Depuis une vingtaine d'années, Alexander Reford dirige les Jardins de Métis, créés par son arrière-grand-mère Elsie, dont on aperçoit ici le portrait.

Alexander Reford: l'appel de ses ancêtres

CHOISIR LES RÉGIONS / Vivre en région, y développer ses talents, son projet ou son entreprise, c'est le choix de plusieurs personnes qui ont contribué à l'épanouissement de leur communauté. Les quotidiens de Groupe Capitales Médias présentent une série d'entrevues de personnalités qui rayonnent partout tout en cultivant leur attachement à leur milieu.
Alors qu'il était doyen à l'Université de Toronto, Alexander Reford a décidé de tout abandonner pour répondre à l'appel de ses ancêtres. En 1995, il a défié tous ses collègues et mentors qui lui déconseillaient de se lancer en affaires pour prendre la direction des Jardins de Métis. Depuis, M. Reford assure le succès des jardins fondés en 1926 par son arrière-grand-mère Elsie.
«Je me suis lancé dans une nouvelle vie, alors que je n'étais pas du tout orienté vers les affaires», raconte Alexander Reford. Deux motivations l'ont poussé à quitter ses fonctions de doyen du St. Michael's College de l'Université de Toronto, un poste qu'il occupait depuis huit ans. Il laissait également en plan son doctorat en histoire. 
À titre d'historien, il se sentait appelé par l'héritage documentaire et photographique légué par ses ancêtres. Puis, il venait à la rescousse des Jardins de Métis, qui étaient la propriété de l'État depuis trente ans, ce dernier souhaitant alors par ailleurs s'en départir. «J'ai été appelé de mon bureau de Toronto pour «sauver» les Jardins, pour participer à un effort collectif du milieu pour assurer la survie de ce site qui avait déjà une importance significative dans l'économie touristique du Québec, se souvient-il encore. J'étais poussé par une forme de responsabilité familiale, mais aussi appelé par le milieu à m'impliquer dans un projet beaucoup plus large que moi.
«J'avais aussi peut-être le goût de faire autre chose, admet-il. J'étais prêt pour un autre défi. C'est un projet auquel j'ai presque donné ma vie depuis près de 25 ans!»
Alexander Reford croit qu'il est possible de faire affaire en région et de réussir. Il considère même que c'est inspirant. «C'est deux fois plus excitant en région, estime-t-il. On a aussi la capacité de rayonner d'une façon remarquable. On a un bon réseau de soutien, une proximité avec les médias, des élus qu'on peut croiser à l'épicerie, des organismes de développement qui sont partenaires, du soutien des différents ministres et ministères. Je me sens très appuyé dans tous mes projets. Je ne me suis jamais senti orphelin ou abandonné. On a l'avantage d'avoir des appuis qui nous aident à passer à travers les difficultés qui sont propres aux régions éloignées, où l'économie est parfois instable ou en perte de vitesse.»
S'il y a certaines facilités à faire des affaires en région, il y aussi des défis importants, voire des embûches. «Je suis un anglophone dans un milieu francophone, précise l'homme d'affaires. C'est déjà un défi personnel.» 
Selon lui, les autres défis sont d'ordre culturel et ils sont aussi nombreux. «Je me définis comme un entrepreneur culturel, souligne M. Reford. Je vends une expérience, un lieu physique. Alors, il faut que le client se déplace. Ça nécessite énormément d'efforts pour arriver à faire déplacer quelqu'un.»
Parmi les difficultés qu'il rencontre, il y a celle de trouver une main-d'oeuvre spécialisée. «J'ai des postes de jardiniers à combler», précise le propriétaire des réputés jardins. «L'exode des jeunes est un défi considérable», estime-t-il. 
Il croit aussi que l'ignorance des réalités régionales de la part des instances supérieures est un obstacle de taille. Alexander Reford fournit l'exemple de l'accessibilité et du coût de l'Internet haute vitesse. «Ce sont des choses auxquelles quelqu'un de Montréal n'a pas à penser parce que les services sont accessibles», dit-il. 
Les Jardins de Métis comptent plus de 55 employés en haute saison et une équipe permanente de six personnes travaille à l'année. Au fil des ans, l'entreprise touristique se renouvelle pour assurer sa pérennité, notamment par le Festival international de jardins. «On est une boîte à projets, on est un créateur d'événements et d'activités, indique le cofondateur du Festival. On s'est toujours développés pour bonifier l'espace des visiteurs, mais aussi pour bien se positionner par rapport à nos concurrents. C'est aussi une façon, pour les gens autour de nous, de redécouvrir notre offre.»
Confiance aux jeunes
L'entrepreneur estime que son succès est attribuable à la confiance et à la croyance qu'il accorde aux jeunes. «On offre des mandats de qualité à des personnes qui sont au début de leur carrière et qui possèdent des capacités dans l'innovation, explique-t-il. On embauche plutôt sur des critères d'innovation et non sur des critères d'expérience.» 
Alexander Reford a développé le volet culinaire avec le jeune chef Pierre-Olivier Ferry. Aussi, il a mis en place une jeune équipe de marketing. Il est également entouré de jeunes concepteurs et artistes. 
Il estime qu'il s'agit d'une façon d'assurer la relève. D'ailleurs, à 54 ans, Alexander Reford commence à réfléchir à ceux qui lui succéderont. En revanche, il a le même âge qu'avait son arrière-grand-mère, Elsie Reford, lorsqu'elle a entamé la construction des Jardins de Métis. «Ça indique que les projets, c'est pas nécessairement l'affaire uniquement de jeunes», lance-t-il.
Au cours des trois dernières années, l'achalandage et les revenus des Jardins ont augmenté de 10 %. «Actuellement, on est sur une courbe de croissance», se réjouit l'entrepreneur. Depuis vingt ans, il a investi plus de 10 millions $ et projette d'investir des sommes supplémentaires au cours des prochaines saisons.
Engagé dans son milieu
Né à Ottawa, Alexander Reford est diplômé en histoire des universités de Toronto et d'Oxford en Angleterre. Il a écrit plusieurs livres et publié de nombreux articles. Le résident de Saint-Octave-de-Métis, une municipalité de 530 habitants, est très engagé dans son milieu. Il est membre de plusieurs conseils d'administration, dont quelques-uns à titre de président.