyer. Granby, Cowansville, ce sont des villes où on va souvent, des lieux qu'on fréquente... Quand on écrit, on les a en tête. Le dépistage pour les tournages est en quelque sorte déjà fait quand vient le temps de tourner. »
Les tournages sont d'ailleurs beaucoup plus agréables en région qu'à Montréal, affirment-ils. « À Mont­réal, tout le monde est écoeuré. On l'a d'ailleurs vu quand le Mile End a décidé de suspendre les tournages sur son territoire. En région, c'est tout le contraire, on est accueillis à bras ouverts. Ça crée une ambiance très différente sur le plateau. Et ça change l'état d'esprit des comédiens. »
Pour le tandem Boyer-d'Astous, il est surtout important de dresser un portrait réaliste des régions. « On veut porter au petit écran le fait que vivre en région, ce n'est pas vivre en décalage et ce n'est surtout pas péjoratif. Il n'y a pas que des agriculteurs, et les citoyens ne s'étonnent pas démesurément lorsqu'un étranger arrive. On veut montrer le côté moderne des régions, sortir des clichés. C'est en quelque sorte pourquoi, dans Yamaska, on a fait de plusieurs personnages des travailleurs autonomes, et dans L'heure bleue, des entrepreneurs », indique Michel d'Astous.
Pour tout dire, les deux résidents de Bromont et Lac-Brome trouvent bien peu, voire pas du tout d'inconvénients à vivre en Estrie. « Ce n'est pas un grand centre, pas une banlieue, et pas une région éloignée. C'est le juste équilibre entre tout ça », concluent-ils d'un commun­ accord.
Lieu de résidence :
• Bromont (Michel) et Lac-Brome (Anne)
• Se situe où : en Estrie, à environ une heure de Montréal
• Depuis combien d'années : 13 ans (Michel) et 10 ans (Anne)
• Comment s'est fait le choix : la région répondait à tous leurs critères : ni trop grosse ville ni trop petite, assez éloignée de Montréal pour se retrouver en pleine nature, mais pas trop loin non plus pour pouvoir aller y travailler facilement.
• Un attrait : la montagne, les sentiers pédestres, le silence, pas de trafic... « Tout est antistress. »
• Une idée pour améliorer le sort des régions : en mettre dans des séries télé !